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Le Blog de Jérémy Manesse

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Publié par Jérémy Manesse

Bon, au départ, je pensais faire un petit tour des difficultés que j'ai dû affronter en traduisant Captain Britain, maintenant que le bouquin est sorti, que je l'ai reçu et que je l'ai relu (en résumé, j'en reste content, même si c'est toujours agaçant quand une faute d'orthographe qui n'était pas dans votre traduction apparaît dans la version finale... grumf). Mais bon, parfois, l'actualité nous rattrape, et un petit dilemme qui m'a titillé toute la semaine m'a aiguillé quant au sujet final de cet article.

Pourtant, ça pourra en surprendre beaucoup que des pièges puissent me surprendre sur la traduction de Preacher. En effet, beaucoup sont au courant - je l'apprends aux autres - que c'est une série pour laquelle je me bats depuis... Depuis mon arrivée chez Panini, en fait, soit bien avant que nous reprenions la licence DC et surtout la licence Vertigo. Me voici en train de traduire le premier volume de l'édition intégrale que va produire Panini (je suis en plein dedans), et c'est un peu un rêve devenu réalité. Si on me demande quel est mon comic préféré de tous les temps, c'est sans doute Preacher que je répondrai, même si je suis pas trop du genre à faire des comparaisons entre des séries qui n'ont rien à voir. Bref, je kiffe méchamment ma race. Et je flippe un peu, aussi, normal.

Mais il se trouve qu'il y a parfois des choix impossibles et, surprise, pour Preacher, il y en a un dès la toute première case. Il faut dire qu'il y a un truc qui n'est pas évident, c'est quand les personnages d'une BD américaine se mettent à chanter. Bon, s'ils chantent un truc qui n'a aucune incidence sur le scénario, pas de problème, on laisse tel quel (ça arrive un peu plus tard dans le même épisode, à Cassidy dans sa voiture). Ca se complique si la compréhension de la chanson est essentielle à l'histoire.

Dans un autre épisode du même album, Cassidy (oui, il chante beaucoup) se fout de la gueule de Tulip en lui chantant "Stand by your man". Là, ça reste assez simple, parce que d'une part tout le monde connait la chanson, ensuite le texte reste accessible : Même si on touche pas sa bille en anglais, on comprend. Si si, m'emmerdez pas. Je me permets du coup un aller-retour entre le français et l'anglais dans la chanson, que je trouve rigolo.

Par contre, traduire l'intégralité des paroles en français... Nan. Beurk. Caca, j'aime pas. Je trouve ça laid, à part donner l'impression que le traducteur ne savait pas que c'était une vraie chanson qui existe, je ne vois pas l'intérêt. "Parfois c'est dûr d'être... une femme"... Ark, non non. Sur ce dernier point, je n'argumenterai pas plus que ça, vous avez tout à fait le droit de ne pas être d'accord, mais ça fait partie de mon éthique personnelle.

Ce qui rend d'autant plus difficile à résoudre le problème de la première case, qu'il faut toujours que je vous explique d'ailleurs. En fait, c'est Jesse qui chante, bourré, "Time of the Preacher" de Willie Nelson (plus tard repris par Johnny Cash dans une version pas terrible). Le problème est qu'il le chante en filigrane des quatre premières pages... et que les paroles sont utilisées en didascalies (on ne s'aperçoit qu'à la fin que c'est lui qui chante). Les didascalies, c'est les trucs dans les cases carrées, du genre "Pendant ce temps, chez Martine".

Bon, premier problème, même si il y en a la moitié d'entre vous qu'ont fait "ah ouais, je vois bien" quand j'ai parlé de Willie Nelson : Ouais, non, me la faîtes pas, il y a personne qui la connaît, cette chanson. Bon, les paroles sont pas bien compliquées ("T'was the time of the Preacher in the year of Oh-one, now the preaching's over, and the lesson's begun"), mais je ne me voyais pas commencer la VF par un texte en anglais. Sous-titrer avec une astérisque ? Trop lourd. Non, c'est le genre de problème un peu sans solution, à vrai dire.

(Avant que vous demandiez, je ne suis pas allé vérifier ce qu'avait fait le traducteur du Téméraire sur l'édition précédente. Je n'ai rien contre le fait d'aller voir ce qu'ont fait les autres - ce sera sans doute le sujet d'un autre Perdu dans la Translation, d'ailleurs - mais je n'ai pas l'album, donc bon, je vais pas aller le chercher juste pour ça. Je me souviens juste que je trouvais que le "Gone to Texas" - titre de l'album - sonnait moyen, à mon goût en tout cas, en français, et ce quelle que soit la traduction. Eux avaient choisi "Virée au Texas" si mes souvenirs sont bons... Pour ma part j'ai préféré profiter du fait que nous incorporions les bonus de l'album de covers de Glenn Fabry au reste de la série pour en récupérer le titre, "Dead or Alive", dont la trad, "Mort ou Vif", colle je trouve très bien au premier volume et sonne vachement mieux que "quoi que ce soit Texas". Mais je m'égare, où j'ai foutu cette parenthèse... Ah.)

