Lundi 24 décembre 2007 1 24 /12 /Déc /2007 13:35
undefined Noël, c'est un peu comme la Saint-Valentin, mais en plus pervers. À la Saint-Valentin, quand on n'a personne avec qui la fêter, on a envie de flinguer tout le monde, mais on sait pourquoi. À Noël, le jour de liesse obligatoire étant beaucoup plus... vaguement défini, dirons-nous (les commerçants ayant fait tout ce qu'ils pouvaient pour que ce soit "davantage" que la fête des enfants)... pas mal de gens ont le blues, sans trop savoir mettre le doigt sur les raisons.

Des raisons, il y en a plein. C'est la fin d'année, l'heure des bilans, tout ça. On est sommés de donner des preuves d'amour en mémoire d'événements bibliques dont on n'a pas grand-chose à faire dans certains cas (voire dont on doute de la véracité historique, pour les plus anti-religieux parmi nous)... et qui en tout cas n'ont jamais été pensés pour devenir cette monumentale machine à consommation. Quoique, ça demanderait enquête.
En ce moment, je vois tout un tas de gens qui dépriment, ou qui s'énervent, ou qui se fâchent pour rien, ou pour pas grand-chose. En tout cas, pour des trucs sur lesquels ils ne s'arrêteraient même pas pour réfléchir si on était, genre, le 12 juin. Ils craignent d'avance le réveillon glauque. Et puis la parano rôde. On se demande si les gens ne font pas des cadeaux pour compenser leur absence du reste de l'année. On se demande si nous-mêmes on ne fait pas la même chose. On se demande pourquoi on a envie de gifler les gens qui veulent absolument que leurs enfants croient au Père Noël au point d'imposer une humeur de conte de fée à tout le monde. Alors que c'est pas très grave, en fait. On se prend la tête, quoi.

En gros, la façon dont on vit Noël dépend en général de notre humeur du moment, de l'année qu'on a passée et du cynisme général qui nous habite. Mais quoi qu'il en soit (et surtout quand on habite dans une grande ville, je pense), il est de plus en plus difficile de vivre simplement Noël comme une occasion de faire la fête en famille, de faire plaisir aux gens qu'on aime, de s'empiffrer et de picoler un bon coup. Personnellement, je vis tout ça avec enthousiasme et bonheur, mais c'est un peu à l'image de ma vie telle qu'elle m'apparaît ces temps-ci. C'est triché, un peu.

Mais au reste, ceux pour qui cette semaine est un peu une corvée, je voudrais juste dire que ça n'est qu'un mauvais moment à passer. Souvenez-vous, c'était pareil l'an dernier, et finalement, vous avez survécu. Se dire ça, c'est le plus gros du travail de fait pour se détendre un peu et, qui sait, passer un bon moment. Et si cette année, Noël, c'est juste vous et les programmes de la télé, ben les bêtisiers, c'est fait pour ça. En tout cas, le 1er janvier, on sera passés à autre chose.
Il faudrait déplacer Noël à fin janvier, je pense. Non seulement parce qu'on pourrait faire nos courses de Noël pendant les Soldes, eh eh, mais surtout pour éviter d'avoir le poids de toute une année qui fait plier le sapin.

Et quand je parle des grandes villes, ça n'est pas par hasard. Je suis actuellement dans ma maison de semi-campagne, à nourrir mon chat avant de retourner jouer au théâtre (à Paris) ce soir, et il vient de m'arriver une de ces scènes qui rappellent ce que c'est censé être, Noël, en vrai.
Un petit gars vient de frapper à ma porte, un gamin du village, grelottant un peu (un blouson pour son Noël, ce serait pas mal, sans doute) et plein de cartes de voeux à la main. Je lui ouvre, il me propose une carte de voeux. Réflexe, je lui réponds que je suis pas sûr d'avoir de la monnaie. Il me dit : "Non non, mais c'est gratuit, c'est pour Noël". Et moi, je me sens un peu con, du coup. J'ouvre la carte, c'est un "Joyeux Noël" tout simple signé Boris et Laurène. Le gamin et sa soeur ont fait ça pendant le week-end et vont distribuer leurs cartes dans tout le village. Simplement.

Je leur dédie donc mon Noël, à Boris et Laurène. Parce qu'effectivement, fête obligatoire ou pas, quand on fait un cadeau, il y a pas besoin de raison, ou de contrepartie. Il y a juste besoin d'avoir envie de faire plaisir. C'est un slogan qui nous a été volé par les publicitaires, mais, eh, on les encule.

Joyeux Noël à tous !

(Image Copyright Columbia)
Par Jérémy Manesse - Publié dans : Billêt
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