Billêt

Lundi 5 novembre 2007 1 05 /11 /Nov /2007 10:27
duel.jpg Oui, je vous ai un peu laissés tomber cette semaine... Beaucoup de choses à faire, peu de temps libre, et l'envie de le passer avec ma tite chérie plutôt que sur Internet... comme d'hab, quoi. Voici donc un bref résumé de ce que vous avez raté, euh, dans ma vie.

- D'abord, un petit point sur l'affaire Sarkozy / Tapie : Il paraît que le petit Jean-Jean s'est désisté de l'affaire, il ne jouera donc pas dans Oscar au Théâtre du Gymnase, ce qui je pense vaut mieux pour lui, et pour le monde en général. Amusant aussi, l'interview d'Hersen (le producteur de la sombre affaire, déjà responsable de la pathétique pièce de Baffie, Sexe, Magouilles et Culture Générale) où il déclare sans honte qu'il n'y avait aucun calcul médiatique dans l'affiche Sarkozy / Tapie, qu'il avait repéré Jean-Jean à un cours de théâtre sans savoir qui c'était, ce genre de conneries... Mwahaha.

- Jeudi 25 octobre, nous sommes allés voir Duel à la Cigale (je préfère leur nouvelle affiche mais j'ai pas réussi à la trouver sur Internet). J'avais causé de notre intention de les choper au vol... pfiou, il y a un bout de temps de ça. Très très très content : le spectacle sort grand vainqueur de la comparaison avec le Quatuor. Plus cinglé, plus inventif, moins plan-plan... Du point de vue culturel, aussi, le spectacle a l'immense avantage de ne pas reposer que sur des "tubes" du classique, mais aussi sur des morceaux moins connus, voire des créations, et la démarche mérite d'être applaudie. Et d'une manière générale, le mélange des genres est immensément moins convenu, moins "bourgeois". Quand le Quatuor se mettait à faire du rap pendant vingt secondes, c'était une parodie un peu ridicule et condescendante. Quand Cirade et Staïcu, en rappel, attaquent à deux sur un violoncelle (qui leur sert à la fois d'instrument et de boite à rythme) une version rap / classique de Walk on the Wild Side de Lou Reed... ben, on veut acheter le disque. Et d'ailleurs, pour ceux qui ont raté ça, le DVD du spectacle vient de sortir. Je ne sais pas ce que vaut la captation, mais le spectacle vaut le coup très certainement, car les morceaux de bravoure sont nombreux et on rigole bien.

- Vendredi 26, resto au Ciao, près du Café de la Gare, avec tite chérie. En attendant notre manger, on a l'oreille attirée par la musique d'ambiance un peu rock qu'a mis le patron, au point qu'on lui demande ce que c'est. Tout flatté, il nous dit qu'il s'agit d'un groupe formé par son fils et la copine de son fils, qui s'appelle The DO. Le buzz autour d'eux a été suffisant pour qu'ils sortent leur premier album en janvier qui vient. Après cette première écoute distraite, personnellement, j'irai écouter ça de plus près. Sinon, en ce moment avec tite chérie, on écoute l'album de Micky Green en boucle. Et elle, elle a flashé sur Kate Nash aussi (moi, il y a surtout une chanson que j'aime bien, pour l'instant). C'était le paragraphe "voix de fille sympas".

- Samedi 27 : Jackie Berroyer nous a fait l'amitié de venir voir Harem Underground une semaine plus tôt. Nous lui avons donc rendu la pareille, avec grand plaisir, en allant voir son presque one-man-show (il a un musicien avec lui sur scène) Ma Vie de Jeune Fille, au Théâtre du Rond-Point. Super spectacle, un genre de bordel autobiographique, d'une confusion extrêmement bien rythmée qui ne laisse jamais de doute sur le sérieux de l'ensemble. Et dans le même temps, on saute du coq à l'âne avec bonheur, on tombe sur un passage sympathiquement engagé au détour d'une histoire de cul... Et Berroyer est particulièrement drôle en chanteur débutant qui s'assume. ("Il y a des types qui chantent bien mais qu'ont rien à dire... moi, au moins, j'ai rien à dire mais je chante mal, il y a une cohérence"). Dîner très sympathique après tout ça au resto très prout-prout du Rond-Point (clientèle très bourge dans ce théâtre, je suis pas sûr que c'était le meilleur endroit pour ce spectacle). Il a fini, au fait (oui, désolé, je vous vends que des spectacles qui se jouent plus), mais il cherche une salle pour la suite. À guetter, donc.

- Dimanche 28, évidemment : première représentation de Cendrillon et le Chien. Jusque là (j'ai joué six fois et je passe maintenant le relais pour deux semaines à mon collègue de double distribution), ça s'est très bien passé et les réactions semblent assez unanimement positives. Je prends mon pied, en tout cas. Bon, on pourrait supporter d'avoir un peu plus de monde, mais comme quasi-tous les spectacles sur Paris, hein.

- Lundi 29 : tout seul dans ma campagne (et là, on parlera de semaine culturelle au sens le plus large du terme), je tombe sur le dernier Star Wars (pas le Retour du Jedi, hein, l'autre, la Revanche des Images de Synthèse). Je reste un peu dessus, par curiosité, parce que j'en n'avais pas gardé un souvenir immense au cinéma, mais je me suis dit, bon, il y avait des trucs bien, quand même. Je crois. Ben non, hein. C'est vraiment de la daube. Joué avec les pieds, écrit avec le nez, réalisé avec le cul (je parle du montage, hein : oui, il y a parfois des zolies zimages, mais quand Spielberg vante les mérites de George Lucas monteur sur le tournage d'Indiana Jones 4 et que je vois ça, je rigole doucement). Hayden machintruc est mauvais comme c'est pas permis, les manipulations de PalePoutine sont pas crédibles deux secondes, les autres font ce qu'ils peuvent avec des dialogues et une mise en espace (Natalie Portman et sa brosse à cheveux) qui ne peuvent pas aider... Le cas d'Ewan McGregor est assez particulier : il traverse toute la première moitié du film avec un sourire benêt et un enthousiasme de drogué. J'ai l'intime conviction que, très conscient du pathétisme de l'ensemble, il a essayé de jouer le plus mal possible pendant une scène pour voir si quelqu'un, par hasard, s'en apercevrait et tenterait de le diriger. Voyant que ça n'était pas le cas, il a fait tout le film comme ça, je pense, pour au moins s'amuser lui et rigoler avec ses copains à qui il montrera le DVD. Doit-on saluer cette démarche ou la trouver plus répréhensible que celle de ceux qui ont fait du mieux qu'ils pouvaient ? Je ne suis pas sûr, je pencherais pour la deuxième solution, parce que merde, il est payé, mais bon. 

- Enfin, bref : du coup, j'ai arrêté avant la fin (j'aurais pas supporté de revoir Dark Vador faire "NOOOOOOON !") et, curieusement, ça m'a donné envie de me revoir le troisième Matrix, vu que j'avais chopé le coffret HD-DVD deux jours plus tôt. J'avais là aussi gardé un souvenir pour le moins mitigé des deux suites (l'espèce de charabia "on est tellement intelligents qu'on comprend même pas ce qu'on dit" de la fin du deuxième m'avait profondément agacé... et m'avait d'ailleurs inspiré un sketch, faudra que je vous le montre un jour), avec une préférence quand même pour le troisième (certains plans fonctionnaient vraiment bien pour moi, comme celui où Trinity découvre le ciel)... et là, je me suis dit "non, c'était quand même pas aussi pourri que Star Wars III... Bon, voyons ça". Effectivement, le film tient bien la route, au moins esthétiquement et par sa réalisation. C'est mieux joué, aussi, même si j'ai encore du mal avec le côté "robots figés" des héros... Les clichés sont plutôt bien gérés et la conclusion assez sombre change un peu. Et puis je kiffe Hugo Weaving.

