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Le Blog de Jérémy Manesse

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Publié par Jérémy Manesse

Bon, attention, ça va partir de très loin, cet article.

Je suis abonné à deux journaux d'information : Courrier International et Marianne. Le premier parce que je trouve l'actualité internationale bien plus essentielle pour l'avenir de l'espèce (comprendre : est-ce qu'il nous faudra plus d'une génération pour nous autodétruire ou pas) que nos petits soucis franco-français, tout respectables qu'ils soient, et parce que je préfère lire ce que les autres pays disent de nous plutôt que les avis des journalistes français sur lesquels est en train de se refermer le piège Berluskozy. Marianne parce qu'ils continuent à faire leur boulot malgré l'adversité, même s'ils ont tendance à s'en targuer un peu trop souvent dans leurs articles ("déjà en janvier 82 nous disions bla bla bla") et que leurs brêves tombent parfois dans le travers du Canard, à savoir chercher la petite bête pour le plaisir d'un bon mot. Mais c'est au point que je connais des gens qui ne lisent pas Marianne et pensent que c'est un journal d'extrême-gauche, ce qui est très loin d'être le cas.

Ce qui lie les deux magazines, d'ailleurs, c'est le coup de gueule de Jean-François Kahn dans le Marianne de cette semaine, qui rue dans les brancards journalistiques en donnant des noms et en citant quelques anecdotes pas piquées des vers, montrant l'influence grandissante du pouvoir politique sur les médias français et alertant l'opinion sur le fossé qui se creuse dans les rédactions entre la base (les journalistes) et les intérêts de leurs patrons. Au passage, Kahn déclare quitter le conseil d'administration de Marianne pour d'autres horizons, arguant qu'il faut aller dix fois plus loin et taper dix fois plus fort, en gros... Je sais pas ce que ça veut dire mais comme il parle pas mal d'Internet dans l'interview, je me demande s'il ne va pas lancer son site de web-information. Quoi qu'il en soit, ça m'intéresse.

(Au passage, un petit commentaire sur la dernière "vidéo-dérapage" de Sarkozy avant son interview sur France 3 : franchement, j'y ai rien vu de très passionnant, à part peut-être un nouvel exemple d'une gênante proximité entre lui et les journalistes... J'ai peur qu'à force d'aller chercher les petites bêtes - et dieu sait qu'il y en a - on ne finisse par provoquer un contre-coup de ras-le-bol en faveur de Sarkozy... mais bon.)

Non, si je parle du numéro de cette semaine de Marianne, c'est surtout parce qu'il y a un dossier sur "Les Narcisse", toutes ces personnalités qui "ne parlent que d'eux, ne pensent qu'à eux", etc. Dans le même panier, des Sarkozy, des Jospin, mais aussi des Domenech, des Begbeider... Le débat sur la pipolisation de la politique et de la culture ne date pas d'hier, et faut admettre qu'on voit défiler beaucoup de monde qui adore s'entendre parler. C'est pareil dans le milieu du théâtre, bien sûr, et c'est là où je voulais en venir, parce que cet article a fait écho à quelques petites choses que je voulais clarifier, quelques commentaires que j'ai pu lire... en somme, il m'a interpellé sur ma propre démarche lorsque j'alimente ce blog où, plus souvent qu'à mon tour, je parle de moi.

Je l'ai souvent dit ici, peut-être pas assez, si j'aime le théâtre c'est aussi pour le relatif anonymat qui va avec. Pour un comédien, j'entends. J'ai tenu six mois à la télé, sur Comédie, c'est peut-être un des pires souvenirs de mon existence et je sais que j'aurais beaucoup de mal à y retourner. Pourtant c'était dans des conditions proches du théâtre, avec un public, mais voilà. Je n'ai pas fait beaucoup de cinéma, ça me tente bien mais j'aurais toujours la crainte... de devenir connu, quoi.

J'ai pas envie d'être célèbre. J'ai pas envie qu'on me reconnaisse dans la rue, que des inconnus s'adressent à moi comme si on se connaissait depuis toujours. J'ai envie de contrôler ce qu'on sait de ma vie. J'en connais, des gens célèbres. J'aime pas trop leur vie. Pour moi, hein, eux sont peut-être très heureux. Mais moi, je suis finalement quelqu'un d'assez peu sociable, à peine mondain, je m'endors systématiquement sur un fauteuil à toutes les soirées où tite chérie me traine... Il y a beaucoup de gens que j'aime beaucoup, mais je préfère les retrouver autour d'un café ou d'un diner que dans une soirée où on a des bouts de conversations anecdotiques avec tout le monde.

