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Le Blog de Jérémy Manesse

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Publié par Jérémy Manesse

black.jpgApparemment, ma ligne de Transilien (Gare de l'Est - Coulommiers) va donc être fermée tout le week-end. Il me reste donc à espérer qu'il y aura des trains sur la ligne E du RER, pour que je puisse rejoindre Tournan (à 30 minutes de chez moi, quand même) afin que tite chérie m'y récupère. Dans le cas contraire, je serai coincé à Paris pour le week-end et je devrai sans doute renoncer à traduire un de mes albums de mars, sans doute Promethea. Pour ce qui est du théâtre, les recettes étaient hier divisées par deux et ça devrait être la même chose ce soir. Et on fait partie des théâtres qui s'en tirent pas mal. Anecdotique, me dira-t-on. Pendant ce temps-là, des cheminots souffrent.

Bon, j'ai jamais été très fan fan de la grève. Dieu sait que je  suis plutôt plus à gauche qu'à droite, comme vous en auront sans doute (?) convaincu mes différents articles datant de l'élection présidentielle, mais le syndicalisme borné me donne envie de mettre des gifles bien autant que les riches qui veulent tout garder pour eux. Dans le genre, le summum de la bêtise avait été pour moi la grêve des intermittents à Avignon (2003, c'est ça ?) qui me concernait pourtant directement. J'avais eu toute une discussion surréaliste au milieu de la rue avec une prof, toute contente d'avoir "exporté" le concept de grêve jusque dans notre milieu, où j'ai réussi au bout de, oh, une heure de conversation, à lui faire comprendre que de faire la grêve du théâtre avait pour seules conséquences de priver les intermittents de leur seule tribune... et de punir les seuls qui les soutenaient, à savoir le public. Les images de je ne sais plus quel festival où les spectateurs d'un concert non gréviste se faisaient huer et jeter des trucs à la gueule m'avaient sérieusement donné des envies de meurtre.

Il y a plusieurs choses qui m'agacent dans cette grêve là, particulièrement. Déjà ce truc de non-reconductible, mais en fait si un peu, mais en fait boh ben allons-y gaiement pour tout le week-end. Du pain béni pour le gouvernement puisqu'à terme, ça ne peut que retourner l'opinion contre les grêvistes (celle qui est d'accord avec eux, j'entends). Ensuite, l'apparition dans la manif parisienne de jeudi d'autocollants "Vive la Grêve" que j'ai vraiment, vraiment beaucoup de mal à comprendre. Comme si, à défaut d'une révolution où on couperait les têtes de ceux qui gagnent mieux leurs vies que nous, on se rabattait sur la grêve comme véhicule pour afficher son mal-être, et peu importe, au fond, le sujet. Si on fait la grêve, normalement, c'est que ça va pas, non ? Comment on peut dire "vive la grêve" ? Quel intérêt ? Qu'on m'explique.
J'ai également vu des slogans sur certains camions qui m'ont laissé songeur. Genre "la retraite à 35 ans d'annuités pour tous !". C'est super mal vu si je dis que j'aime bien mon métier ? Que je compte bien faire du théâtre (et des traductions, eh, pourquoi pas ?) jusqu'à bien au-delà de mes 60 ans... c'est-à-dire en ayant largement dépassé les 40 ans de métier (j'ai des fiches de paie depuis que j'ai 16 ans). C'est pas un peu paradoxal, pour un peuple qui a élu le mec qui veut nous faire travailler plus ?

Et le coeur du problème, d'ailleurs, pour moi, est là. Je pense et je dis énormément de mal de Sarkozy, mais il y a un point sur lequel il n'y a rien à redire, c'est qu'il a prévenu. On n'est pas comme en 95. Le coup des régimes spéciaux, il l'a quand même martelé pendant toute sa campagne. On l'a élu quand même. Il a déjà, curieusement, reculé sur un tas de trucs qu'il avait dit qu'il ferait. On peut pas faire semblant d'être surpris si il veut aller au bout de ce truc-là, vu le nombre de fois qu'il l'a répété. Alors, quoi, la démocratie, c'est que quand on est d'accord ? Moi, je croyais que quand la majorité nous donnait tort, en démocratie, on n'avait plus qu'à serrer les fesses en espérant un "réveil" à la prochaine échéance électorale. Mais bon, si j'en crois les discussions transiliennes de l'autre jour, qui tournaient essentiellement autour de la grande question "est-ce que Dati couche avec Sarko ?", mon peuple n'est pas disposé à décoller du niveau "Voici" de la réflexion politique.