- Et on finit avec le Blu-Ray de Ne le Dis à Personne, qu'on s'est regardés avec tite chérie jeudi dernier. J'avais entendu le plus grand bien du film, et je dois dire que ça le mérite. Oublions un peu toutes les histoires de fidélité au roman (que j'ai pas lu) : c'est quand même une des premières fois (la première fois ?) que je vois un vrai thriller français à l'américaine où je n'ai pas l'impression à chaque plan qu'on essaie, justement, de le faire à l'américaine. Ici, la réalisation est toujours au service de l'intrigue et des personnages plutôt qu'aux effets types "allez quoi, laissez-moi tourner un remake américain, je suis un gentil français, je fais comme vous, regardez". Tous les clichés sont là, mais tout le monde joue bien (à l'exception, je dirais, de celle qui fait la soeur de Cluzet, qui nous a un peu agacés), tous les personnages ont des petits trucs qui les rendent intéressants, jusqu'au plus insignifiant des seconds rôles, et ça rend tout le monde très attachant, ce qui est bien sûr la clé de ce genre d'exercice. Chapeau bas à Guillaume Canet, qui en outre se file le rôle de l'enculé de service avec une surprenante gourmandise.

(Image Copyright Furax Productions)
Par Jérémy Manesse - Publié dans : Billêt
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Mercredi 24 octobre 2007 3 24 /10 /Oct /2007 01:15
sarkojr.jpg Il y a des nouvelles qui vous dépriment facilement un intermittent. On a donc appris aujourd'hui que Jean Sarkozy (20 ans) et Sophie Tapie (19 ans) allaient jouer ensemble dans la pièce Oscar, au théâtre du Gymnase (un petit millier de places). Pour Bébé Berluskozy, ce sera une première scène. Je ne sais pas trop par où commencer pour dire à quel point cette nouvelle m'afflige. Et je n'ose imaginer l'état d'esprit de la chiée de comédiens talentueux qui sont serveurs plus souvent qu'ils ne sont acteurs.

Je n'ai rien contre les "fils de". J'en connais un paquet. C'est d'ailleurs pas toujours un métier facile. Moi même, je suis un peu "fils de", puisque je fais la même chose que mes parents, qui ont chacun leur public et des gens qui les connaissent. Il y en a d'ailleurs qui m'appellent le fils Manesse, dans le milieu. Je suis pas super fan, mais bon.
Je n'ai rien contre Jean-Jean précisément. Je suis pas très amoureux de son père, mais bon, j'aime bien Julie Depardieu, par exemple. Donc, si ça se trouve, je pourrais le trouver très sympa, le petit.
Non, ce qui me déprime, c'est la glissade de plus que représente cette nouvelle pour le théâtre, le divertissement, la culture en France... vers la pipeulisation totale, la recherche de l'effet Voici, l'argument zéro, la mort de l'art. 

J'ai une anecdote. L'autre jour, au milieu d'une répétition, je vois le camarade Sylvain Tempier aux prises, à la porte du Café de la Gare, avec un jeune gars un peu "ouech ouech" (c'est comme ça qu'on dit, maintenant, il paraît ?) qui lui pose plein de questions. Je m'approche pour prendre le relais, le gars, un jeune arabe plutôt beau gosse et gouailleur, veut en fait savoir si on fait des auditions, tout ça. Je lui répond qu'en général, non : on connaît le plus souvent bien assez d'acteurs pour savoir dès le début, au mieux qui va jouer dans la pièce, au pire qui on va auditionner. Et pour les spectacles de l'extérieur qui louent la salle, ben ça se passe ailleurs, on n'est pas au courant. A un moment, le type m'arrête : "Ouais, excuse-moi, je t'arrête, mais voilà : Moi, en fait, j'ai pas de thune. Et je voudrais me faire de la thune."
Evidemment, je lui réponds du tac au tac : "Choisis un autre métier". Puis, je prends le temps de lui expliquer pourquoi. Le gars avait du métier la vision qui exsude des écrans de télé, et rend un peu incompréhensible au commun des mortels les quelques pauvres mouvements d'humeur des intermittents. Pour lui, il avait eu l'idée géniale : acteur, c'était le jackpot assuré, des cachets faramineux et apparemment même pas de stage à faire avant, la possibilité d'apprendre sur le tas. Je dois bien être capable de faire ce qu'ils font à la télé, il se disait. Il a raison. Comme disait Romain Bouteille dans une de ses pièces : "les comédiens, c'est bien le diable s'il y en a un pire qu'un autre."
J'ai donc expliqué au type ce que je répète souvent ici : que c'est un métier dont il ne doit pas y avoir beaucoup plus de 5% de ceux qui le pratiquent qui en vivent. Que pour les autres, c'est des jobs de serveur à droite à gauche, une majorité de projets qui ne se monteront jamais ou sur lesquels on ne sera pas payé, des heures et des heures de perdues sur des castings où on sait très bien dès le début qu'ils finiront par prendre quelqu'un de connu (comédien ou pas)*, le regard des gens, parfois des comédiens qui bossent un peu plus (et bien souvent de la famille) qui tant que tu n'es pas passé à la télé pensent que ça n'est pas vraiment ton métier, des projets qui ont mis des années à se faire et qui se joueront trois fois, pas de structure, pas de sécurité, l'aigreur qui monte contre un public qui ira voir en masse ce que les médias lui diront de voir, parfois même en sachant déjà que ça va être nul... ce qui sera probablement le cas ici.

Je continue un peu, et le gars, qui a quand même le mérite de ne pas se laisser désarmer, continue à me poser plein de questions du genre "ça sert à quoi, un metteur en scène ?", "qu'est-ce qu'il y a d'autre comme métier dans le théâtre ?"... cherchant à tout prix à exploiter son idée jusqu'au bout. Il doit bien y avoir un job qui rapporte du fric dans ce milieu, sinon pourquoi il y aurait tellement d'intermittents ?

Alors oui, effectivement, si on est comme moi né dans un théâtre, qu'on est à la fois auteur, comédien, metteur en scène, parfois régisseur, caissier, comptable, qu'on a la chance de pouvoir monter ses pièces sans avoir à démarcher des salles pendant trois ans, de choisir les comédiens avec qui on a envie de travailler, parce qu'ils ont du talent et pas parce qu'ils ramèneront du monde dans la salle, qu'il se trouve en plus que, par chance, on a trouvé un deuxième job qui nous plaît au moins autant et qui exploite une autre de nos passions... alors oui, on peut bien gagner sa vie. Ou alors faut devenir vedette ("comment on fait ?", il m'a d'ailleurs demandé à tout hasard, le gars) et basculer dans un autre monde où tout gravite autour de soi et que je ne veux surtout pas connaître. C'est d'ailleurs une autre chose qui intrigue beaucoup les gens avec qui je peux discuter du métier, et qui m'a parfois mis en porte-à-faux avec des collègues : Ca surprend quand je dis que je ne veux surtout pas devenir "connu". Parce que la plupart des gens pensent que c'est ça, le but.

On "devient" très rarement connu, d'ailleurs. De plus en plus souvent, on l'est déjà. Comme Jean-Jean et So-so. Tout ce que je dis est sans doute un peu décousu, mais c'est le reflet de l'espèce de mélancolie sceptique dans laquelle m'a plongé cette info. Faudrait que je mette un point final à ce truc, d'ailleurs, il me reste quand même 30 pages de Preacher à traduire que j'aimerais bien finir ce soir.

Pitié, allez voir des pièces dont personne ne vous a parlé, où il n'y a personne que vous connaissez. Il y a plein de moyens d'avoir des places pas chères sur Internet. Pour les moins de 26 ans, beaucoup de théâtres (dont nous) font la place à dix euros. Il y a plus de bonnes pièces qu'on pense, là-dehors. J'espère. J'arrive pas à y aller aussi souvent que je voudrais, au théâtre.

Bon, maintenant, j'espère juste qu'il joue pas le rôle de Louis de Funès, Jean-Jean.

