Une
Comédie Légère est la troisième pièce que j'ai montée, et ma première pièce d'auteur, disons, militant. Je vous en ai déjà causé de nombreuses fois l'année dernière, tout en
restant monstrueusement vague pour ne pas en déflorer le contenu... mais aujourd'hui, je propose à ceux qui le veulent de découvrir le texte intégral de la pièce. Pour mémoire, j'avais déjà mis à
votre disposition le texte de
Harem Underground et de
la Partenaire de
l'Inspecteur Murdock. Tiens, d'ailleurs j'ai eu un message de la SACD m'indiquant qu'une demande d'autorisation avait été faite par une troupe amateur pour monter
Harem quelque part
en région (où ça, je l'ai plus en tête là tout de suite) et ça me fait bien plaisir. J'espère que je recevrai une invit' quand même.
Du coup, je vais enfin vous raconter ce que c'était que cette pièce, et pourquoi elle était si particulière à jouer. Bon, bien évidemment, ça veut dire que je vous nique toutes les surprises,
mais perso, je ne pense pas la remonter un jour, alors bon (oui, je suis du genre qui préfère passer à autre chose plutôt que de revenir sur ses propres traces... ça changera peut-être, mais pour
l'instant voilà).
Une Comédie Légère était ma façon de prendre le spectateur et de le secouer comme un prunier en lui hurlant "tu vas arrêter d'aller voir de la merde ?". Je m'attendais très certainement
à ce qu'elle ne plaise pas à tout le monde, à ce que ce soit une pièce "de niche"... d'ailleurs il m'a fallu un an pour convaincre mon père de me laisser la monter au Café de la Gare. Je crois
que depuis il a changé d'avis sur la pièce et est maintenant plutôt fier qu'on l'ait montée.
La pièce commence comme le plus sombre des boulevards, avec un patron qui base sa femme au téléphone en même temps qu'il harangue sa jolie assistante, en attendant son associé à qui il va falloir
que l'assistante fasse du charme (et plus si affinités) pour le distraire d'une histoire de contrat totalement anecdotique. Le patron a toutes les blagues, la fille est décolletée et est un
peu blonde... tout est là. D'ailleurs, j'ai été assez ahuri après coup en allant voir la pièce
Si C'était à Refaire écrite par Ruquier de constater qu'elle commençait à peu près
exactement pareil.
Et pour vous dire que je l'avais fait sérieusement, les gens riaient. Les copains dans la salle étaient verts d'inquiétude de ce virage popu qu'ils me voyaient négocier, mais la scène
fonctionnait très bien. C'était aussi histoire de dire que je
pourrais écrire ce genre de truc, mais que j'en ai pas envie.
Et puis, le troisième personnage entre, et là il y a comme un blanc. Le gars ne dit pas son texte. Le public sent un malaise, mais sans trop mettre le doigt sur ce qui ne va pas. Jusqu'à ce que
le nouveau venu interrompe carrément le spectacle, s'excuse auprès du public et demande la comédienne en mariage.
On découvre du coup que ça n'est pas du tout l'idée que la fille (intermittente intellectuelle de gauche au caractère bien trempé) se fait du romantisme, qu'elle est déjà bien saoulée de jouer le
rôle de la pétasse, et qu'il peut se carrer sa bague où elle pense. De là, la discussion entre les trois rippe rapidement sur un débat animé sur la pièce qu'on vient de commencer... et par
extension sur la "sous-culture" de divertissement dans son ensemble.
Intervient alors une spectatrice dans la salle, qui ne comprend pas bien ce qui se passe. C'est pour de faux ou c'est pour de vrai ? Elle, elle aimait bien le début du spectacle, et
d'ailleurs elle aime plutôt bien Patrick Sébastien. Un autre spectateur intervient. Lui, il était atterré par le début et préfère la mythologie grecque. Et puis il y a encore des grosses
surprises derrière (disons juste qu'il y a une explication à tout), mais je m'arrête là, parce que ce que je viens d'exposer est un peu le coeur de la pièce.
Bien sûr, on jouait tout ça très réaliste, et certains soirs, nous avions des spectateurs qui mettaient plus de la moitié de la pièce à comprendre que tout était écrit (alors que le spectacle
avait déjà sombré dans la science-fiction). Alors bien sûr, on a eu des gens outrés, on a même eu des lettres (du genre "je viens pas au théâtre pour me faire engueuler"), mais globalement
l'accueil a été beaucoup plus positif que je ne l'aurais cru. Pour moi, la grande réussite est d'avoir vu des spectateurs hilares au début du spectacle, puis complètement perplexes le reste de la
pièce... revenir avec des amis, en jouant le jeu et en faisant comme s'ils n'avaient pas du tout vu la même chose la première fois. Au bout du compte, même si là je vous l'ai présentée de façon
un peu polémique, la pièce n'était pas tant là pour critiquer les goûts du public (bien que si, quand même) que pour montrer qu'un auteur peut en chier pour jongler entre ce qu'il a envie de
dire... et ce qu'il devrait dire pour que sa pièce marche.
