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Le Blog de Jérémy Manesse

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Publié par Jérémy Manesse

La fin du vote utile

Autant vous prévenir, on va dire un gros mot : Sondage. Ouh.

Je ne crois plus aux sondages. Enfin, entendons-nous, je ne mets pas en doute les méthodes qui les produisent et je ne pense pas qu'ils soient bidonnés (même s'il est avéré qu'ils sont "ajustés" et qu'un tel ajustement laisse la place à un peu de subjectivité de la part des sondeurs... ce serait moins louche s'ils donnaient également les données brutes, sans doute) mais dans l'état de perplexité indécise dans lequel est l'opinion, inédit sous la Ve République, je ne les prends pas pour autre chose qu'une photo floue d'un instant T qui n'a aucune raison d'être représentatif de ce que sera le vote au final. 

Seulement voilà : Tout le monde a beau dire ça, on a malgré tout le nez dessus. Et que ce soit le but ou pas, les sondages façonnent l'opinion, un genre de prophétie autoréalisatrice assez dangereuse pour la démocratie, surtout depuis l'élection de 2002. Ce coup de massue a tellement traumatisé le peuple de gauche qu'il se retrouve aujourd'hui prêt à voter utile dès le premier tour, même quand ce vote ne correspond en rien à ses convictions. Le traitement médiatique de ces sondages n'arrange pas les choses, avec des titres qui, eux, sont pervers et coupables, en amplifiant par l'emphase le moindre mouvement d'un demi-point dans un sens ou dans l'autre. "Macron s'envole", "Fillon s'écroule", "Le 2e tour se dessine"... Autant de titres qui, même si les sondages ne sont pas bidonnés, salissent l'exercice en faisant trop parler des chiffres qui n'ont rien demandé. Le chiffre qui reste le plus important est que la moitié des gens, en gros, sont encore prêts à changer d'avis. L'histoire récente des sondages nous informe qu'étant donné l'état d'esprit des gens, ils le feront.

Je dis ça alors que la semaine sondagière a été des plus tendres avec le candidat que je soutiens (Non ? Vraiment ? Vous êtes pas au courant ?), suite au double uppercut d'un rassemblement monstre à République, à Paris, pour la VIe République, et d'un débat dont quasiment tout le monde s'accorde à dire qu'il a été réussi par Jean-Luc Mélenchon.

Baisse de Hamon, hausse de Mélenchon : Alors qu'avant le débat, les sondages donnaient les candidats au coude à coude (avec un faible mais réel avantage pour Hamon), ils placent maintenant Mélenchon, selon les instituts, 1 à 3% devant le candidat PS. Mieux, la campagne pathétique de Fillon, qui rentrera peut-être dans l'histoire comme la plus WTF de tous les temps, le fait tomber parfois jusqu'à 17%. Mélenchon se retrouve ainsi "à portée" de Fillon, ce qui semblait absurde il y a seulement dix jours.

Alors, je le répète, je ne crois pas que si le vote avait lieu demain, les résultats seraient ce que disent les sondages. Dans une situation aussi incertaine, tout peut arriver au moment où les gens passent dans l'isoloir. Mais une chose est sûre, pour ne parler que de la page Facebook de Mélenchon, elle tutoyait les 700000 abonnés avant la marche du 18 mars. A peine dix jours plus tard, c'est la barre des 800000 qui est en passe d'être atteinte. La dynamique constatée au moment du débat, de ce côté-là, ne s'est pas tassée, au contraire.

Surtout, la façon dont nous sommes tous hypnotisés par les sondages exacerbe l'idée que rien n'est joué. Depuis que Mélenchon lui est passé devant, il y a dans le camp Hamon des accents de panique, avec des attaques un peu désordonnées qui versent dans la caricature et ne sont pas à la hauteur de ce que proposait Hamon jusque-là. Les appels lancés par Cambadélis et Montebourg jusqu'à la semaine dernière, qui martelaient que Mélenchon devait se retirer au seul motif qu'il était derrière dans les sondages, se retournent contre eux, même au sein de leur propre camp, Peillon ayant eu une lecture assez surprenante de la situation ce week-end.

Ca a toujours semblé une mission très difficile pour Hamon de créer une dynamique positive au PS, un peu comme de tenter de redécorer une maison en ruines. Aujourd'hui, ça semble mission impossible, alors que la France Insoumise récolte les fruits d'une campagne de fond, avec du fond, menée depuis des mois. Car le programme est là, son chiffrage aussi, et de nouveaux livrets thématiques paraissent chaque semaine sur les thèmes les plus importants du projet.