Curieusement, ça me rappelle un pote, plutôt extrême-gauche, qui voulait pas voter aux Présidentielles (premier tour) parce qu'aucun candidat ne le représentait. Putain, avec la chiée plus douze de candidats d'extrême-gauche qu'il y avait, il y en avait pas un qui lui convenait. Mais non, il y a quand même un syndrome à gauche qui fait qu'on ne veut que d'un candidat qui pense et fait exactement comme on ferait, nous. Ce truc de pas voter Royal parce qu'elle était "pas assez à gauche". Parce que Sarkozy l'est plus ? On a du mal en France (et oui, surtout à gauche) à accepter que la démocratie, ça ne peut fonctionner qu'avec un nombre tout de même limité d'alternatives. Si je tenais le même raisonnement, je ne voterais que pour le candidat qui déciderait de mettre fin au hold-up des opéras nationaux sur le budget de la culture, par exemple... et je ne voterais donc plus pour les 235 années à venir. L'autre option, c'est celle qui tenait à coeur aux fondateurs du Café de la Gare : l'anarchie, la vraie. Mais hélas, elle ne peut fonctionner que dans un pays où tout le monde est brillant. Et s'il y a une phrase qu'on répète souvent avec tite chérie, même si c'est souvent en running-gag, c'est quand même "les gens sont cons".

Alors, qu'il y ait une journée de grêve une ou deux fois, histoire de rappeler au gouvernement que ce serait bien de faire ça en y mettant les formes (un petit bisou avant la pénétration, quoi), d'accord... Mais si on repart comme en 95 avec une France bloquée, un mouvement dont on ne sait jamais quand il s'arrête et des spectacles qui coulent les uns après les autres, je vous préviens que je fais un attentat suicide à une AG de FO.

Bon, "quel rapport avec le roti ?", se demandent ceux qui ont bloqué sur le titre de l'article et n'aiment de toute façon pas trop quand je me mets à parler politique (coucou belle-maman). C'est juste qu'avec tite chérie, on est allés dîner mercredi soir, pour son anniversaire, "Dans le Noir ?", ce restaurant de la rue Quincampoix où on dîne dans l'obscurité la plus totale, servis par des aveugles. Une expérience plutôt marrante, instructive (comment on fait pour se servir du vin sans en foutre partout), même si la nourriture n'est pas à tomber par terre. A vouloir trop surprendre (oui, parce qu'on ne sait pas au départ ce qu'on va manger, on ne fait que donner ses contre-indications), les cuisiniers nous proposent des mélanges où il y a un peu tout et n'importe quoi. La nourriture ne vaut certainement pas le prix du couvert, on paie pour l'expérience.
Un détail amusant, c'est qu'on s'est retrouvé à une table de six, avec quatre canadiens de Calgary ne parlant qu'anglais. L'ambiance était plutôt sympa, je faisais des blagues, on papotait... mais dès que nous avons retrouvé le monde des voyants, paradoxalement, une barrière s'est dressée entre nous. Tite chérie et moi étions très curieux de voir à quoi ressemblaient nos voisins de table, mais eux étaient tout à coup très réservés.
Dans l'ensemble, ça reste une expérience à vivre, une fois, si on a le budget.

Peut-être que je devrais faire une journée dans une locomotive pour être plus sensible aux soucis des cheminots.

(Image copyright ben non)
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Jiheffe 22/10/2007 18:14

Le problème des tests ADN, c'est qu'on met le pied dans la porte avec un prétexte prétenduement valable, mais qu'une fois le tabou tombé, il sera facile de l'étendre à d'autres situations. Voir bienvenue à Gattaca.Le deuxième problème des tests ADN c'est que ça fait bien longtemps que la morale judéo-chrétienne est battue en brèche, et qu'une famille ne se définit plus par de strictes relations génétiques... On peut le déplorer (si l'on est croyant) ou s'en réjouir, mais c'est un fait. A partir de là, les tests ADN ne signifient pas grand chose, et leur admission sous ce faux prétexte est bien évidemment un pas vers autre chose...Mais comme d'habitude "les gens qui n'ont rien à se reprocher n'ont pas à en avoir peur"...

Adinaieros 21/10/2007 11:18

En parlant des tests ADN meme si je suis evidemment contre c'est plus parce que Sarko a quand meme parlé du gene du suicide que pour le test en lui meme qui me semble pas si horrible que ca en tant que tel.Faire un test de paternité dans certains cas me semlbe pas hallucinant et il faut arreter de monter sur nos grands chevaux a la moindre mention du mot ADN.Apres c'est sur que dans le gouvernement d'un mec qui croit que le gene du suicide existe, ca prend une toute autre dimension....Tient en fait c'est comme la réforme des régimes spéciaux : si c'etait fait par qq un d'autre je pourrais y souscrire mais par ce gouvernement NO WAY.