A côté de ça, je suis comédien, j'adore être sur scène et faire marrer les gens... c'est mon paradoxe, sûrement. Sauf la photo en tête de cet article, là c'est juste mon côté cynique qui s'exprime. Cela dit, j'ai beaucoup plus de barbe, maintenant. Je vais bientôt rattrapper Alan Moore.

Là où on peut définir peut-être plus précisément ma position en tant que comédien, par exemple, c'est que jamais vous ne me verrez faire de one-man-show. C'est un truc que je comprends pas. J'ai besoin d'avoir des gens avec qui rigoler sur scène, qui me surprennent, avec qui je construise quelque chose. En général, les gens font du one-man-show pour une seule raison (à part ceux qui ne supportent pas les autres comédiens) : s'en servir comme d'une vitrine pour aller plus loin. Pour décrocher d'autres choses. Pour réussir. Moi, tant qu'il y a assez de monde dans la salle pour qu'on s'amuse, qu'on puisse payer les gens et ne pas couler le théâtre, je suis content.

Bon, ça, c'est pas tout à fait vrai, et c'est là qu'on attaque le coeur du problème. C'est pas vraiment un problème, hein, mais c'est de ça que je parle aujourd'hui. Bref.

Pour faire simple, je veux que le Café de la Gare apprenne à communiquer. Quand je dis le Café de la Gare, je veux dire nous, "l'équipe", la "famille" du Café de la Gare. Depuis des années, les pièces qui cartonnent le plus fort chez nous sont des productions extérieures. Les nôtres, de pièces, vivotent dans la plupart des cas. Les exceptions sont certaines des pièces que j'ai montées. Ca n'est pas une question de qualité, c'est uniquement parce que j'ai préparé leur lancement un minimum. Je ne pense pas qu'il y ait plus de, allez je suis gentil, 5% des gens qui viennent au Café de la Gare qui savent que c'est un lieu de création, tenu par certaines des personnes qui étaient là au début... ceux qui n'ont pas voulu être célèbres, d'une manière générale. (Les méchants, comme Depardieu, diront "pas pu", sans doute... je m'en tape)

Faut savoir qu'il y a vingt, trente ans, ça se passait comme ça au Café de la Gare : il n'y avait pas de spectacle extérieur (à part les copains, genre Rufus, qui venaient jouer l'été pendant que l'équipe partait en vacances). Il y avait pas besoin de faire de pub : la salle était remplie d'office. Du coup, le spectacle n'avait pas besoin d'être calé au rasoir dès la première : l'énergie était là, celle de la salle, notre carburant, et la pièce se dessinait au fur et à mesure devant les spectateurs, avec son lot d'hésitations, de recherche. Ca faisait partie de l'attrait, du charme du truc. Certaines des scènes les plus connues des anciennes pièces de ma mère n'ont été trouvées qu'à force de mois d'improvisation.

Mes parents ont une tendance certaine à continuer de monter des spectacles comme si nous étions toujours à cette époque. Or ça n'est plus possible. Comme je l'ai déjà dit ici, Paris c'est devenu le festival d'Avignon toute l'année. Ne pas préparer le lancement d'une pièce, ça veut dire démarrer devant des salles de trente personnes. Et devant trente personnes, un spectacle pas assez répété, pas assez su, ça peut n'être plus du tout charmant. Et ça ne génère pas un bouche à oreille favorable. On a démarré des spectacles sans avoir l'affiche du spectacle le jour de la première. Ca, c'est plus possible.

Mon objectif, donc, ça n'est pas tant de faire que mes pièces cartonnent, mais que nous, le Café de la Gare en tant qu'entité, fassions évoluer notre façon de créer des spectacles. Tout simplement en préparant leur lancement. Ce blog sert à ça. Le making of de "À Suivre...!" sert à ça. Les partenariats que j'ai tissés, qui auraient été impossibles à décrocher si je m'en étais occupé un mois avant la première, servent à ça. Et tout du long, je raconte ce que je fais aux gens du théâtre. Pas pour frimer. Mais pour que si tout ça fonctionne, ça leur donne des idées. Avec Internet, on a la chance d'avoir encore un moyen de communication global qui permette de faire gratuitement de la publicité... à condition d'être bien implanté. Quelque part, j'ai commencé le lancement de ma nouvelle pièce il y a un an et demi, avec la création de ce blog. J'ai un genre de 250 visiteurs uniques par jour, ça n'arrive pas en trois minutes.

