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Le Blog de Jérémy Manesse

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Publié par Jérémy Manesse

Je suis rentré jeudi d'Avignon (où j'ai passé trois jours), mais je n'ai pas eu le temps jusqu'ici de compiler mon compte-rendu de notre séjour. Il faut dire que le retour a été trèèèès chahuté, avec les répétitions de La Mort le Moi le Noeud (il y a eu plein de changements de comédiens dimanche)... sans compter les représentations du spectacle, et bien sûr de A Suivre. Avec l'autre spectacle que j'ai vu hier soir, je crois avoir établi un genre de record personnel cette semaine : huit représentations jouées, onze spectacles vus, et une poignée d'heures supplémentaires à répéter. Je suis bien content de retrouver ma campagne aujourd'hui, quoi.

Je ne suis pas vraiment un marathonien d'Avignon. Tite chérie, si, elle a été capable de s'enchaîner jusqu'à cinq spectacles d'affilée, mais moi, je sature un peu au-delà de trois. Notre belle petite chambre d'hôtel perchée au-dessus de la Place de l'Horloge (avec terrasse privée et douche sur la terrasse) s'est par ailleurs imposée comme un arrêt au stand répété et bienvenu.

Mais faisons le tour des spectacles que j'ai effectivement vus, par ordre chronologique :

Lundi, on a commencé par Vacances au Bord de la Guerre, le dernier spectacle de Saïda Churchill, direct en descendant du train. J'en connaissais des bouts qui provenaient d'un de ses premiers spectacles, et j'aime toujours autant l'écriture dense et sans concession de Saïda... Allez, je sais que ça va l'énerver parce que je crois qu'elle l'entend beaucoup, mais j'avais eu un gros coup de coeur pour Sujet : Chomsky, son précédent spectacle, et j'ai sans doute un peu moins aimé celui-ci. Mais dans le même temps, je suis le premier à dire qu'un spectacle a une durée de vie et qu'il faut savoir passer à autre chose.
Mon programme d'Avignon échappe souvent à mon contrôle. Comprenez par là que même si j'ai une idée des spectacles que je veux voir, mes rencontres foutent souvent tout mon planning par terre, d'autant qu'il suffit que je me pose à une terrasse de bistrot pour croiser quatre personnes que je connais (c'est un petit monde). C'est donc en récupérant tite chérie à la sortie de Lancelot et le Dragon (dans lequel elle ne jouait pas cette année et que j'ai déjà vu trois fois, donc bon) que j'ai croisé l'attachée de presse de A Suivre, dont ça fait deux ans que je rate les spectacles dont elle s'occupe en Avignon. Là, elle me dit qu'elle s'occupe de Chicos Mambo, que ça commence dans dix minutes au théâtre qui est juste en face du bistrot, et il se trouve que la copine de tite chérie y va avec ses parents. Ca semble inévitable d'y aller, donc, hein. Spectacle très chouette, un genre de Quatuor (dont j'ai déjà parlé), mais pour la danse. Des types carrément doués qui sont sans doute trop atypiques pour faire partie d'un corps de ballet (trop grand, trop petit, trop carré) et qui ont préféré faire les cons avec leurs connaissances. J'ai trouvé le spectacle inégal, et brûlant ses meilleures cartouches peut-être un peu tôt, mais il reste très distrayant, c'est à voir.
Le lundi soir, j'ai vécu ma première expérience "In" du festival avec Casimir et Caroline dans la Cour des Papes. Une belle performance puisque la troupe allemande (néerlandaise ?) a appris tout le texte français en phonétique. Je me suis beaucoup moins ennuyé que ce que je craignais (on a tous en tête nos clichés cauchemardesques du "In"), j'ai décroché par moments mais il y a pas mal de moments intéressants, un peu Lynchiens, et les acteurs sont attachants. Globalement, je suis quand même assez hermétique à ce genre de spectacle. Je trouve pas ça nul, je trouve pas ça génial, ça m'indiffère un peu. Très inoffensif, en tout cas, et j'ai du mal à comprendre comment on peut huer ça (rares huées ce lundi soir, mais il paraît que ça a été bien pire d'autres soirs). Pas assez de gens qui se chient sur la tête, sans doute.