Le choix que j'ai fini par faire - pour "Time of the Preacher", je resitue - en agacera sans doute certains autant que traduire les paroles m'agace moi, mais bon, voilà : J'ai cherché quelles chansons françaises parlaient de "Prêcheur" (parce que c'est pas un terme franchement correct, en fait, j'ai gardé l'anglicisme pour les personnages texans ou sortant droit d'un western comme le Saint des Tueurs, mais je l'ai adapté pour les autres personnages... putain v'la que je m'égare encore) et j'ai découvert qu'en 1967, Eddy Mitchell chantait : "Malgré ton habit noir et ton col blanc, et ta façon de vouloir consoler les gens... Tu viens trop tard, alors bye-bye Prêcheur !"

Alors, c'est vrai que si on y réfléchit bien, qu'est-ce qu'un américain irait chanter du Eddy Mitchell. Je l'ai dit, hein, c'est pas la solution idéale, mais ça reste une traduction, une adaptation, ces gens parlent français de toute façon et je trouve ça toujours mieux que les autres solutions évoquées plus tôt. En plus : 1) Je trouve que le texte colle bien avec l'histoire ; 2) Il met "Prêcheur" de suite dans la bouche de Jesse, ce qui m'arrange pour la convention exposée au précédent paragraphe ; 3) Eddy Mitchell, en France, je trouve que c'est ce qui reste le plus dans l'esprit US, western, voire texan, et je le trouve pas ringard. Chacun sera libre de ne pas être d'accord avec cette dernière affirmation, n'empêche que j'aurai un peu plus rechigné si la chanson était de Dick Rivers.

Et le titre de l'épisode, du coup ? Je ne voulais pas pousser en traduisant "Time of the Preacher" par "Bye-bye, Prêcheur", j'ai donc choisi "la Nuit du Prêcheur", qui me faisait penser aux épisodes des Mystères de l'Ouest. Encore une fois, bien dans l'ambiance.

Bon, que vous cautionniez ou pas, ça vous laisse imaginer ce que j'ai pu me prendre la tête sur certains passages d'Alan Moore.

Perdu dans la Translation 3 : Tu... vous... ça va ?
Perdu dans la Translation 2 : Parlay voo that, muthafuckas ?!
Perdu dans la Translation 1 : Nou3 plus maison

(Image Copyright DC / Vertigo)

Commenter cet article

Karibou 20/11/2006 16:49

Je comprends ton point de vue et il est très défendable. Finalement, je serais plutôt d'accord avec toi.

Karibou 20/11/2006 16:16

Je trouve l'idée intéressante. Par contre, ce serait intéressant si tous les lecteurs avaient ces informations dans le bouquin, je pense.

Jérémy Manesse 20/11/2006 16:30

Là, non, je ne suis pas pour. L'objet de Perdu dans la Translation est d'être un genre de making-of de la trad, mais d'en remettre une couche dans l'album en question, ce serait un peu lourd, à mon sens.Pour cet exemple précis, par exemple, le lecteur US n'a aucune indication sur la chanson autre que ses paroles (et je ne pense pas qu'elle soit non plus aussi connue que Michael Jackson là-bas). S'il veut en savoir plus, il se renseignera. C'est pareil en français.

Adinaieros 20/11/2006 00:50

J'adore les notes sur le boulot de trad vu que c'est un des trucs qui me passionne.Là je trouve le choix gonflé mais bon quand y a pas le choix...Sinon j'aime bcp (cinéphile olige) La Nuit du Precheur comme titre VF...

soyouz 18/11/2006 16:35

Vraiment très intéressants ces articles : des explications sur les trad' sans spoilers, et on découvre peu à peu le métier de traducteur et ses problèmes. Mercipour cet envers du décor !

neufel 17/11/2006 18:28

Willie Nelson par Eddy Mitchell, la je dis belle coincidence (pour l'utilisation du mot prêcheur) et bon choix !
Parce que sur le sujet des chansons il est facile de dévier... un peu trop... je me souviens d'Excalibur vol.2 #1 dont le titre "Paint it black" était traduit par "Noir c'est noir"...
Bon OK c'est pas vraiment bien de comparer Preacher à Excalibur... Mais il faut avouer que là, au moins j'ai pas trop l'impression d'avoir perdu dans la traduction !

Jérémy Manesse 18/11/2006 13:18

Pour la défense de ma camarade, je ne trouve pas que ce "noir c'est noir" soit aussi honteux que ça, puisqu'il s'agit du titre et que le sens reste peu ou prou le même. C'est pas dit que j'aurais pas fait la même chose (j'en sais rien en fait, j'ai pas le truc sous les yeux).C'est le genre de cas où on arrive difficilement à contenter tout le monde, en tout cas.