Evidemment, il y a toujours la possibilité que tout ça ne fonctionne pas. Dans ce cas, il restera toujours l'option suicide collectif. Mais je suis persuadé qu'il reste au Café de la Gare une aura et un public qui est toujours attentif à ce qui se fait chez nous. Une telle préparation n'aurait pas forcément d'effet dans un autre théâtre, mais on est par exemple un des rares salles où les gens viennent sans réserver, comme ça. On est excellement situés et on est relativement pas chers. Avec un minimum de communication, il n'y a pas de raison que nos spectacles ne marchent pas autant que les spectacles de l'extérieur, voire mieux quand les gens auront accès à cette information : les "vrais" spectacles du Café de la Gare, créés par le Café de la Gare, ce sont les nôtres.

Bon, c'est bien joli tout ça, et ça fait déjà une grosse tartine de texte, mais ça n'explique pas vraiment pourquoi je me sens obligé de parler régulièrement de moi, de mes voyages, de ma tite chérie que j'aime... là, on retombe dans le paradoxe : je suis peut-être celui qui a le moins envie de s'exposer au Café de la Gare, et je me retrouve à le faire plus que les autres. En fait, c'est simple, on se prend au jeu du blog. Je me dis que c'est bien qu'il soit régulièrement mis à jour, et entre les infos théâtre, les infos comics, les critiques ciné, DVD, high-tech, séries télé, et bien sûr les articles sur la traduction, il y a déjà pas mal de matos. Mais de temps en temps, oui, je me retrouve à parler de ma vie. Parce que je suis nul pour téléphoner aux gens et que je me dis que c'est un moyen pour ceux qui me connaissent de savoir ce que je deviens. Parce que c'est devenu un peu trop naturel de laisser ma vie déborder ici... même si je reste très vigilant sur ce dont je parle ou pas. L'article sur les travaux du Café de la Gare est par exemple une version très épurée de ce que j'aurais pu écrire, vu comme j'étais remonté, mais je voudrais pas créer d'ennuis au théâtre... et même si le présent article évoque des différences de point de vue avec mes parents quant au montage des spectacles, je n'ai jamais étalé nos désaccords, quand il y en a eu, sur la place publique. Ou alors très discrètement. Je garde évidemment les plus beaux moments avec ma tite chérie pour moi, et je ne parle pas systématiquement de tout ce qui me tracasse ou m'emplit de joie. C'est un équilibre à trouver, c'est sûr. Pas évident, et je suis sûr que de temps en temps, je bascule un peu dans le narcissisme qu'évoque l'article de Marianne.

Mais c'est peut-être aussi pour ça que j'essaie d'alimenter souvent ce blog. Pour qu'un article chasse l'autre. Pour qu'aux yeux des non-assidus de ces colonnes, il ne reste que les liens importants de cette page : ceux qui annoncent les spectacles dans lesquels je joue, et celui qui mène à la checklist qui permettra à ceux qui apprécient mes traductions comics de savoir quels autres albums j'ai traduits. Pour que le reste ne soit qu'éphémère littérature.

(Photo de Céline Niezsawer)
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fanficsworld 10/07/2008 09:34

Pourtant, te mettre tout nu attirerait sans doute une nouvelle clientèle lol Mais serais-tu prêt à donner de ton corps, pour l'amour de l'art ? =DAprès je te l'ai dit, moi je me barre, mais si tu gagnes 10 clients à la place ?! Si je viens avec ma chérie, ouais c'est vrai que ça fait 2 fois plus déjà... tu nous ferais moitié prix ? lol Et puis dans un endroit nommé "cafe de la gare" j'espère qu'on nous l'offrira... le café !! Thom...