Jiheffe 20/10/2007 19:56

> Moi, je croyais que quand la majorité nous donnait tort, en > démocratie, on n'avait plus qu'à serrer les fesses en espérant un > "réveil" à la prochaine échéance électorale. Ah non, surtout pas. La démocratie, c'est aussi que les 48 ou 49% de gens qui n'ont pas voté pour sarkozy (donc la moitié du pays quand même) ont le droit de s'opposer, de dire non, d'être contre, voire même d'empécher certaines réformes.Sinon, à quoi serviraient les legislatives ? Une présidentielle et hop, on attend 5 ans après pour gouverner de l'autre coté... trop facile. Il y a une opposition (en théoriei, hein ? Pas en ce moment, évidemment), c'est justement pour contrebalancer certaines choses...Comme dit Finkelkraut, cette réforme, c'est "enlever de petits privilèges pour augmenter les gros".Ceci dit, il y a plus grave, comme l'histoire des tests ADN. Il faudrait passer "bienvenue à Gattaca" dans toutes les écoles et tous les parcs...Et pour finir, vive cette grève qui m'a fait découvrir le vélo en ville ;)

fanficsworld 20/10/2007 11:51

Bonjour, Je peux t'embrasser ? Sur la bouche avec la l... euh non, peut-être pas quand même... En ce qui me concerne, j'ai également voté Ségo lors des deux tours (bien que Bayrou me plait bien sur certains points - et sa prestation lors de la DADVSI m'a bien aidé à le connaître), et pourtant ce qui se passe aujourd'hui ne me déplait pas. Je suis toujours trés interrogatif sur les heures supp détaxées, et je suis gêné par le traitement des régimes spéciaux dans le sens où l'on revient sur la parole du gouvernement, et que ça me gène (comme croire en un gouvernement si tu sais qu'au prochain changement de président, on pourra revenir sur toutes les promesses ?). Pour l'heure, Sarko suit son programme fidèlement, il n'est pas aussi (merde, je cherche le mot adéquate...) sectaire (?) que le Gouvernement Chirac et il est plus dans la consultation. Pour les grèves, ton article part étrangement du principe qu'elles sont l'oeuvres de ceux qui ont voté Sarko. Me demande à quel point c'est vrai. Mais il est vrai que la Politique Française est bien mal barrée si les gens se disent au moment de voter "je vote pour lui parce que les passages de son programme qui me plaisent pas, je les contesterai par la grève". Et en même temps, j'ai tendance à penser qu'ils peuvent avori eut l'impression de voter pour le moins pire (j'imagine qu'ils voyaient Ségo comme pire que Sarko, non ?)... Tout ça, c'est la faute à Roger Hanin ! Thom...

Jérémy Manesse 20/10/2007 18:31

Bon, alors précisons un peu le tir, parce qu'apparemment je n'ai pas été assez clair : Je n'ai dit nulle part que j'approuvais cette réforme (moi je serais plutôt pour que chacun prenne sa retraite quand il veut, on revient à ce que je disais sur l'anarchisme), ni que j'accusais les grêvistes d'être ceux qui ont voté Berluskozy. Je dis simplement : 1) Que pour moi, ça fait partie du principe de la démocratie d'accepter le résultat d'un vote même quand c'est pas celui qu'on aurait souhaité, 2) Que tout ça n'est pas de la faute des usagers, et que j'accepterais bien plus facilement une grêve où on dirait, par exemple, "grêve tous les jeudis de novembre", dont la pression financière serait la même mais qui permettrait à chacun de s'organiser (comme jeudi, quoi), que ce truc reconductible qui fout tout le monde dans la merde, et qui fait donc penser "ben dans ce cas, chacun sa merde". Je rappelle en passant qu'en 95, même si la grêve a ruiné deux spectacles sur lesquels je bossais, j'étais dans la rue et solidaire. C'était un autre cas de figure, c'est bien là-dessus que je tique.Après, je reviens quand même sur Karibou qui disait qu'en tant que nanti, j'avais surtout le droit de fermer ma gueule. Oui, je fais partie des, oh, 5% d'intermittents du spectacle qui vivent de leur métier. Ca n'a pas pris "quelques mois" pour avoir de quoi claquer de l'argent, je suis sur scène depuis que j'ai douze ans. Sorti de là, il faut savoir que le reste (les 95 autres %) est obligé la majorité du temps de prendre des jobs de serveurs pour joindre les deux bouts. Qu'il ne sait jamais de quoi demain sera fait. Qu'il est souvent obligé de jouer des textes qu'il ne cautionne pas pour pouvoir gagner sa vie. Ajoutons que quand la salle n'est pas suffisamment remplie, nous jouons mais nous ne sommes pas forcément payés (on n'est pas dans le subventionné). Si on parle d'images faussée que les gens ont d'une profession, être comédien ça n'est pas chanter comme une casserole en prime-time et se faire des millions. Alors qu'on ne vienne pas m'emmerder avec des "mon travail est plus pénible que le tien alors ta gueule".

Adinaieros 20/10/2007 08:58

A me relire ma derniere phrase fait un poil aggressive envers toi en particulier : c'est bien evidemment du a une relecture post postage :)

Jérémy Manesse 20/10/2007 09:47

Roh, mais je les connais mes petits militants ! Je comptais bien au moins sur vous deux pour réagir !