(Image Copyright Nouvel Obs)

* Dans un autre genre, on a quand même essayé de m'envoyer deux fois sur le même casting pour soi-disant remplacer les gars de la pub 118-218...
Par Jérémy Manesse - Publié dans : Billêt
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Vendredi 19 octobre 2007 5 19 /10 /Oct /2007 21:49
black.jpg Apparemment, ma ligne de Transilien (Gare de l'Est - Coulommiers) va donc être fermée tout le week-end. Il me reste donc à espérer qu'il y aura des trains sur la ligne E du RER, pour que je puisse rejoindre Tournan (à 30 minutes de chez moi, quand même) afin que tite chérie m'y récupère. Dans le cas contraire, je serai coincé à Paris pour le week-end et je devrai sans doute renoncer à traduire un de mes albums de mars, sans doute Promethea. Pour ce qui est du théâtre, les recettes étaient hier divisées par deux et ça devrait être la même chose ce soir. Et on fait partie des théâtres qui s'en tirent pas mal. Anecdotique, me dira-t-on. Pendant ce temps-là, des cheminots souffrent.

Bon, j'ai jamais été très fan fan de la grève. Dieu sait que je  suis plutôt plus à gauche qu'à droite, comme vous en auront sans doute (?) convaincu mes différents articles datant de l'élection présidentielle, mais le syndicalisme borné me donne envie de mettre des gifles bien autant que les riches qui veulent tout garder pour eux. Dans le genre, le summum de la bêtise avait été pour moi la grêve des intermittents à Avignon (2003, c'est ça ?) qui me concernait pourtant directement. J'avais eu toute une discussion surréaliste au milieu de la rue avec une prof, toute contente d'avoir "exporté" le concept de grêve jusque dans notre milieu, où j'ai réussi au bout de, oh, une heure de conversation, à lui faire comprendre que de faire la grêve du théâtre avait pour seules conséquences de priver les intermittents de leur seule tribune... et de punir les seuls qui les soutenaient, à savoir le public. Les images de je ne sais plus quel festival où les spectateurs d'un concert non gréviste se faisaient huer et jeter des trucs à la gueule m'avaient sérieusement donné des envies de meurtre.

Il y a plusieurs choses qui m'agacent dans cette grêve là, particulièrement. Déjà ce truc de non-reconductible, mais en fait si un peu, mais en fait boh ben allons-y gaiement pour tout le week-end. Du pain béni pour le gouvernement puisqu'à terme, ça ne peut que retourner l'opinion contre les grêvistes (celle qui est d'accord avec eux, j'entends). Ensuite, l'apparition dans la manif parisienne de jeudi d'autocollants "Vive la Grêve" que j'ai vraiment, vraiment beaucoup de mal à comprendre. Comme si, à défaut d'une révolution où on couperait les têtes de ceux qui gagnent mieux leurs vies que nous, on se rabattait sur la grêve comme véhicule pour afficher son mal-être, et peu importe, au fond, le sujet. Si on fait la grêve, normalement, c'est que ça va pas, non ? Comment on peut dire "vive la grêve" ? Quel intérêt ? Qu'on m'explique.
J'ai également vu des slogans sur certains camions qui m'ont laissé songeur. Genre "la retraite à 35 ans d'annuités pour tous !". C'est super mal vu si je dis que j'aime bien mon métier ? Que je compte bien faire du théâtre (et des traductions, eh, pourquoi pas ?) jusqu'à bien au-delà de mes 60 ans... c'est-à-dire en ayant largement dépassé les 40 ans de métier (j'ai des fiches de paie depuis que j'ai 16 ans). C'est pas un peu paradoxal, pour un peuple qui a élu le mec qui veut nous faire travailler plus ?

Et le coeur du problème, d'ailleurs, pour moi, est là. Je pense et je dis énormément de mal de Sarkozy, mais il y a un point sur lequel il n'y a rien à redire, c'est qu'il a prévenu. On n'est pas comme en 95. Le coup des régimes spéciaux, il l'a quand même martelé pendant toute sa campagne. On l'a élu quand même. Il a déjà, curieusement, reculé sur un tas de trucs qu'il avait dit qu'il ferait. On peut pas faire semblant d'être surpris si il veut aller au bout de ce truc-là, vu le nombre de fois qu'il l'a répété. Alors, quoi, la démocratie, c'est que quand on est d'accord ? Moi, je croyais que quand la majorité nous donnait tort, en démocratie, on n'avait plus qu'à serrer les fesses en espérant un "réveil" à la prochaine échéance électorale. Mais bon, si j'en crois les discussions transiliennes de l'autre jour, qui tournaient essentiellement autour de la grande question "est-ce que Dati couche avec Sarko ?", mon peuple n'est pas disposé à décoller du niveau "Voici" de la réflexion politique.

Curieusement, ça me rappelle un pote, plutôt extrême-gauche, qui voulait pas voter aux Présidentielles (premier tour) parce qu'aucun candidat ne le représentait. Putain, avec la chiée plus douze de candidats d'extrême-gauche qu'il y avait, il y en avait pas un qui lui convenait. Mais non, il y a quand même un syndrome à gauche qui fait qu'on ne veut que d'un candidat qui pense et fait exactement comme on ferait, nous. Ce truc de pas voter Royal parce qu'elle était "pas assez à gauche". Parce que Sarkozy l'est plus ? On a du mal en France (et oui, surtout à gauche) à accepter que la démocratie, ça ne peut fonctionner qu'avec un nombre tout de même limité d'alternatives. Si je tenais le même raisonnement, je ne voterais que pour le candidat qui déciderait de mettre fin au hold-up des opéras nationaux sur le budget de la culture, par exemple... et je ne voterais donc plus pour les 235 années à venir. L'autre option, c'est celle qui tenait à coeur aux fondateurs du Café de la Gare : l'anarchie, la vraie. Mais hélas, elle ne peut fonctionner que dans un pays où tout le monde est brillant. Et s'il y a une phrase qu'on répète souvent avec tite chérie, même si c'est souvent en running-gag, c'est quand même "les gens sont cons".

Alors, qu'il y ait une journée de grêve une ou deux fois, histoire de rappeler au gouvernement que ce serait bien de faire ça en y mettant les formes (un petit bisou avant la pénétration, quoi), d'accord... Mais si on repart comme en 95 avec une France bloquée, un mouvement dont on ne sait jamais quand il s'arrête et des spectacles qui coulent les uns après les autres, je vous préviens que je fais un attentat suicide à une AG de FO.

Bon, "quel rapport avec le roti ?", se demandent ceux qui ont bloqué sur le titre de l'article et n'aiment de toute façon pas trop quand je me mets à parler politique (coucou belle-maman). C'est juste qu'avec tite chérie, on est allés dîner mercredi soir, pour son anniversaire, "Dans le Noir ?", ce restaurant de la rue Quincampoix où on dîne dans l'obscurité la plus totale, servis par des aveugles. Une expérience plutôt marrante, instructive (comment on fait pour se servir du vin sans en foutre partout), même si la nourriture n'est pas à tomber par terre. A vouloir trop surprendre (oui, parce qu'on ne sait pas au départ ce qu'on va manger, on ne fait que donner ses contre-indications), les cuisiniers nous proposent des mélanges où il y a un peu tout et n'importe quoi. La nourriture ne vaut certainement pas le prix du couvert, on paie pour l'expérience.
Un détail amusant, c'est qu'on s'est retrouvé à une table de six, avec quatre canadiens de Calgary ne parlant qu'anglais. L'ambiance était plutôt sympa, je faisais des blagues, on papotait... mais dès que nous avons retrouvé le monde des voyants, paradoxalement, une barrière s'est dressée entre nous. Tite chérie et moi étions très curieux de voir à quoi ressemblaient nos voisins de table, mais eux étaient tout à coup très réservés.
Dans l'ensemble, ça reste une expérience à vivre, une fois, si on a le budget.

Peut-être que je devrais faire une journée dans une locomotive pour être plus sensible aux soucis des cheminots.

(Image copyright ben non)
Par Jérémy Manesse - Publié dans : Billêt
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Vendredi 31 août 2007 5 31 /08 /Août /2007 14:02
squat.jpg Me demandez pas pour la photo. J'avais photographié ça en revenant du concert de Muse il y a un bail, ça m'avait fait rire. Mais ça n'a rien à voir avec rien, sinon que je fais partie des heureux titulaires d'un prêt immobilier de 2006 qui s'amusent beaucoup des promesses de Berluskozy. Ce qui n'a rien à voir non plus avec rien. Mais j'avais envie de le dire. Et puis, je me plains pas : Il y a pire que de payer beaucoup d'impôts, et c'est ne pas en payer du tout parce qu'on n'en a pas les moyens. Qu'est-ce que je m'égare, dites donc.