MARTINS 09/07/2008 21:44

Bonsoir, C'est marrant cette intervention de Karibou. Je le trouve finalement assez sympathique, dans son honnêteté et sa volonté d'ouvrir le débat. Je veux dire... il s'est pas contenté d'écrire une vacherie ("j'aime pas le théatre" par exemple) avant de fermer le nav pour ne jamais y revenir... il était à l'écoute, et prêt au "débat" ! Ce qui est marrant, c'est que justement je pensais en faire un peu autant, mais il m'a coupé l'herbe sous le pied. Par sur ta mère, ta chérie ou ta tenue vestimentaire hein, mais juste sur le fait que le théatre ne m'attire pas. Pire : il ne me repousse pas, mais ne m'attire pas. Pourtant, je suis déjà allé voir quelques pièces, notammant à l'époque où la Carte Mozaic du crédit agricole permettait d'avoir une bonne réduc (20€ la place, je crois). Simplement, jamais je ne me dis "tiens, et si j'allais voir ça." Le café de la Gare, c'est encore différent. J'habite à Reims, à 1h30/2h de Paris, et quand on a pas de voiture ni le permis, bah c'est un peu inaccessible, quoi. Mais je garde espoir, je suis sûr que j'arriverai à me faire une sortie avec ma tite-chérie-mais-non-la-mienne un jour, après tout c'est avec elle que j'y allais. J'en viens après au but de ce blog, justement. Moi qui n'ait pas d'attrait particulier, tu arrives à me donner envie de me faire une sortie inhabituelle pour te voir, sans pour autant me "convertir" vraiment au théatre. Mais pour une personne comme moi de "convaincu", combien ne viennent ici que pour lire ton témoignage de traducteurs ? C'était le but premier de ma "présence" ici, et c'est toujours ça qui m'intéresse le plus quand je viens - surtout les "perdus dans la translations" qui se font malheureusement bien rares. Qu'en penses-tu ? Est-ce qu'une seule personne est une victoire ? Espères-tu vraiment convertir des fans de comics à tes pièces ? Penses-tu y arriver vraiment ? Sinon, ça va, la famille, tout ça ?? Pour Tite-Chérie-oui-la-tienne, ce nom m'a jamais posé problème. Il est clair que tu vas pas développer sur ce blog ta vie amoureuse, savoir qu'elle est ta moitié est plus qu'il ne nous en faut. Si tu en dis plus, tu vas aimer ça et dans 1 an, le blog sera devenu un de ces sites érotico-a-mateurs où les webmasters/trices se dévoilent lol Je t'avertis : une seule photo de toi à poil, et je quitte ce blog forever ! adi : la solution est peut-être que les gens qui veulent se "lancer" dans le théatre (comme spectateurs, j'entend) commencent par des choses accessibles, plutôt dans le comique (tiens, j'avais écris comics lol lapsus !!). Thom...

Jérémy Manesse 09/07/2008 22:06


Ben, à vrai dire, oui, tout spectateur potentiel supplémentaire est bon à prendre. Au théâtre, on n'a pas des fréquentations de cinéma, la salle fait 300 places mais une fréquentation de, disons 80
personnes par jour qui paient, ça fait déjà un spectacle qui est viable financièrement... et j'ai hélas déjà souvent joué devant des salles de 30, 20, voire 8 personnes. C'est certainement pas
mon objectif de me contenter de ce genre de fréquentation, hein... mais pour te dire qu'on ne joue pas sur les mêmes "volumes". D'ailleurs, si jamais tu te retrouves à venir nous voir avec ta
chérie, ça fait pas une mais deux personnes en plus qui ne seraient pas forcément venues sinon. Pour peu que tu en profites pour venir en bande... ;)

Ensuite, et même si les principaux intervenants de ces commentaires sont des gens que je croise par ailleurs sur les forums comics, il ne faut pas croire qu'ils constituent l'essentiel de la
fréquentation de ce blog (si j'en crois les statistiques over-blog et les chemins parfois tortueux qui amènent les gens ici). Ils s'expriment moins, certes, mais c'est sans doute parce qu'ils
ont moins l'habitude de converser avec moi (tout le monde n'est pas un exhibitionniste de l'Internet, hi hi). Mais par exemple, je sais avec certitude (parce qu'on a souvent une hausse de
fréquentation pendant les vacances) que le Café de la Gare est un lieu de passage privilégié des provinciaux qui "montent à la capitale", comme on dit. Qu'ils soient informés le plus tôt possible
de mes nouvelles créations, ça peut les inciter à venir nous voir plutôt que, genre, le dernier truc à vedette dont ils ont entendu parler à la télé (et j'invente pas, c'est arrivé même à mes
beaux-parents).

D'une manière générale, donc, il s'agit plus d'établir un relais d'information que de "recruter" des spectateurs. Ou si tu préfères, il s'agit plus d'informer les gens qui vont au théâtre que de
convaincre ceux qui n'y vont jamais.

Mais je vais y revenir dans mon prochain article, parce que tout ça est intéressant. Il y aura pas mal de trucs sur le théâtre, cet été, les news comics étant plutôt clairsemées pendant cette
période... Et pour les "Perdus dans la Translation", moi aussi j'aimerais en produire plus, mais je ne veux pas le faire juste "pour le faire", je voudrais avoir quelque chose de différent à
raconter à chaque fois. Cela dit, s'il y en a qui ont des aspects de ce travail sur lesquels ils voudraient plus de détails, n'hésitez pas...