Pour ma part, je jouais le rôle du patron... qui est en fait le personnage qui fait le lien entre le "il faut éduquer les spectateurs" de la comédienne et le "il faut donner aux gens ce qu'ils
demandent" du troisième larron. Le nom du personnage (de l'acteur, donc) était Pascal Fun et, comme son nom l'indique, il était là pour alléger l'ambiance même pendant des dialogues assez tendus
et militants. C'est ma soeur Manon qui était chargée d'engueuler les gens et de se faire détester, au fait. Elle adorait ça.
Mon rôle était donc de m'assurer que la pièce restait une comédie tout du long : je faisais des blagues, je parlais avec les gens, j'improvisais pas mal. Ca me plaçait aussi, en tant qu'auteur,
en situation de maître de jeu. La suite de la pièce était assez complexe et, soyons francs, il n'y a que moi qui la comprenait vraiment, j'étais donc le seul à pouvoir retomber sur mes pattes
quand il y avait des interventions d'autres spectateurs du public.
Eh oui, parce que tout le défi était là : à partir du moment où deux "faux" spectateurs prennent la parole, il est couru que d'autres, parmi les vrais spectateurs, vont avoir envie de faire
pareil. Et vu les règles du jeu que nous avions fixées, nous ne pouvions pas éviter d'en tenir compte... cet élément a ajouté du piment à chacune des représentations. Et c'était absolument
épuisant à jouer. Impossible de jouer cette pièce en mode "semi-automatique" : tous les soirs, il fallait être prêt à ce que ce soir soit LE soir où un troisième spectateur intervient et ne nous
laisse plus en placer une (c'est arrivé).
Ca a été un moment assez exceptionnel pour nous, cette pièce. J'en profite pour remercier une nouvelle fois les quatre autres comédiens : Manon Rony, donc, Sylvain Tempier, et Pénélope Perdereau
et Hubert Drac qui étaient les deux spectateurs et qui n'avaient pas non plus un rôle facile, puisqu'ils étaient, encore plus que nous, exposés au milieu des gens. On était cinq personnes très
différentes, qui ont défendu ce projet bec et ongles jusqu'au bout, quelle que soit l'adversité et en mettant de côté nos propres points de vue sur la question. Il y a tout un tas d'anecdotes sur
cette pièce, un de ces quatre, je vous sortirai les meilleures.
Mais toujours est-il que c'était épuisant (tite chérie avait du mal à venir revoir la pièce parce qu'elle avait peur pour nous) et que pour mon spectacle suivant, j'ai eu envie d'un truc
beaucoup plus léger, où je puisse me contenter de jouer avec ma chérie et quelques autres excellents comédiens, en me marrant et en n'ayant pas à surveiller le public du coin de l'oeil à chaque
instant. En passant de
Une Comédie Légère à
À Suivre... (sortie en octobre prochain, rappelons-le !) j'ai un peu le
sentiment de passer d'un Woody Allen à un
Austin Powers, par exemple. Ou d'un
Watchmen à un
Nextwave, pour les comiqueux du coin (et toute comparaison qualitative
mise de côté).
Or donc, voilà : vous pouvez télécharger le texte de ma "Comédie Légère" en
cliquant ici. C'est une base, bien
sûr... on a trouvé beaucoup de choses en jouant la pièce, et ça changeait un peu tous les soirs... mais le fond est là. Comme d'habitude, si vous veniez à la monter vous-même (tiens, ça aussi ça
m'intéresserait de voir ça, vu que j'expliquais encore des recoins du texte à mes comédiens à la veille de la première... voire de la dernière), il vous suffit pour être dans les règles de
demander l'autorisation à la Société des Auteurs Compositeurs D... mince, je me souviens de ce qu'il veut dire le D. Enfin bref, la
SACD.
Dramaturges ? Bof, des auteurs, quoi.
(Image Copyright Rony)
Et puis, heuresuement que les personnes avec qui j'étais m'ont convaincu de ne pas me mettre au prmeier rang, déjà qu'on était juste derrière la comédienne! Très heureux en tous les cas d'avoir pu voir cette pièce