En fait, c'était juste pour dire qu'Over-Blog, mes chers hébergeurs, avaient fait passer mon blog en version 2.0, à un mois de son premier anniversaire (au blog, hé oui, déjà). Pour vous, ça change pas grand-chose, si ce n'est que j'ai de nouvelles possibilités de colonnes à mettre, genre les archives, là à gauche. Quant à moi, j'ai une nouvelle interface d'administration toute mignonne, toute classe. Et assez furieusement rapide et efficace, alors que l'autre ramait pas mal.

Normalement, je vais de nouveau mettre à jour ce blog de manière régulière après la trêve estivale. Ce qui est assez amusant, puisqu'en fait de trêve, j'ai travaillé comme un bossu en août, ceci expliquant cela. J'ai encore un bon paquet de BDs sur mon bureau, et les albums de 2008 qui s'apprêtent à me déferler dessus (Sleeper, vous connaissez ?), donc on ne va pas revenir tout de suite à un jour, une mise à jour, mais je devrais pouvoir être un peu plus sur le coup. Mes excuses pour Perdu dans la Translation, aussi, qui est aux abonnés absents depuis un moment. Je connais le sujet de mon prochain article, mais je ne peux pas encore l'écrire, pour des raisons. Et je mettrai bien en ligne quelques sketchs vidéos (mon blog 2.0 héberge aussi les vidéos, mais je continuerai sans doute à les mettre sur Dailymotion... à voir) mais c'est aussi du temps pour les encoder depuis mes VHS, tout ça.

Voilà, ça fait sans doute beaucoup de texte juste pour dire que je vais écrire des trucs, mais bon, il y a quand même une news comics qui s'est glissé là-dedans, hein ?

(Image Copyright bibi et les racailles du métro)
Par Jérémy Manesse - Publié dans : Billêt
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Mercredi 20 juin 2007 3 20 /06 /Juin /2007 13:20

Ceux qui m'ont vu m'agiter dans tous les sens au moment de l'élection présidentielle ont pu s'étonner de ne pas me voir prendre position au moment des législatives. Bon, faut dire que mes intentions de vote n'auraient je pense étonné personne au vu de mes différents articles sur le sujet, et que par ailleurs, comme tout bon anti-sarkozyste primaire (exonération d'intérêts d'emprunt ou pas), j'en avais un peu marre de me remuer le couteau dans la plaie. Et la gauche, plus que jamais, n'a pas aidé à rester motivé.
(Personne n'a aidé à rester motivé, d'ailleurs, si on va par là et vu le taux d'abstention).

Mais bon, j'ai voté. Moi, je suis de ceux qui pensent que ou on vote, ou on ferme sa gueule après, et je ne crois pas avoir raté une élection depuis ma majorité. Mais c'est bien sûr un peu plombé que je suis allé voter deux fois (pour moi et pour tite chérie) dimanche dernier.

J'étais chez ma petite soeur (la grande) au moment des résultats, à lui expliquer comment on ouvre un fichier sur son ordinateur (oui, c'est pas parce qu'on est jeune qu'on assure avec l'univers 2.0). Je me souviens avoir dit très distinctement au moment de l'apparition des chiffres quelque chose du genre "ah ben merde, ils nous remettent les résultats d'il y a cinq ans".

Bon, je vais pas le cacher, voilà une "défaite" qui m'a fait plaisir. Pourtant, faut bien admettre que tout ça ne change pas grand-chose au résultat : l'UMP a toujours une majorité absolue et à part crier bien fort, l'opposition ne pourra pas y faire quoi que ce soit. Mais deux choses m'ont réconforté : C'est encore nous qui sommes maîtres de notre vote, et pas les instituts de sondage ; et puis les communistes, les verts, le Modem ont quand même des sièges : On échappe à la représentation d'une France qui aurait été sarkozyste à 75%. Quand on se considère de gauche et qu'on s'est pris pas mal de claques récemment, ça suffit à garder espoir en la démocratie et en ses compatriotes.

Après, cette histoire a encore servi à démontrer comme la politique marche des fois sur la tête. Perso, passé les résultats, je guettais avec une curiosité un peu perverse le résultat de Juppé, dont je me disais qu'il pouvait bien sauter et que ça me ferait pas pleurer. Juppé, pour moi, c'est encore les grèves de 95 et les affaires, hein. Quand la chose a été confirmée, pourtant, des proches pourtant pas du tout juppéistes ont trouvé un peu dommageable que cette idée intéressante de super-ministère de l'écologie parte à vau-l'eau. Déception à laquelle je peux adhérer.

C'était un peu évident que le seul qui pouvait prendre la place de Juppé pour devenir numéro 2 du gouvernement et seul ministre d'état, c'était Borloo. Lui seul avait la carrure et je pense même qu'il peut faire des trucs très bien pour le développement durable. Mais voilà : Depuis sa nomination, j'ai regardé plusieurs chaînes, j'ai lu Le Monde (oui, ben oui, ça peut arriver), j'ai écouté bien des réactions, et il y a un truc que j'ai du mal à comprendre.

De ce que je comprends, Borloo était très attaché à l'économie. Il s'est battu pour l'avoir, c'était son objectif, il était vraiment à sa place, il avait pas envie de déménager. Et l'idée qui circule beaucoup est que cette "promotion" est en fait une forme de punition pour avoir mis l'histoire de la TVA sociale sur le tapis. Et là, ça devient bizarre : On met quelqu'un numéro 2 du gouvernement pour le punir et qu'il puisse servir de fusible éventuel ? Et depuis quand l'écologie est une punition ? Ca décridibilise vachement l'idée de ce super-ministère, je trouve.
D'autant que je trouve un peu absurde de mettre la "petite victoire" de la droite sur le compte de la TVA sociale. Pour le coup, Berluskozy en a toujours parlé (même s'il n'a jamais parlé d'une hausse de 5%, sa mère) et j'était même atterré que la gauche ne le lui renvoie pas plus souvent à la gueule pendant la présidentielle (c'en était presque louche, à se demander s'ils n'avaient pas l'intention de faire pareil). Pour ma part, je pense que le retournement de tendance entre les deux tours est essentiellement dû à une remobilisation des électeurs de gauche, qui ont voulu sauver les meubles, et une démobilisation des électeurs de droite, pour qui tout laissait à penser que l'affaire était pliée.

Je sais pas, tout ça donne un peu l'impression que ce remaniement ministériel a été fait à l'envers, dans une dynamique assez négative et loin de l'intelligence politique (même en étant contre Sarkozy, on peut lui reconnaître ça) de l'après-présidentielles.

Par Jérémy Manesse - Publié dans : Billêt
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Jeudi 14 juin 2007 4 14 /06 /Juin /2007 22:56

- Oui, alors c'est vrai, j'ai pas beaucoup mis à jour cette semaine. Pas du tout, même. D'où ce petit melting-pot d'un peu tout ce qui me passe par la tête. J'ai des excuses, hein : Des trads à finir, d'autres qui me sont tombées dessus cette semaine à rendre plutôt très vite que vite, un spectacle qu'il fallait que je voie parce que je vais sans doute y reprendre un rôle en 2008 (mais j'en parle pas, hein, tant que j'ai rien signé, moi...). Et puis j'ai reçu des amis, de la famille, je suis allé voter (moi), et j'essaie de me remettre à écrire. A vrai dire, même là, j'ai failli ne rien publier, mais on dirait que le site de Magic Online est en panne... ce qui, je m'en rends compte, décrédibilise totalement l'image de mec surchargé que je viens de peindre.