En tout cas, ne serait-ce que la petite discussion qui anime ces commentaires, je la trouve intéressante, et je ne crois pas avoir vu quelque chose du genre sur beaucoup de sites.


adinaieros 07/07/2008 18:35

Tiens pour revenir sur le commentaires "j'aime pas le théatre" (je reviendrais pas sur la note vu que je n'ai rien a dire dessus...je vais pas juste rebondir pour faire gonfler le compteur de com' ^^)Bah en fait je comprenais pas ce type de réaction jusqu'à ce que j'aille au théatre avec ma chérie.Elle accrochait pas. Du tout. On en a parlé longtemps et on a fini par cerner le truc : le style de jeu théatrale est exacerbé comparé a celui de la télé et du cinéma. C'est historique et surtout logistique : pour pouvoir etre entendu de tout le monde dans la salle, il faut parler fort, faire des gestes amples, etc.MAis quand on est jamais allé au théatre (et malheureusement c'est de plus en plus le cas) on cale devant ce genre d'interprétation.Alors on y est allé progressivement, on est allé voir des pieces en fonction de certains points d'attractions, et en quelques pieces, ma chérie a changer d'avis. Ou plutot elle sait qu'elle s'y est fait.Et c'est la le truc : il faut etre capable de se faire violence, de voir des pieces meme en etant choquer par le style pour s'y faire proigressivement.Ca necessite une certaine tournure d'esprit qui est pas forcement celle du "tout cuit, pret a servir"-buffet-zapping actuel...

Karibou 06/07/2008 14:10

En effet si j'en crois ton argumentation il y a manifestement une méprise de ma part, mais ceci je pense l'avoir admis avant même d'avoir exposé les images qui me venaient à l'esprit en songeant au café.Ainsi la problématique n'est pas ici la vérité puisqu'elle ne peut surgir de moi du fait de mon inexpérience mais plus celle de l'image au sens large. Pourquoi les petites scènes parisiennes ont vampirisées la com via l'affichage dans le métro ou les encarts dans l'officiel des spectacles pour globaliser un clivage intello/neuneu dans le théâtre pour le profane. Pourquoi le café de la gare se retrouve (dans mon premier jugement du moins) affilié à cette décadence faite d'acteurs de ciné/télé un peu ringards qui en attendant le prochain tournage squattent une scène et une affiche espérant remplir les fauteuils car leur nom à jadis occupé les colonnes de télé Z?Le théâtre n'est pas réductible au répertoire classique certes mais sorti de celui ci la création contemporaine manque vraiment de visibilité et d'identité d'un point de vue com pour "les masses" dont je fais partie. Une fois le pas franchi et disont l'essai transformé pour la troupe comme pour le spectateur la relation peut s'instaurer. Pour faire franchir ce fameux pas, initier la démarche d'acheter une place pour la première ou seconde fois à quelqu'un il manque quelque chose.Pour le cas du café de la gare il me semble que le nom de la salle est en partie responsable, le mot "café" accolé à la fonction Théâtre mets d'ores et déjà bien des idées en tête du mec lambda et pas des heureuses. Ensuite peut être que c'est une affaire de moyens qui ne peuvent accoucher d'une de stratégie de com éloquente et efficace...

Karibou 06/07/2008 02:24

Oh franchement tu n'as jamais ris lorsque l'un d'entre eux saisissait une flute et disait "vous tremblez Néron et sentez la fin de votre règne proche" à l'adresse de celui qui la lui tendait ? Cela ne t'as jamais fait comme une sorte de fussoir?! Quel dommage.Loin de moi l'idée de la critiquer, c'est le surnom que tu lui donnes et qui revient souvent dans tes billets qui me perturbe. Votre histoire semble belle et forte mais tu n'as jamais posé "le personnage" de ta compagne autrement qu'en la célébrant amoureusement. Ton lecteur à une image d'épinal d'elle qui par son caractère univoque ne semble pas lui rendre justice en tant qu'être humain complexe.Sur le café de la gare ce serait plus une question qu'un jugement finalement, comment se fait il que j'ai en tête ce genre de choses ? Cela vient il de ma personnalité faite de raccourcis faciles et d'automatismes de pensée destinés à me rassurer et me conforter dans ma flemme aussi bien physique qu'intellectuelle? Cela vient il de votre façon de communiquer ou plutôt de ne pas le faire si j'en crois ton billet? Ou alors de l'amalgame avec d'autres salles du même "format" qui auraient conditionné suite à une mauvaise expérience un rejet unilatéral? Est ce qu'il y a une once de vrai dans les stéréotypes que j'avance ou est ce que celui qui n'a jamais tenté d'aller voir un spectacle là bas manque une expérience satisfaisante?Bref pourquoi est ce que j'en viens à me dire que le café de la gare est au théâtre ce que le club dial est à la musique sans avoir expérimenté?Le premier qui dit que c'est parce que je suis un gros con est très méchant!!

