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ON EN EST LÀ :

Le Blog de Jérémy Manesse

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Publié par Jérémy Manesse

Ca, ça pourrait être une photo prise lors de la représentation de samedi soir de La Fondue Bourguignonne, une pièce dont je vous ai déjà parlé à loisir et qui n'a pas franchement besoin de ce genre d'incident pour contrarier sa carrière.

L'incident, pour ceux qui débarquent totalement, c'est bien évidemment la panne de courant qui a eu lieu samedi soir dans un petit paquet de coins d'Europe, dont la place de la République à Paris, et donc le Théâtre Dejazet où se joue la pièce. A peu près au milieu de la pièce, le noir total s'est fait, avant que les lumières peu attrayantes des paniques (les loupiotes qui s'allument automatiquement dans les théâtres dans ces cas là, oui ça s'appelle comme ça) ne s'se mettent en marche, éclairant bien sûr plus la salle que la scène.

Les acteurs, dont je salue ici la pugnacité et le dévouement envers le public, ne se sont pas laissés démonter et ont poursuivi la représentation malgré l'adversité, espérant bien sûr que le problème se réglerait rapidement. Il faut dire qu'un peu plus loin dans la pièce, une vraie fausse coupure de courant était prévue, coup de bol (?), et les comédiens ont pu s'éclairer les uns les autres avec des lampes de poche. Dans un théâtre de 600 places avec 12000 projos (j'exagère) et un super joli décor (j'exagère pas), c'est quand même un peu raide, cela dit. D'autant qu'au moment où ils se lancent, les acteurs n'ont aucune idée du pourquoi du comment. Bravo les artistes, donc.

La lumière ne fut pas, en tout cas pas avant la fin de la pièce : Après la dernière réplique, ma soeur sur scène n'a pu que dire "Bon, ben noir". J'étais dans la salle, heureusement, j'ai donc pu lancer les applaudissements (les spectateurs aussi manquaient d'info, certains particulièrement lents pensaient toujours en sortant, malgré les explications données, qu'il s'agissait d'une idée de mise en scène un peu bizarre), et les comédiens ont salué dans le noir. Puis ils ont expliqué la situation, et bien sûr, lorsque cela ne servait vraiment plus à rien, la lumière est revenue comme par magie. Pendant tout ce temps, j'ai repensé à l'article que j'ai écrit il y a quelques jours, et je n'ai pu m'empêcher de voir là une symbolique un peu sinistre et violente de l'état de santé du théâtre à Paris en ce moment.

Bon, à côté de ça, et si on met de côté les perspectives artistiques un peu déprimantes qui sont les nôtres, ce sont des choses qui arrivent. A la limite, ça va nous faire un joli baby-boom, c'est rigolo. Mais bien sûr, et avant même que j'aie pu en évoquer la probabilité dans ces colonnes, les différents JTs se sont jetés sur la brèche pour la grande polémique autoproclamée de la semaine : "Comment une telle chose est-elle possible en 2006 ? Comment faire que ça ne se reproduise jamais de toute la vie ? C'EST LA FAUTE DE QUI !?"

Là, apparemment, ce serait un paquebot près de l'Allemagne, en l'occurrence. Mais bon, mon point de vue, c'est qu'on devrait s'en taper royalement. Un des grands maux de ce nouveau siècle, à mon sens, c'est qu'il faut toujours un responsable à tout. Il faut des coupables, il faut des mesures, il faut des assurances, il faut des garanties. Après faut pas s'étonner que les gens veuillent savoir précisément ce qu'ils vont voir AVANT d'aller au théâtre. C'est un raccourci, oui, mais je l'assume carrément.