- De façon amusante, pourtant, cette semaine a été l'occasion pour ce blog d'une fréquentation record, dont j'ai été le premier surpris avant de farfouiller dans mes statistiques et d'en découvrir la cause : Un gars (pseudo Caribou, mais j'ignore s'il s'agit du même Karibou qui traine parfois dans les commentaires) a posté un lien vers un de mes articles sur le HD-DVD (où je rapportais les infos des Années Laser sur le planning de SND) sur le forum d'High-Def Digest Machin, un site américain spécialisé sur la question. De là, le lien a rebondi sur AVS Forums, un autre forum de passionnés (l'opération "crise de consumérisme" dont je vous avais parlé ici, c'était eux). Et ni une ni deux, un troupeau d'amerloques a traversé mon blog (sans rester bien longtemps, les langues étrangères, c'est pas leur truc), faisant péter mes stats. Rigolo.

- Un nouveau spectacle a démarré au Café de la Gare : C'est une adaptation du Tour du Monde en 80 Jours, je l'ai vu et c'est très fun. J'en profite pour rappeler qu'on joue ce mois-ci exceptionnellement La Fondue Bourguignonne aux horaires de semaine, et pour informer notre aimable clientèle que le mois de juin est sans doute le dernier avant augmentation de nos tarifs. On n'a pas envie de le faire, on est obligés, désolés. Si, vraiment, c'est pas des blagues, mais je peux pas vous raconter ça en un seul paragraphe. Il faut que je me pose un bon coup parce que c'est très grave et complexe. Disons juste que tout le monde dans l'univers du spectacle n'a pas envie que le théâtre soit accessible à tous. Ah, wonderful world.

- Vu A Scanner Darkly l'autre jour en HD-DVD. Pas de bug, ce coup-ci (eh eh), et une bonne chtite séance, même si je ne pense pas que c'est un film que je reverrai. L'animation est sympa, même si elle cafouille un peu, à mon sens, sur les travellings. L'histoire est absolument décousue, mais c'est exprès, et elle donne lieu à des dialogues entre types défoncés assez jouissifs. Il faut surtout pas attendre que le scénar avance pour apprécier ce film, on est même surpris qu'il y ait une chûte. Pas forcément un film de collection, donc (mais bon, ça c'est pas grave, j'ai revendu mes derniers HD-DVDs sur eBay à peu près au prix que je les ai achetés) mais une séance sympathique.

- Et puis j'en ai pas parlé ici, hein, parce que je veux griller ça à personne, mais la fin de la saison 3 de Lost a été à la hauteur de cette superbe saison. Ceux qui vont découvrir ça sur TF1 cet été, bon appétit (même si je vous plains de devoir vous fader une VF là-dessus).

(Image Copyright Warner Bros)

Par Jérémy Manesse - Publié dans : Billêt
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Vendredi 4 mai 2007 5 04 /05 /Mai /2007 21:36

Oui, bon, j'avais dit que j'en reparlerais plus avant l'élection, mais je vais quand même en remettre une couche. Désolé pour ceux qui attendent ma critique de Spider-Man 3 (1 : Je l'ai pas encore vu, 2 : C'est bien, vous avez le sens des priorités).

J'espère que ceux qui ont lu mes "pamphlets" contre Sarkozy (ici et ici) m'accorderont, quelle que soit leurs convictions, que j'y respecte les opinions dites "de droite". C'est en Sarkozy que je vois un danger, pas en la droite en général, même si personnellement je suis plutôt quelqu'un de gauche (quoi qu'en dise ma petite soeur). Et c'est les électeurs de droite que j'aimerais convaincre, si possible, sans les braquer comme certains des mails "chaînes" que j'ai pu recevoir cette semaine.

Est-ce que j'espère les convaincre de voter Royal ? Non, pas forcément, je suis réaliste. J'espère plutôt les convaincre de voter comme Bayrou, en fait. Et comme "ma" candidate n'arrive pas toujours bien à expliquer pourquoi cet homme est dangereux, et qu'il ne faut pas compter sur les télévisions pour couvrir la chose de façon objective (j'y reviens après), je vous communique un lien qu'on m'a donné. C'est un reportage très posé, très dépassionné, de quatre fois un quart d'heure où des spécialistes de différents domaines analysent le "problème".

Le premier épisode (démocratie, fiscalité, travail et retraite, services publics) est ici.
Le deuxième épisode (santé, école, recherche, culture) est ici.
Le troisième épisode (néocolonialisme, passif, immigration, féminisme) est ici.
Le quatrième épisode (justice, institutions, atlantisme, international) est ici.

Et la liste des liens si vous voulez les transmettre par mails : http://www.dailymotion.com/lautrecampagne/video/x1ur6v_refutations-1/1
http://www.dailymotion.com/related/3114535/video/x1urdt_refutations-2/1
http://www.dailymotion.com/related/3114535/video/x1urhz_refutations-3/1
http://www.dailymotion.com/related/3114935/video/x1urn8_refutations-4/1

A communiquer largement, donc.

Sinon, vers 19h40 aujourd'hui, j'ai décidé de boycotter LCI. Je vous ai dit à quel point leur parti pris, sous couvert de commentaires "objectifs" et d'interprétations biaisées de sondage, m'agaçait ces derniers temps. J'ai adoré, par exemple, comme mercredi soir, aussitôt après le débat, ils ont diffusé en boucle le "coup de colère" de Royal... en enlevant précisément le moment où elle explique pourquoi elle est en colère. Ca s'appelle de la malhonnêteté intellectuelle et de la manipulation médiatique.
La goutte d'eau a été tout à l'heure, lors d'un débat entre Devedjian et Mellenchon. Dieu sait que je ne suis pas toujours d'accord avec Mellenchon (PS, hein, je précise pour ceux qui attendaient la critique de Spider-Man 3), mais il a le mérite d'être entier. Dans ce débat, il se démène pour faire valoir que si Sarkozy a imposé tous les thèmes de campagne, c'est parce qu'il a attaqué dessus avec des propos impensables, qu'il adoucit par la suite. Tout ce qui intéresse Devedjian ET Michel Fieald, en face, c'est sa réaction au fait que Royal pourrait proposer des postes de ministre à des députés UDF.
Il répond qu'il était contre, mais que tout ce qui avait été dit, c'est que tous ceux qui se retrouvaient dans le Pacte Présidentiel de Royal étaient les bienvenus pour travailler dans ce sens. Fieald insiste, "mais alors si elle nomme ministre un député UDF ?". Mellenchon répète : "Ca n'intéresse personne que je parle de ça, mais si il y a des gens qui veulent se rallier au Pacte Présidentiel, pourquoi pas ?".

Et aussitôt, sous Mellenchon, apparaît dans le bandeau LCI :
Mellenchon : "Pourquoi pas des ministres UDF ?"

L'arrogance avec laquelle LCI travaille désormais pour Sarkozy a fini d'user ma patience. Qu'ils prennent parti, pourquoi pas, mais qu'à ce moment-là, ce soit dit clairement. La première page de Marianne cette semaine donne un aperçu très précis de qui vote quoi à la rédaction : Ce genre de transparence manque.

Du coup, je continuerai à regarder LCI pour "Politiquement Show" et Olivier Duhamel, pour le Journal du Monde sans doute... mais sinon, je vais voir à quoi ressemble I-Télé.

(Image Copyright LCI / Loussy)

Par Jérémy Manesse - Publié dans : Billêt
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Mercredi 2 mai 2007 3 02 /05 /Mai /2007 00:51

"Doc Gynéco, ce n'est pas André Malraux" : Quoique assez facile, c'est sans doute ma phrase préférée du discours de Royal au Stade Charlety cet après-midi. Soutien à Sarkozy mis à part, j'aimerais énormément qu'on arrête de demander son avis à Doc Gynéco. Sur quoi que ce soit.

La bataille de "people" (Dieu que j'aime pas me retrouver à utiliser les termes à la mode inventés par la télé) que se mènent souvent les politiques est en général un peu navrante. Tout d'abord, parce que ça fait ressembler encore plus la vie politique à la Star Academy, alors qu'elle n'en a vraiment pas besoin. Surtout parce que c'est rarement, et de moins en moins souvent, une bonne idée de laisser les artistes s'exprimer sur la politique et, par extension, sur les problèmes de tout un chacun. Je ne sais pas ce qui fait le plus de mal à qui : La lourdeur de Bigard à son candidat Sarkozy ou la chemise hawaïenne d'Yvan Le Bolloch à sa candidate Royal.
J'ai quand même apprécié de reconnaître cet après-midi certains des "vieux copains" du Café de la Gare, comme Higelin et Renaud.

