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Le Blog de Jérémy Manesse

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Publié par Jérémy Manesse

Ultimes réflexions électorales

Aujourd'hui, j'ai eu 42 ans.

Je pense que vous savez ce qui me ferait plaisir pour mon anniversaire.

Mais si, vous savez.

Pour moi, les choses étaient claires dès le mois de novembre, dès le lendemain de la victoire de Trump aux Etats-Unis. Je relis cet article et je ne peux que constater que les mois qui ont suivi m'ont conforté dans ces positions. La dynamique de fin de campagne de la France Insoumise est sans doute celle qui aurait été celle de Bernie Sanders s'il avait été élu à la primaire des démocrates, et il n'aurait fait qu'une bouchée de Trump.

Là où je me différencie sans doute de pas mal de gens, c'est que Fillon et Macron me font autant peur l'un que l'autre. Je ne parle pas de Le Pen, je continue à penser qu'elle ne peut pas être élue et que c'est un épouvantail. Mais pour des raisons différentes, une présidence Fillon ou Macron m'effraient terriblement.

Mais mon vote pour Mélenchon, c'est avant tout un vote "pour", je pense que personne n'en doutera. J'aime bien l'homme, la hauteur et la pédagogie qu'il redonne à la politique, mais j'aime surtout son programme. Programme qui, au passage, a reçu la meilleure note parmi tous les programmes électoraux chez Greenpeace (pour l'écologie et la cause animale), chez Amnesty International (pour les droits de l'homme) ou encore chez le Journal du Geek (pour ce qui est du numérique) ! Et je ne parle pas des soutiens qu'il a reçus récemment, de la part de 130 économistes, de Noam Chomsky... et même de Hulk !

Ultimes réflexions électorales

Alors, oui, je sais qu'on vous a un peu fait peur. Je parle des "mélenchonnistes". On est passionnés. On s'énerve parfois. On vous accuse d'être les idiots utiles de la droite. C'est souvent très injuste, contre-productif et jamais constructif. Il se trouve que c'est aussi un point commun avec Sanders, dont les partisans ont un peu pourri la campagne de Clinton par la suite. Il y a une petite vidéo très bien faite d'Usul sur ce sujet, qui peut expliquer, d'une part, le succès de la campagne de Mélenchon, et d'autre part, pourquoi ses partisans sont si énervés.

On est enthousiastes, donc, parce que cette campagne, ce programme, ce sont aussi un peu les nôtres. Et parce qu'on a pleinement conscience que la victoire de ce mouvement n'est possible qu'à cause d'un climat politique complètement dégradé, et qu'il est peu probable que l'occasion de gagner se représente de sitôt. Mais il serait dommage qu'en fin de compte, cet enthousiasme ait un effet repoussoir.

Alors, si vous votez pour un autre candidat par entière et totale conviction, si vous avez trouvé LE candidat qui vous correspond sur tous les plans, je n'essaierai pas de vous faire changer d'avis. Ce serait malhonnête de ma part.

Mais si vous faites partie des indécis, apparemment une masse immense qui pourrait faire ou défaire l'élection, je vous demande d'oublier deux secondes ce qui ne vous plaît PAS chez Mélenchon, et qui a été exacerbé par dix derniers jours de campagne où toute la presse et les éditorialistes se sont soudainement réveillés pour lui taper dessus, lui jeter à la figure tous les points un peu obscurs de son programme et vous convaincre qu'on était à l'aube d'une dictature communiste, bien plus dangereuse apparemment que le danger Le Pen. Avec au passage des remarques bien méprisantes envers les électeurs de Mélenchon, qui "clairement n'ont pas lu le programme" (si si, Bruno Jeudy).

J'ai beaucoup dit il y a deux mois qu'il ne fallait pas écouter les sondages. J'avais raison. Les rapports de force d'il y a deux mois ne sont pas du tout ce qu'ils sont aujourd'hui. Mais trois jours avant l'élection, les sondages sont forcément beaucoup plus proches de ce que sera la réalité. Et une chose est sûre, Hamon ne sera pas au deuxième tour. Avec toute la meilleure volonté du monde, on ne remonte pas dix à quinze points de retard en trois jours.

J'aurais tout de même eu des problèmes avec sa candidature s'il avait été en position de passer le second tour, principalement à cause du parti qui est derrière lui et qui n'a pas été foutu d'attendre le premier tour pour le planter dans le dos. Qui aurait voté ses lois ? N'aurait-il pas été à la tête d'une majorité de frondeurs ? S'il y a un responsable à trouver pour l'échec de sa campagne, ça n'est pas Mélenchon mais bien Cambadélis, qui a laissé faire et qui est coupable, trois fois coupable de ne pas avoir sanctionné ceux qui se sont déclarés pour Macron. Ce minable en remet même une couche cette semaine, en ne tirant aucune leçon de la débâcle. Si le PS fait moins de 5%, ce ne sera pas la faute de Hamon mais de Cambadélis, et ce sera à lui de payer la facture quand les frais de campagne ne seront pas remboursés. Et ce sera bien fait pour toute une partie du PS.

"Dis donc, Jérémy, tu serais pas en train de nous demander de voter utile ?". Non. Ce que je dis, c'est que les électeurs de gauche cherchent souvent le programme parfait et chipotent sur des détails à l'importance très relative. Ce que moi, j'appelle le vote utile, c'est voter Chirac contre Le Pen père, ou Macron pour éviter un Fillon / Le Pen. C'est voter pour des gens en qui on ne se reconnaît pas du tout pour faire barrage à un truc.

Mais si vous mettez de côté les petits détails qui vous gênent chez Mélenchon, qu'est-ce qui le différencie vraiment de Hamon ? Ce que je dis, c'est que le vote Mélenchon peut aussi être un vote de "conviction suffisante", qui vous permettra d'avoir quelqu'un pour qui voter au second tour, qui défende en grande partie vos positions.

Si Valls avait été élu à la primaire à la place de Hamon, est-ce que vous hésiteriez une seconde ?

Si Mélenchon arrive troisième à un demi-point près, est-ce que vous n'allez pas avoir terriblement les glandes, quel que soit le duo de tête ?

Si Mélenchon est élu, est-ce que ça n'ouvre pas la porte à une alliance avec la branche "Hamon" pour les législatives, pour le gouvernement ? D'ailleurs, dans tous les cas, est-ce que les législatives ne vous permettront pas "d'affiner" votre vote Mélenchon, pour peser sur ses choix ?

Est-ce que vous n'avez pas très, très envie de voir Mélenchon détruire celui des trois autres qui sera qualifié au débat d'entre-deux-tours ?

Ensuite, s'il y a des éclaircissements à faire, c'est tout à fait possible, je suis dispo pour ça. Dans les commentaires de cet article, par exemple, ou en message privé sur Facebook pour ceux qui me connaissent personnellement. Ou même autour d'un verre pendant le week-end (hé, moi, j'ai le droit, je suis pas candidat). Et je promets de ne pas m'énerver.

Bon, ça c'était le discours raisonnable. Mais pour finir...

Quand j'ai eu six ans, c'était en 81, quelques jours avant le premier tour des élections. J'ai très peu de souvenirs d'enfance, mais je me souviens de la joie de mes parents le 26 avril, quand Mitterrand a été qualifié pour le second tour. Aujourd'hui, mon premier fils, Merlin, a six ans, et j'espère que je pourrai partager quelque chose d'aussi fort avec lui dimanche soir. Parce que pour moi, oui, ce sera aussi fort. C'est le cadeau d'anniversaire qui me ferait plaisir.

Mais bon, vous faites ce que vous voulez. ;)

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