On a attaqué le mardi avec Perrault Ca Cartoon, avec Stéphane Roux, qu'on connaît bien puisqu'il joue en alternance au Café de la Gare dans le Tour du Monde en 80 Jours. Une sacrée pêche, il a, avec un spectacle tous publics qui roule à cent à l'heure. Et puis ça a le mérite de rappeler que les Contes de Perrault, c'est très très gore. Eh oui, n'oublions pas que le vrai Petit Chaperon Rouge se finit quand le Chaperon se fait bouffer.
J'ai laissé ensuite ma tite chérie et ma maman aller voir un spectacle ensemble, et je les ai retrouvées pour l'un des deux meilleurs spectacles de notre moisson 2009. Brel, Brassens, Ferré, l'Interview est la transposition mot pour mot, temps pour temps, silence pour silence de la fameuse interview des trois grands. C'est évidemment extrêmement statique, mais c'est complètement génial. Les trois comédiens sont plus vrais que nature, ils donnent un sens jubilatoire à tous les silences de l'interview, et le texte est évidemment splendide. On a papoté un peu avec la metteuse en scène, qui a fait du spectacle un exercice de style tout en précision et en fidélité : Pas le droit ici de sortir du texte ni même du timing. Chaque temps, chaque souffle, chaque bafouillage de l'interview originelle est conservé. Brassens est le grand-père nounours idéal, Brel tente des envolées lyriques qui tombent parfois juste mais parfois complètement à plat (on peut pas être génial à chaque phrase) et Ferré est un écorché, un peu sur le retour, monopolisant la parole et assoiffé de la reconnaissance de ses "potes". C'est sans doute la figure pathétique du lot qui fait de cette oeuvre une véritable pièce. Après le spectacle, je me suis découvert des connaissances en commun avec "Brel", tiens... le faux, hein.
Après ça, tite chérie est restée dans la salle pour voir le spectacle suivant. Une marathonienne, je vous dis.
Je passe rapidement sur le dernier spectacle de la journée, Je Tue Il... ou Elle, parce que c'était vraiment pas bien et que je préfère parler de ce que j'aime. On est allés voir un copain qui jouait dedans, dont je tairai le nom pour protéger l'innocent, et la tête qu'il a fait en nous voyant arriver aurait sans doute dû nous mettre en garde. Je me contenterai juste de dire que quand on fait une pièce abstraite et destructurée où l'enquête policière n'est qu'un prétexte, c'est pas utile de passer le dernier quart d'heure à nous expliquer le pourquoi du comment en long en large et en travers... surtout quand on l'a déjà compris. Enfin bon, c'est le genre de spectacle pendant lequel une partie de mon cerveau décroche complètement pour trouver des idées pour ma prochaine pièce.