J'ai eu cette conversation avec ma soeur l'autre jour : On pense et on dit souvent que les artistes sont globalement plutôt "de gauche". Ce qui rendrait assez admirable la performance de Sarkozy qui en a ratissé pas mal (on utilise ici le mot "artiste" au sens le plus large du terme, et on enlèvera malgré tout des gens comme Farrugia, qui sont depuis bien longtemps des producteurs, des financiers, et plus des artistes). Mais il faut bien dire que le gauchisme de nos "élites culturelles" (là encore, une expression un peu forte) est bien souvent une légende... surtout quand on parle des artistes connus du grand public. Oui, oui, les "people". Rah.

Ca peut paraître étonnant. Après tout, Sarkozy a bien l'intention de mettre progressivement fin au régime spécial des intermittents. Je vous avais averti il y a quelque temps des risques à devenir comédien, ça va pas aller en s'arrangeant. Il y aura bientôt beaucoup moins de monde aux castings, c'est sûr. Je n'ai pas d'élément concret pour étayer mes dires, mais si j'en juge par le nombre de gens autour de moi pour qui les Assedic est une assurance indispensable, je dirais qu'une telle mesure va détruire une bonne moitié de la profession.
Parce que disons-le franchement, la majorité du temps, l'artiste intermittent ne gagne pas sa vie de son métier, mais des petits boulots qu'il a à côté. Pour prendre l'exemple de ma tite chérie (j'espère qu'elle ne m'en voudra pas mais elle me manque tellement qu'il faut bien que je trouve un moyen de parler d'elle), elle fait actuellement un stage d'un mois de Commedia Dell'arte, avec une équipe qui va préparer un spectacle pour jouer à Avignon pendant tout le mois de juillet. Deux mois entiers où elle est artiste à part entière, dans un spectacle qui en plus s'annonce intéressant et ayant des choses à dire, mais sans toucher aucun argent.
D'ailleurs, Louis Jouvet l'a dit, gagner de l'argent ne doit jamais être l'objectif de l'artiste... et doit même le rendre méfiant quant à l'impact que cela pourrait avoir sur son intégrité intellectuelle. Il faut donc l'aider à pouvoir s'exprimer sans (trop) se soucier des questions d'argent. Le seul à avoir défendu clairement ce soutien sans condition à la culture pendant la campagne, curieusement peut-être, ça a été Bayrou. Bref, ma tite chérie travaille actuellement sur trois spectacles, dont un seul qui lui permet de gagner un peu d'argent (La Fondue Bourguignonne, toujours dans vos - enfin, dans une - salles !). Elle ne touche d'ailleurs plus les Assedics. Mais elle a un ti-chéri qui traduit des comics... et qui est bien content d'avoir un boulot alimentaire qu'il adore et qui lui permet, du coup, de "préserver son intégrité intellectuelle".

Enfin bref, mon but ici n'était pas de brûler un cierge d'avance pour les intermittents (parce que, disons-le, je le sens pas super, ce deuxième tour) ni de donner les raisons culturelles pour voter Royal (j'ai bien compris qu'à l'échelle du pays, la culture, tout le monde s'en fout... Moi, défaitiste ?), mais d'établir qu'à première vue, on pourrait se dire que les dits intermittents devraient avoir tendance à voter à gauche. Mais le fait est que l'artiste d'aujourd'hui n'est plus l'artiste de 68.

C'est amusant que mai 68 arrive dans les débats en toute fin de campagne... Au bout du compte, c'est la première fois qu'on approche aussi près de la possibilité d'aborder l'éventualité de parler de culture. Parce que mai 68, il s'agit de ça aussi. Je suis tout de même personnellement, de corps et d'esprit, l'enfant de l'esprit soixante-huitard dans ce qu'il a de plus engagé, et en même temps de plus ludique. De plus contestataire, et en même temps de plus anarchiste. Dans ce qu'il a de plus indescriptible, quoi. Le Café de la Gare a été l'occasion pour une bande de potes de créer un lieu où il n'y aurait pas de patrons ni d'employés, pas de chefs ni de vassaux, où l'absence de règles permettrait la plus grande inventivité et la plus grande liberté intellectuelle. Evidemment, l'anarchie est une utopie, parce qu'elle implique que tous ceux qui la font fonctionner soient aussi intelligents les uns que les autres. Mais la flamme artistique de cette époque manque cruellement aujourd'hui. Elle existe encore, pour ce qui est du Café de la Gare, mais à travers ceux qui sont allés au bout de la logique et n'ont jamais cherché la célébrité. Donc ceux qu'on n'entendra pas à la télé. Mais ce qui est sûr, c'est qu'un Coluche, un Desproges ou un Balavoine seraient les bienvenus par les temps qui courent.

On ne fait plus de spectacle comique pour provoquer la réflexion chez les gens aujourd'hui. Ca n'existe pratiquement plus, un spectacle engagé. D'une part parce que les lois de l'efficacité et de la rentabilité ont pris le dessus, et qu'une réflexion qui risque de faire "décrocher" le public parisien est vue d'un mauvais oeil par la plupart des directeurs de théâtre. D'autre part, parce que le théâtre est devenu tellement cher (je reviendrai sur le dernier scandale qui nous touche, un peu après la campagne électorale, quand j'aurai le temps de vous expliquer ça en détail) qu'il n'est plus populaire, qu'il est écrit par des riches pour des riches. Les pauvres, pendant ce temps là (je schématise), n'ont plus comme "produit d'appel" culturel que la télé... dont on connait le niveau. Normal donc que la pensée culturelle engagée ait perdu ses outils d'autrefois.
J'ai récemment écrit une pièce qu'on peut qualifier "d'engagée" : Une Comédie Légère, ça s'appelait. J'ai bien senti que le public n'était plus habitué à ce genre de comédie où le gag et le comique de situation ne sont pas au centre de l'intérêt de la pièce. Ou le but n'est pas forcément de donner une réponse aux questions qu'elle soulève, mais au moins de faire que les gens se les posent. Pourtant la pièce a eu une jolie carrière au Café de la Gare, comme quoi l'espoir demeure. Mais par la suite, j'ai dû payer de ma poche pour rejouer la pièce ailleurs, et mes comédiens ont dû accepter de jouer sans être payé pendant deux mois. Nous avons tous accepté de payer pour jouer, pour défendre les idées qui sont les nôtres... et nous sommes de moins en moins nombreux à le faire.

Et dans ce cas, que reste-t-il aux intermittents ? Eh bien, il reste que nous travaillons dans la profession la plus libérale, la plus flexible qui soit. Nous n'avons quasiment jamais de contrat de longue durée. Nous savons rarement si nous travaillerons le mois prochain. Nos salaires dépendent souvent de la recette du spectacle. La culture, c'est la jungle. Du coup, des préoccupations sociales telles que celles des fonctionnaires sont à des années-lumière de notre réalité.
Et ainsi, on peut comprendre que l'intermittent qui ne fait plus ce métier pour défendre des idées, qui joue dans des pièces de plus en plus creuses, vides de contenu, vire facilement de bord quand le succès est par hasard au rendez-vous. Quand il ne travaille pas, il est pauvre, il veut des aides, il est donc de gauche, réaliste et cynique. Quand il gagne mieux sa vie, et parce que le comédien est ce qu'on fait de plus égocentrique, il veut avant tout qu'on le laisse entasser son argent, il est donc de droite, réaliste et cynique. Ce qui me rend d'autant plus sympathiques les artistes à succès qui étaient cet après-midi à Charlety... même quand ils ont une chemise aussi hideuse que celle de Le Bolloch.

Et si je vous parais parler comme un indécrottable gauchiste, sachez qu'au Café de la Gare, je suis considéré comme l'homme de droite de la famille ! Bon, c'est en tout cas la dernière fois que j'aborde le sujet des présidentielles d'ici dimanche. J'irai voter Royal (j'ose espérer que vous l'aviez deviné), avec le réconfort de l'avoir vu progressivement chier son balai depuis le discours du premier tour, et l'espoir qu'elle sera efficace au débat de ce soir, qu'elle ira mollo sur les expressions d'école de commerce du genre "gagnant-gagnant"... et qu'elle demandera à Sarkozy comment, de son côté, il fait pour caser le mot "respect" trois fois par phrase.