Et puis bon, ne l'oublions pas quand même, il y a Mélenchon. J'attendais avec impatience le débat, car je savais que c'était une grosse carte à jouer pour lui. La présence de Hamon dans l'arène, en plus, était tout sauf un boulet, ce que je répète depuis le début de ces histoires de "il faut une candidature unique à tout prix". Les deux hommes étant sur une ligne similaire, leur message, leur vision du monde portait mieux, et se montrait plus imperméable aux attaques pro-austérité d'un Fillon. L'impossibilité d'un accord a eu cet avantage-là, de les rendre plus solides l'un et l'autre, et il ne faudra pas l'oublier quel que soit le résultat des courses.

Qu'on aime Mélenchon ou pas, en débat, c'est un tueur. Surtout, il a pu montrer que loin de la caricature, c'était quelqu'un de posé et d'humaniste. Ce qui amène à poser une question : Est-il vraiment "trop clivant", comme je l'ai entendu à peu près un milliard de fois ces six derniers mois ? Pour moi, la réponse se trouve dans ce sujet de Quotidien (pas exactement les meilleurs potes de Mélenchon, vous en conviendrez) qui demande aux badauds des différents QGs de campagne, juste après le débat, qui à part leur champion a été le meilleur.

Ce serait ça, être clivant ? Un type qui avec sa blague sur "il faut bien qu'il y ait un débat au PS" réussit à faire rire tout le monde sur le plateau, du PS au FN ? Et si c'était lui, le plus apte à rassembler au second tour ?

Mélenchon a un projet qui semble utopiste à beaucoup, parce qu'on a mine de rien pris l'habitude de vivre dans un monde de merde. Mais sa vision de la société, construite autour de l'écologie et de la réduction des inégalités, et d'un grooooos toilettage des institutions (si cette élection prouve une chose c'est que si nous ne passons pas vite à une VIe République, on va clairement dans le mur), est le seul projet d'espoir qui soit porté aujourd'hui, à l'exception de celui de Hamon flingué d'avance par un PS usé jusqu'à la corde. C'est aussi le seul candidat sérieux "hors-système", donc capable de ramener des gens qui se sont perdus au FN alors qu'ils ne sont pas forcément racistes, simplement par dégoût des politiques et à cause de situations personnelles difficiles. Le reste ne doit pas faire oublier ça.

Vous doutez de ses positions européennes ? Ecoutez bien ce qu'il dit, il n'est pas pour la sortie de l'Euro, il est profondément européen. Il veut seulement d'une Europe dont les gens veuillent, pour qu'elle puisse survivre et protéger les peuples plutôt que les banques. La Russie ? Je suis déjà étonné du nombre de gens qui se découvrent soudainement une passion pour la géopolitique, mais très bien : La ligne de Mélenchon n'est clairement pas celle de Le Pen, comme il le martèle en conclusion de son dernier meeting à Rennes (à 2h18 et 18 secondes). Mais la politique étrangère, c'est compliqué. C'est très rarement le bien contre le mal. Et mettre les problèmes sur la table avec tous les pays et discuter de frontières qui sont trop floues aujourd'hui, ça ne veut pas dire lécher les pompes de Poutine. Ca veut peut-être dire éviter des conflits armés qui surviendront si on ne fait rien. C'est quoi, l'alternative ? Attendre que ça éclate et dire "ouh la, c'est moche ce qu'il se passe là-bas" ?

Et puis franchement, à côté de l'ambition de son programme sur l'écologie, les institutions, l'éducation, sa réforme fiscale, sa réforme de santé... est-ce bien sérieux de chipoter là-dessus ? Dans la plupart des discussions que j'ai sur Internet, les arguments de l'Europe et de la Russie semblent souvent rabâchés, comme s'il fallait absolument trouver quelque chose contre le bonhomme. C'est curieux, d'ailleurs, en ce moment, je vois des gens de tous horizons rallier Mélenchon. De droite, d'extrême-droite, même des ultra-libéraux (un comble !)... les plus difficiles à convaincre sont les gens qui devraient être le plus proche de lui. Mais c'est vrai que l'électeur de gauche a toujours eu des goûts de luxe.

Mais pour parler sondages, voici ce qui va arriver maintenant, je pense. En rêvant un peu, mais pas forcément. La dynamique va se poursuivre, d'autres indécis du vote Hamon vont passer chez Mélenchon, jusqu'à ce qu'il fasse jeu égal avec Fillon. Là, la MASSE de gens qui votent Macron à cause de ce foutu principe de vote utile (vous n'avez pas idée du nombre de gens qui ne supportent pas ces idées mais pensent à voter pour lui pour éviter un Fillon / Le Pen... remarquez, si, vous avez peut-être une idée) vont peut-être enfin se dire que c'est une élection à deux tours, que 2002, c'était il y a quinze ans et qu'ils peuvent peut-être s'autoriser à voter selon leurs convictions. Et à partir de là, tout est possible. En 2012, Hollande faisait presque 30% avec un Mélenchon à 11%. Le réservoir existe.

Et putain, imaginez que ça passe. De mon côté, si ça arrive, je pleure de joie, je vous le dis tout de suite.

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