Quand on s'est installé récemment à la campagne, avec ma tite chérie, il a fallu assurer notre voiture d'occasion nouvellement acquise. Bon, moi je conduis pas, va falloir que je m'y mette, mais jusque là j'ai essayer d'éviter au maximum de me retrouver sur la route avec tous les tarés. Mais j'ai accompagné tite chérie à la Macif - oui, je le mets en gros, vengeance gratuite - pour assurer la voiture. Là, la nana essaie de nous vendre en plus une "assurance dommages corporels mes couilles", un truc du genre. Un truc qui te fournis une rente si jamais tu prends un pot de fleurs sur la tête dans la rue et que tu es paralysé à vie (mais seulement si tu es paralysé à vie, hein, attention, faut pas pousser). C'est vachement bien, en plus, ça protège ceux à qui tu prêtes ta bagnole, pour le cas où ils se prendraient un pot de fleurs sur la tête en la conduisant et seraient paralysés à vie. Ou paralyseraient le pot de fleurs à vie. Ou bref.

Avec tite chérie, on est un peu sur la même longueur d'ondes par rapport aux assurances, à la déresponsabilisation des gens, à la chasse au coupable dont je parlais plus haut. En plus, ce genre de truc, c'est souvent un attrape-couillons pour les intermittents du spectacle. Encore plus que pour les autres, j'entends, puisqu'on n'a pas de revenus fixes. On a donc gentiment refusé l'assurance corporelle mes couilles. Pas très contente la dame. Elle insiste un peu, "c'est très important une assurance corporelle mes couilles, si jamais vous êtes..." Paralysés à vie, oui, on sait, non, ça nous intéresse pas.

Et là, carrément, la fille dit "oui, mais je sais pas si je peux vous assurer votre voiture si vous prenez pas d'assurance corporelle mes couilles, du point de vue de la responsabilité..."

Bon, je suis sûr que ce genre de truc, ça doit marcher très souvent, parce qu'elle avait quand même un aplomb qui forçait l'admiration. Mais là, cet espèce de chantage de merde a commencé à nous mettre les abeilles, tous ti chéris que nous sommes. On se serait bien levés pour aller ailleurs, mais bon, il s'avérait que 1) on était un peu pressés pour faire tous les trucs administratifs à la con du genre, et 2) la Macif avait l'air quand même de proposer les meilleurs prix. On a donc patiemment continué à répondre non (sous-entendu "mais carre-la toi, ton assurance corporelle mes couilles"), en se disant qu'on n'aurait à priori plus jamais à revoir la dame. Il a fallu que tite chérie écrive et signe une lettre de désistement ("je soussignée déclare refuser de souscrire à une assurance mes couilles etc") pour que cette grognasse nous file enfin notre papillon.

Vive le monde.

Tiens, LCI parle de Wolverine : Saudade, vous savez, le bouquin de Buchet et Morvan dont je vous parlais il y a pas longtemps. Ce genre de couverture pour nos albums est suffisamment rare pour être mentionnée, et démontre de l'intérêt de la ligne Transatlantique, je trouve. Dans le même genre, je viens de finir d'écrire la page du catalogue Panini 2007 consacrée à Virgin Comics, dont le star power pourrait bien permettre de décrocher quelques reportages toujours bons à prendre.

(Image Copyright EDF)

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Odessa 14/11/2006 21:31

Nous on a vécu la coupure de courant au resto, du côté d'Odéon.
Par chance on venait de finir le dessert.
Mais ceux qui entraient dans le resto s'entendaient dire "désolé, on ne peut pas vous servir, il y a panne de courant et toute la cuisine est faite sur plaque chauffante électrique"... C'est d'ailleurs un excellent resto japonais (très cher :P)
Et moi aussi me suis dit "c'est des choses qui arrivent"... J'avais pas pensé aux artistes sur scène mais en effet chapeau ! Ca devait être folklorique !Ceux qui ont cru à une bizarrerie de mise en scène avaient ptet vu Une comédie légère ;)

Jérémy Manesse 14/11/2006 23:39

Ben pour la plupart des restos autour du Dejazet (République, donc), ça a été la ruée vers la porte. Eh oui, les gens sont comme ça. A part un restau dans lequel la patronne a bloqué la porte et distribué leur addition aux gens.