(Image Copyright Café de la Gare)

Par Jérémy Manesse - Publié dans : Billêt
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Mardi 24 avril 2007 2 24 /04 /Avr /2007 19:48

Hier, donc, je me déplace de chez moi et tite chérie, place Voltaire, jusqu'au Café de la Gare, rue du Temple, en faisant un petit crochet par Album et la Fnac, histoire d'avoir une petite crise d'achat compulsif en ce lendemain de fondue bourguignonne et surlendemain d'anniversaire. Je n'ai pas fait la moitié du trajet quand quelque chose me frappe tout à coup. Je vois beaucoup de flics. Mais beaucoup beaucoup. Des cars par ci, des patrouilles par là... Même la garde républicaine est de sortie, sur ses jolis chevaux. Arrivé au niveau du Café de la Gare, je me fais la réflexion que le deuxième tour des présidentielles est peut-être déjà passé et que personne ne m'a prévenu.
Je m'arrête pour commander une crêpe au petit vendeur du coin qu'a pas l'air très très français, et lui aussi trouve que 31%, voire un peu plus à Paris, c'est beaucoup.
Ma crêpe est en train de chauffer quand je vois débouler dans la rue du Temple un cycliste, qu'a pas l'air très très français non plus (rappelons au passage qu'il l'est quand même... et moi aussi, d'ailleurs, malgré mes yeux un peu bridés). Le cycliste roule assez tranquillement malgré le fait qu'une voiture de flics, gyrophare en action, arrive à fond de balle derrière lui. Mais à fond de balle, vraiment. La voiture pile même plusieurs fois derrière lui, redémarre en trombe, repile... Jusqu'à ce que le conducteur sorte la tête par le carreau et hurle "PUTAIN TU VAS T'ARRËTER MAINTENANT BORDEL".
Là-dessus, le cycliste commence à se ranger, les flics le doublent et, avant de lui faire une queue de poisson (vous savez, comme dans les films où le tank des mafieux est coincé par Will Smith et son copain), un des flics à l'arrière de la voiture ouvre sa portière et se jette sur le mec et son vélo, qui tombent à terre. La voiture arrêtée, deux autres policiers rejoignent leur camarade, plaquent le cycliste au mur. Et lui demandent ses papiers.

Voilà le premier contrôle d'identité post-premier tour auquel j'ai assisté. Et il est même pas encore élu, pépère.
"C'est chaud", m'a dit le vendeur en me tendant ma crêpe. Je crois pas qu'il parlait de la crêpe.

L'affiche ci-dessus qu'on m'a envoyé par le net est un peu caricaturale, certes. L'humour a le droit de l'être (enfin, pendant encore deux semaines, hein). Je ne crois pas Sarkozy raciste comme un Le Pen peut l'être, par exemple, mais ce qui doit inquiéter c'est qu'il n'a justement pas besoin de ça pour être dangereux.

Comme je vous le disais ici, j'ai beaucoup hésité entre Bayrou et Royal pour le premier tour. Dimanche matin, tite chérie (de passage pour trois jours et trop vite repartie... Je t'aime ma tite chérie) et moi avons ressorti tous les programmes (les moins folkloriques du moins) pour les comparer, et si voter Bayrou nous tentait beaucoup, ça nous tracassait un peu de ne pas soutenir Royal. Au final, nous avons profité d'être un couple en bonne entente et avons partagé notre vote : Tite chérie est allée voter Bayrou, et moi Royal. Une solution qui me satisfaisait amplement et qui fait sans doute de nous le couple le plus uni à travers sa dissimilitude électorale (ouh, belle phrase). 
Quoi qu'en dise le commentaire un peu rigide et dogmatique du camarade Winter-Guard que j'ai trouvé en réponse au précédent article (et qui m'a un peu agacé, j'admets), Bayrou a bel et bien fait un virage à gauche. Son centre offre une nouvelle voie républicaine dans le paysage politique français, ce qui est toujours bon à prendre en démocratie, et il est désormais en position d'être un contre-pouvoir efficace contre les faux pas de la droite et de la gauche. Je trouve beaucoup plus sain pour notre démocratie que l'arbitre s'appelle Bayrou plutôt que Le Pen. Les triangulaires des législatives, notamment, vont arrêter de placer systématiquement le Front National au centre des discussions entre le premier et le second tour, et c'est déjà une bonne nouvelle.
(D'autant que - on pouvait le voir vers la fin de la soirée électorale - la prévisible guerre de tranchée au sein du FN va maintenant avoir lieu... Le Guen parlait sur LCI d'une campagne nulle due au fait qu'on avait confié les commandes "à la Madelon". Il y a du vrai : A force de vouloir faire passer Le Pen pour Mickey, on est arrivé à des trucs assez risibles, comme la phrase qu'il a utilisée pour cloturer son dernier meeting, et qui a provoqué chez moi l'un des plus beaux éclats de rire de cette fin de campagne. La phrase, c'était : "Vive la République ! Vive la France ! Vive la vie !" Hi hi.)

L'UDF va donc à priori cesser d'exister pour laisser la place à un vrai parti du centre, dont on verra bien quels sont ses choix et s'il confirme mes dires. Le fait que Bayrou n'ait pas immédiatement répondu aux "Bayrou avec nous" des militants UMP a de quoi me conforter dans ce que je pense du gars (même si je ne le mets pas sur un piédestal, hein, il paraît qu'il a un melon comme ça).
Mais dans ce cas, si j'ai accepté que Bayrou puisse changer, me diront les partisans de Sarkozy qui pourraient tomber (par hasard) sur ce blog, pourquoi ne puis-je pas croire l'ami Nicolas quand il dit la même chose.
Il y a tellement de raisons. En voici quelques-unes en vrac :

- Être à droite n'est pas une tare, selon moi. Je ne vois pas pourquoi j'en voudrais éternellement à quelqu'un de droite qui vire sur sa gauche. J'ai des amis qui votent à droite, ma belle-famille est plutôt à droite, ma tite chérie a plutôt une sensibilité "de droite" sur certains sujets. Si l'UDF m'a plu pendant cette campagne, c'est qu'ils ne se privaient pas d'être de temps en temps d'accord avec leurs débatteurs, quel que soit leur parti. Le refus de tout dialogue constructif est une chose qui m'horripile. Je peux donc oublier les précédentes prises de position de quelqu'un s'il dit qu'il a tout simplement changé d'avis. Mais jusqu'à un certain point.
Et quand un ministre de l'intérieur parle de se "débarrasser" des délinquants, ça n'est par contre pas quelque chose que je peux oublier (vous remarquerez que j'évacue tout de suite le terme de "racaille", dont Sarkozy se sert désormais pour réduire le débat, comme si ça n'était que ça, le problème). Ca veut dire quoi, "se débarrasser" ? Clairement, ça veut dire qu'on les revoit plus, les gars. Et là, sans caricaturer, on tombe dans quelque chose qui fait vraiment, vraiment peur, même s'il s'agit d'un raccourci sémantique. Et surtout quand on voit des policiers contrôler les identités à coup de voiture.
(A noter que la police elle-même craint le climat radicalisé qui a été installé, qui donne de l'assurance aux plus tarés d'entre eux et rend le travail des policiers "normaux" plus difficile... Je rappelle d'ailleurs que dans la semaine qui a suivi le retour de Pasqua au Ministère de l'Intérieur, il y a eu trois bavures).