Pour ce qui est du mercredi, on a commencé par aller voir Delphine et Noémie, des copines, dans Du Plaisir et des Médocs, un spectacle de sketches joué par deux garçons manqués. Je vois peu de spectacles de sketches parce que j'en ai un peu plein le dos et que je préfère voir d'autres choses, surtout à Avignon, mais toujours pareil : on les avait croisées la veille, ça faisait longtemps que je les avais pas vues et les connaissant, je savais que ce serait bien écrit et bien joué. Et en fait, oui, quoi.
Après ça, on a vu une parodie marrante de Roméo et Juliette, la "version interdite". Ca m'a fait penser, dans le style et dans l'humeur, à Elle voit des Nains Partout, que j'ai longtemps joué dans ma (lointaine ?) jeunesse. Très chouette, très bien joué, avec une belle exigence dans l'écriture malgré le créneau qui appelle souvent le n'importe quoi.
On a encore vu deux spectacles après ça. Eh oui, j'en ai vu quatre mercredi. Encore une histoire rigolote : On avait prévu dès le début d'aller voir Rouge, une version trash du Petit Chaperon Rouge (décidément) qu'ont monté des copains de tite chérie, et qui se jouait à 21h15. Ca faisait par ailleurs deux jours qu'on nous disait qu'un des spectacles à ne pas manquer était Monsieur Martinez, à 22h30 dans un autre théâtre. Un peu chaud, on avait fait une croix dessus. Et puis voilà qu'on se fait tracter par la troupe de Monsieur Martinez, en particulier par une fille dont le regard vers moi ne laisse pas de doute : On se connaît. Et oui, on se connaît, mais d'où, de quand... Rien ne me vient. Elle se souvient de moi, d'Odile, je fouille dans mes souvenirs en posant quelques questions qui pourront m'aider... le manque de sommeil (on avait dormi quatre heures la nuit précédente) n'aidant pas. Je parle de tout ça très facilement parce que je lui ai ensuite tout avoué, hein. Je repère le nom sur le tract qui me dit vraiment quelque chose, mais il y a toujours quelque chose qui colle pas. Il m'a fallu dix bonnes minutes après son départ pour recaler le visage, le nom et tout ce qui va avec, avant que la honte ne s'abatte sur moi, malgré les circonstances atténuantes . Voilà une fille avec qui j'ai été à l'école en primaire, que j'ai revue quelques mois plus tôt quand elle est venue voir A Suivre avec d'autres copines d'enfance (ou j'avais déjà eu un mal fou à la remettre, d'ailleurs), et que je revoyais en costume de parade avec un masque de Michel Drucker. Elle, par contre, se souvenait parfaitement de la soirée au resto, de tite chérie, de là où était notre maison, du fait que tite chérie est originaire du Nord... Bon, après ça, c'était absolument impensable que je n'aille pas la voir, d'autant qu'on était très curieux avec tite chérie : Charlotte (parce qu'elle s'appelle Charlotte) était tellement discrète et effacée qu'on l'imaginait mal sur une scène de théâtre.
On a donc vu Rouge, un spectacle plein de bonnes idées mais encore en gestation, qui sera certainement beaucoup plus abouti d'ici le prochain Avignon et où notre amie Sandrine Moaligou pète la baraque, et on a couru voir Monsieur Martinez. C'est peut-être un ensemble : la qualité du spectacle, la façon dont on s'est retrouvés à le voir, le fait que c'était le dernier avant notre retour à Paris, mais je crois bien que ça a été notre spectacle préféré du séjour. Ca se passe dans un parking glauquissime de banlieue, où une baraque à frites tenue par deux soeurs (?) hors du temps semble le seul repère pour les quatre personnages en chute libre de la pièce. C'est extrêmement noir, très drôle, et formidablement bien joué. Charlotte nous a bluffés quelque chose de bien avec une composition de petite presque vieille, et le reste de l'équipe n'est pas en reste. Ce qui est sûr, c'est que si je ne l'avais pas croisée avant, j'aurais pu sortir du spectacle en affirmant que je ne connaissais aucun des comédiens, tant elle y est méconnaissable. J'essaie toujours de me remémorer des souvenirs de primaire où elle serait, mais faut dire que j'ai été un peu autiste jusqu'à mes quatorze-quinze ans. Si jamais ça se joue près de chez vous, en tout cas, il faut le voir.

Et pour boucler cette boucle nostalgique, nous avons vu dimanche soir à Paris, à l'Alambic Théâtre, le "revival" des Zappeurs, un des spectacles qui ont le plus marqué mon adolescence. Avec un sacré paquet de madeleines à la clé. N'hésitez pas à y aller, c'est toujours aussi bien.

(Image Copyright Le Funambule)
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karibou 03/08/2009 19:34

Hello bon retour,j'adore ta façon d'être diplomate envers le spectacle de ta copine d'enfance;-)Ton épopée me rappelle la seule fois ou je suis allée faire le festival d'avignon, en 1997, il s'agissait me semble t'il du vrai faux cinquantenaire. Je vendais Politis (un hébdo de gauchaux bien pensants que Neault adulerait) à la criée et j'avais réussi à filouter l'obtention d'une carte de presse made in festival qui m'octroyait le off gratos, j'en ai vu des pelletée de pièces au lieu de bosser. Ma technique pour le in était de faire des yeux de chien battu pour supplier les bourgeois de me donner les places que certains tentaient aussi inévitablement que desesperement de vendre à la dernière minute, leur ami leur ayant fait faux bond.Mon haut fait est d'avoir été invité par le gros jack lang à la garden party ridicule du palais des papes en faisant mon numéro de vendeur et en l'apostrophant devant tout le monde, (il m'a rien acheté l'enflure). S'en est suivi un empiffrement effroyable au buffet suivi d'un ennivrement au champagne avec mon t-shirt de la mano tout crade. Les bourgeois n'etaient pas en reste, c'est incroyable l'energie qu'il developpe devant un buffet payé par le ministère de la culture !Tout ça pour dire que j'ai vu des trucs pas mal cette année là moi aussi, je me souviens de The Line d'horowitz, de la morsure du citron et du spectacle sur le dictateur dominicain du 19ème pote de Napoléon me semble t'il au palais des papas wednesday(haha elle est bonne !)C'était mon compte rendu pourri d'Avignon d'il y a 12 ans !