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Le Blog de Jérémy Manesse

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Publié par Jérémy Manesse

Puisque je ne peux pas évoquer le sujet que j'avais prévu au départ (à cause de l'officialisation d'une nouvelle qui tarde à venir... Je pourrais toujours faire une version tronquée de ce que j'avais prévu d'écrire, mais bon, on n'est pas aux pièces), je m'éloigne un peu du côté "artistique" de la traduction pour m'occuper de l'aspect technique.

En effet, il y en a peut-être parmi vous qui se demandent comment se passe le plus ou moins long processus qui conduit la version originale de l'épisode jusqu'à la version traduite que vous avez par la suite entre les mains. Tout se passe grosso modo de la façon dont on pourrait l'imaginer (dont je l'imaginais, en tout cas), mais mettons tout ça à plat et voyons donc qui fait quoi.

Première étape, bien sûr, on me confie la traduction d'un album ou d'un épisode. La plupart du temps, j'ai le temps de voir venir, je sais quels mois de l'année vont être plus ou moins chauds, mais il arrive que des traductions viennent s'ajouter au gré des modifications de planning, des retards, très rarement des oublis (mais ça peut arriver, oui, qu'on ait oublié de confier une traduction à qui que ce soit... rarement, hein, mais c'est arrivé) ou des bronchites des camarades (coucou Nini !). Les dates de rendu idéales pour nos travaux sont M moins trois mois pour le kiosque, et M moins quatre mois pour la librairie. Ce qui signifie que normalement, en ce moment, je devrais avoir tout juste rendu mes trads kiosque de décembre et librairie de janvier. Je dis normalement, vu que le planning 2008 vient d'être complété, et qu'on va donc entrer dans la phase la plus speed de l'année (ben oui, parce qu'il faut anticiper un peu février pour Angoulême, aussi... waf, de toute façon, on court tout le temps, hein). Les BDs me sont envoyées par UPS, sauf dans certains cas (manque d'exemplaires, timing serré) où on préfère que j'aille me les procurer chez Album. Ce qui ne me fait pas perdre beaucoup de temps, sauf si je me retrouve à boire des coups pendant des heures avec le patron.

On distingue deux types de traduction : de texte ou de bande dessinée. Elles ne sont pas payées exactement de la même façon, le texte est payé au feuillet (au nombre de caractères, quoi) tandis que la BD est payée à la page de BD. Oui, je suis donc payé la même chose pour traduire la page double de Promethea (qui compte quand même pour deux pages) où la discussion doit pouvoir être lue dans les deux sens, que quand Daredevil court après Wolverine sur les toits de New York sur une pleine page double en disant "Hé !" (oui, il faut quand même qu'il y ait au moins une bulle). On est toujours un peu contents quand on reçoit un épisode avec que de la baston. 

La traduction de texte se fait aussi simplement qu'on peut l'imaginer, là on n'a même pas besoin de faire attention à entrer dans les bulles, ce qui est parfois reposant. Pour la BD, un fichier de traduction va se présenter sous la forme suivante :

"Planche 1
1
Dis donc, tu serais pas Spider-Man, toi ?

Euh, si ?
3
T'aurais pas un chewing-gum ?
4
Non, mais j'ai des tic-tacs.

Planche 2"

Etc.
(L'exemple est fictif, hein, je vous rassure).
Les bulles sont donc numérotées, et c'est le traducteur qui se charge de ça, pour que le lettriste puisse par la suite faire coïncider facilement les textes du fichier avec les bulles correspondantes. On appelle ça le "balloon placing". Et oui (et c'est là que les puristes hurlent), ça signifie gribouiller des chiffres dans toutes les bulles et à côté de tous les textes qu'on a décidé de traduire*, et massacrer ainsi son exemplaire du comic / album. Comme indiqué dans l'illustration ci-dessus (mais si, regardez.... roh, mais si, à côté des melons). Parfois, quand on est à la bourre, il peut même arriver qu'on découpe des pages d'un album au cutter pour rendre une partie de la traduction, oui oui, c'est un métier violent. J'ai eu du mal à m'y faire au début.