- Le totalitarisme, ça ne commence pas par des camps et des couvre-feu... Ca commence par la main-mise sur les médias. Et voir Sarkozy dire le soir du premier tour, l'oeil malin, à un journaliste en moto "Mes amitiés à David Pujadas et Elise Lucet", ça me fout carrément la trouille. Pour ceux qui ne l'ont pas encore lu, le dernier numéro de Marianne (l'article en question circule maintenant sur Internet et creuse la question bien plus profondément que je ne saurai le faire ici) mentionne la façon dont Sarkozy rappelle souvent aux journalistes qu'il sait ce qui se passe dans leur rédaction, n'hésite pas à dire à ceux qui ne lui plaisent pas qu'ils seront virés une fois qu'il aura le pouvoir. Impossible, dans le monde moderne, vous dites-vous ? Qui se souvient encore de l'affaire Duhamel (éjecté parce qu'il avait dit du bien de Bayrou dans une réunion privée) ? Plus grand monde, ou en tout cas pas suffisamment pour qu'on se demande combien de temps il va rester au placard. Et on verra si dans un mois (en cas de victoire du monsieur), la rédaction de France 3 ressemble encore à ce qu'elle était jusque là.

- Le totalitarisme, ça commence aussi en écrasant la culture. Dans une interview à TF1, peu avant le premier tour, j'ai vu Sarkozy affirmer qu'il trouvait inepte le type d'exercices de classe où l'on "fait réécrire la fin du Cid à des enfants ! Comme s'ils pouvaient être à la hauteur de Corneille !". Qu'un exercice de ce type (un de ses neveux devait s'être pris une mauvaise note la veille ou un truc dans le genre), qui éveille la créativité et l'imagination des enfants, peut éveiller leur intérêt pour l'écriture, pour la culture, leur faire découvrir une passion, voire même, EVIDEMMENT, les mettre sur la voie qui fera peut-être d'eux les Corneille de demain... Qu'un tel exercice puisse susciter un tel mépris, une telle hargne chez celui qui pourrait devenir notre président... Ca ne peut que faire frissonner le moins intermittent des artistes. Et n'importe quel lecteur de 1984.

Alors, je sais que pour beaucoup de monde, les plus aisés, il y a quand même pas mal de bonnes raisons, financières principalement, de voter Sarkozy. Je vais vous dire : Je gagne plutôt bien ma vie et j'aurais plutôt intérêt à voter pour lui. Je pourrai déduire les intérêts de mon prêt immobilier de mes impôts, j'en paierai d'ailleurs moins... Mais ma position là-dessus a toujours été que j'aurais adoré pouvoir payer des impôts quand je gagnais mal ma vie. Je suis pour la solidarité forcée des plus riches pour les plus pauvres. J'ai la même réponse que mon camarade Didier Porte, dont j'ai mis en scène plusieurs spectacles, à la question "Peut-on être riche et de gauche ?". La réponse est "Oui, à condition d'être désolé". Blague à part, je ne me plains pas de payer des impôts : Si j'en paie, c'est que j'en ai les moyens.

Bon. Je sais ce que vous allez dire, il faut savoir qu'on le pense à peu près tous, même les plus "Royalistes" et autant dire tout de suite ce que tout le monde pense tout bas : Oui, Ségolène Royal a rarement été aussi mauvaise que lors de son allocution de dimanche soir. Au Café de la Gare (où nous suivions la soirée en "famille"), nous nous sommes tous tassés dans nos fauteuils en l'écoutant... Mes premiers mots au bout de trois minutes de son imitation de zombie, je crois, ont été "Putain, mais aide-nous un peu quand même". Je pense sincèrement qu'il y avait un truc, la pression du moment où je ne sais quoi, mais oui, le résultat est là : Elle était à chier. Et ça n'a jamais été ma candidate préférée pour commencer (je me remets encore mal de son histoire de drapeau).
Mais elle a été choisie comme alternative à Sarkozy... et à mon sens, Sarkozy peut ouvrir une phase peut-être très fructueuse pour l'économie du pays, mais très noire pour ce qui est de la solidarité, de l'entente entre les gens... Du climat. Ce sera de nouvelles émeutes, les incidents de la Gare du Nord toutes les semaines, encore plus de police dans les rues de Paris et de moins en moins de culture... pour commencer. Vous trouvez que les gens sont agressifs ? Que l'ambiance est pourrie ? C'est pas près de s'arranger.
Je ne suis pas du genre à voter "contre", à voter "pour faire barrage"... Mais sur ce coup-là, je fais une exception. J'espère que Royal sera bonne lors du débat de la semaine prochaine. Ca a toujours été plus dans ses facilités. Mais le gars en face s'y connait aussi (ex-avocat, quand même)... On verra bien. Mais Royal, de son côté, a vraiment la capacité et la possibilité d'apaiser le climat super lourd qui règne en ce moment.

Il est probable que la plupart des lecteurs de ces colonnes pensent peu ou prou la même chose que moi, surtout ceux qui viennent ici parce qu'ils ont vu mes spectacles. Mais apparemment, la lutte va être farouche pour le deuxième tour, et si je peux convaincre ne serait-ce qu'une dizaine de personnes que Sarkozy est probablement un excellent orateur mais un président dangereux caché derrière un programme qui peut être alléchant... Ben, ce sera déjà super. Voilà.

Par Jérémy Manesse - Publié dans : Billêt
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Mercredi 11 avril 2007 3 11 /04 /Avr /2007 16:23

Bon, je sais ce que vous allez me dire : Après les aventures de ma chatte, j'ai l'air de tout faire pour booster la fréquentation de ce blog avec les visites des internautes les plus libidineux en choisissant les titres les plus ambigus. Mais non, c'est juste parce que j'ai bien les boulettes.

Il y a une semaine, tite chérie et moi avons acheté une tondeuse à gazon. Ben oui, parce que c'est que ça y est, il fait beau, ça pousse à fond la caisse, c'est un peu incontournable comme achat. Histoire de pas tomber sur un truc qui nous pètera dans les doigts en cinq minutes, on chope chez Leclerc un modèle McCullough à 500 Euros, moteur Honda, 6,5 CV, tout classe, super quoi. Normalement. Modèle d'expo, parce qu'il y avait plus que celui-là. Moi, je me méfie un peu des modèles d'expo, mais bon. On est un peu pressés, on fonce.

Deux jours plus tard, on étrenne la machine, en suivant de très près le mode d'emploi. On vidange l'huile de stockage, comme nous a dit le vendeur. On met de l'huile. On met de l'essence. On démarre, tout contents, ça coupe bien. Je commence à tondre, pendant trois minutes, avant que le moteur ne s'arrête net. Et là, tout bloqué, plus rien ne bouge, tout niqué.

Bon, ma tite chérie n'est pas douée en mécanique, et moi j'ai même pas mon permis. J'appelle mon père au téléphone, il dit que ça sent mauvais, on ramène la tondeuse au Leclerc. Là, ils ne veulent ni nous l'échanger ni nous la rembourser ni quoi que ce soit tant qu'ils l'ont pas fait expertiser. Je commence à voir un peu rouge, parce que 500 Euros, quand même. Sentant l'orage gronder, le type du magasin (un pauvre gars qui couvre le manager planqué dans son bureau, hein, comme d'hab) nous dit qu'ils pourront nous prêter une tondeuse le temps des réparations ou de l'échange, une fois que l'expertise sera faite.

Le type m'a rappelé hier : D'après "l'expert", on n'a pas mis assez d'huile. Le moteur est mort, la garantie est morte, il y a plus qu'à payer un genre de 200 Euros (j'attends le chiffre exact avant de casser un truc) pour un nouveau moteur. Leclerc nous propose de le monter gratuitement, c'est tellement gentil. Bien sûr, comme la garantie a sauté, plus question de nous prêter une tondeuse.

C'est le cas typique du "bon ben on l'a dans l'os". Je pourrais demander à faire une contre-expertise, ou à renconter leur expert invisible, ou partir dans des histoires de procès qui dureront des années... J'ai ni l'énergie, ni le temps, ni l'envie. L'alternative étant d'avoir jeté les 500 Euros par la fenêtre, je vais gentiment casquer pour le moteur, et j'éviterai à l'avenir d'acheter ce genre de matos chez Leclerc et en modèle d'expo. Heureusement que je gagne suffisamment bien ma vie en ce moment pour arriver à prendre tout ça avec un sourire certes très crispé mais présent.

Ou alors, j'achète la vache de la photo et je la joue vieille école.

(Image Copyright un fermier quelconque)

Par Jérémy Manesse - Publié dans : Billêt
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