Jérémy Manesse 06/07/2008 11:02


Bon, dans l'ordre : pour les Robin, j'aime beaucoup ce que Pef et Maurice ont fait en marge de la bande, peut-être aussi parce que c'est avec eux que j'ai le plus accroché humainement. Mais pour
les sketches des Robin proprement dit, je trouve qu'ils se reposent beaucoup trop sur les runnings. En arrivant sur Comédie, j'avais dû voir, quoi, trois sketches d'eux, et depuis j'ai toujours
l'impression en en voyant un que pour les trois-quarts des gags, il me manque les cent cinquante qui ont précédé pour apprécier. Je pense que c'est pour ça qu'ils se sont ramassés sur Canal,
d'ailleurs.

Pour tite chérie, le propos de mon article était justement d'expliquer que je gardais l'essentiel de ma vie privée pour moi. Ca serait un peu aller dans le sens inverse si je me mettais à déballer
tout ce qui fait d'elle l'être le plus merveilleux du monde, non ? Cela étant dit, tu en apprendras sans doute plus sur elle cette année puisqu'elle est la comédienne principale de ma nouvelle
pièce. Entre le making-of et les articles que j'écrirai pour présenter les comédiens, tu auras peut-être un peu du background qui semble te manquer. Mais le surnom, c'est pas pour se donner un
genre, hein. C'est comme ça que je l'appelle, et de son côté elle m'appelle "ti-chéri". C'est gravé sur nos iPod.

Et pour le Café de la Gare, je pense effectivement que tu fais un amalgame avec la vague "café-théâtre" dont je suis le premier à dire qu'elle n'a pas engendré que le meilleur. C'était un peu le
sujet de ma précédente pièce, d'ailleurs. Tes stéréotypes me semblent vraiment concerner d'autres gens... si du moins je les ai bien cernés. Ceux qui veulent du "pouet-pouet" pur et dur s'ennuient
en général chez nous. Pour parler de ceux qui ont été les deux principaux auteurs du Café de la Gare, Romain Bouteille et Sotha (ma mère), par exemple : les pièces de Bouteille sont d'une richesse
et d'une densité qu'on ne trouve plus du tout au théâtre, nulle part. Une bonne partie d'entre elles est écrite en vers (ce qui met à bas d'office le "vite écrit", j'espère que tu en conviendras),
et sur certains spectacles, même en faisant la régie un mois, j'avais l'impression de ne pas avoir saisi toutes les subtilités du texte et du propos. L'écriture de ma mère est plus accessible, mais
ça n'est pas non plus du théâtre qui caresse le spectateur dans le sens du poil. L'histoire n'est en général qu'un prétexte, un véhicule pour lui servir à placer les trucs qui la travaillent à un
moment donné.
En ce qui me concerne, ma nouvelle pièce est sans doute la plus "grand public" au sens où je crois que tu l'entends. La première parlait de filles qui enfermaient des hommes dans leur cave, la
seconde d'un inspecteur de police qui a la mort pour partenaire, et la troisième était un boulevard avorté qui se transforme en mise en accusation du public (et d'ailleurs, ça fait quatre pièces
écrites en huit ans, là aussi, je crois pas qu'on soit dans le "vite écrit"... et pour le "vite appris", ma nouvelle a été écrite en décembre pour être jouée en octobre). Crois-moi, au Café de la
Gare, on est très loin de "mon cul sur la commode" ou du "sketch du portable". Si c'est bien de ça que tu parles, peut-être que je me trompe complètement sur ce que toi, tu appelles le théâtre. Et
puis on a aussi adapté du Brecht et du Racine, hein.
Et je crois même que tu te fourvoies en parlant du "format" de la salle. Parce que si tu penses aux petites salles du genre "point-virgule", "carré blanc" et consorts, nous on a quand même 300
places. Ca ne prouve rien sur quoi que ce soit, mais je crois quand même que d'une façon générale, tu nous confonds avec quelqu'un d'autre...