* Oui, j'ai mis l'astérisque là parce que si j'ajoutais encore une parenthèse, le paragraphe devenait impossible à lire. C'est bien le traducteur, à la base, qui décide de ce qu'il traduit ou pas (je pense par exemple aux textes des journaux, aux enseignes, bref à tout ce qui nécessite de la part du lettreur une adaptation graphique). Après, il peut arriver que le lettreur ne suive pas et décide de laisser la chose en anglais, ou de faire un renvoi en bas de page. Pour des raisons qui lui sont personnelles, je suis pas dans sa culotte, au lettreur. Lettriste ? Je sais jamais. Dans les génériques, je mets "lettrage", 't'façon. Enfin voilà.

Pour ce qui est de la méthode de travail, chacun son truc. Personnellement, quand j'attaque un album, je commence par tout ce qui est texte brut (intro, bios, textes de couverture). Puis j'attaque la BD, et je l'attaque dans l'ordre. J'imagine que certains collègues peuvent choisir de commencer par faire les passages faciles, avant de revenir petit à petit aux passages qui posent difficulté, moi je préfère affronter ces difficultés au fur et à mesure que je les rencontre. Histoire de rester dans le fil de l'histoire. Mais je pense que toutes les méthodes se valent.
(J'ai bien entendu commencé par lire l'album en entier avant de traduire quoi que ce soit).

Une fois arrivé au bout, je passe tout ça au correcteur de Word (une erreur d'inattention est vite arrivée), puis je m'impose de mettre la traduction de côté avant de l'imprimer. Je reviens dessus le lendemain, pour la relire entièrement, souvent à voix haute (ce qui peut parfois me donner l'air bien crétin, j'en conviens) pour m'assurer que tout "sonne" bien. Si je dois corriger, je reviens à la BD pour m'assurer que je ne sors pas des bulles (là aussi, c'est le traducteur qui juge... ben, au jugé, justement. Au début, j'avais tendance à sous-estimer ce qu'on pouvait mettre dans une bulle : nos lettrrhum utilisent des polices plus petites, en général, que dans la VO !).

Cette dernière relecture achevée, j'imprime un exemplaire de la traduction. J'envoie par mail le fichier à la rédaction et je leur envoie le matériel (les comics numérotés + la sortie papier) par DHL. Oui, ça m'arrive par UPS et ça repart par DHL. Je ne sais pas pourquoi, ça se fait comme ça. C'est un des grands mystères de la vie. Un mois après en général, voire un mois et demi, nos gentilles correctrices m'appellent ou me laissent un mail quand elles ont un doute à la relecture, et voili. Les Aventures de Big Melons peuvent sortir en VF. 

(Image Copyright Marvel)
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dillybilly 23/09/2007 17:27

très interressant! merci!en plus du coup on sait contre qui râler quand les textes des dialogues sont inversés dans les bulles (si si ça arrive ^^)

Jaas BROSS 11/09/2007 01:36

Voila un article trés intérressant ! Merci !

Karibou 10/09/2007 09:40

Toujours aussi passionnant, Jéjé!

Jiheffe 06/09/2007 12:58

Ben, euh, la checklist d'un célèbre traducteur  ;-)

MARVEL - GRAPHIC NOVEL :
- HALO : LE GRAPHIC NOVEL (sortie en novembre)
- LA TOUR SOMBRE 1 (sortie en janvier)

Jérémy Manesse 06/09/2007 13:31

Ben c'est mon site, ici, pas celui de Panini.La Tour Sombre sera bien publié en format Graphic Novel, et c'est bien une BD Marvel.Allez, patience.

Jiheffe 06/09/2007 01:51

Toujours pas le droit de nous expliquer pourquoi La Tour sombre qui était prévue chez Soleil a atteri chez Panini ? ;-)

Jérémy Manesse 06/09/2007 12:37

Qui a dit que La Tour Sombre ne paraissait plus chez Soleil ?