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Le Blog de Jérémy Manesse

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Publié par Jérémy Manesse

Hier, donc, je me déplace de chez moi et tite chérie, place Voltaire, jusqu'au Café de la Gare, rue du Temple, en faisant un petit crochet par Album et la Fnac, histoire d'avoir une petite crise d'achat compulsif en ce lendemain de fondue bourguignonne et surlendemain d'anniversaire. Je n'ai pas fait la moitié du trajet quand quelque chose me frappe tout à coup. Je vois beaucoup de flics. Mais beaucoup beaucoup. Des cars par ci, des patrouilles par là... Même la garde républicaine est de sortie, sur ses jolis chevaux. Arrivé au niveau du Café de la Gare, je me fais la réflexion que le deuxième tour des présidentielles est peut-être déjà passé et que personne ne m'a prévenu.
Je m'arrête pour commander une crêpe au petit vendeur du coin qu'a pas l'air très très français, et lui aussi trouve que 31%, voire un peu plus à Paris, c'est beaucoup.
Ma crêpe est en train de chauffer quand je vois débouler dans la rue du Temple un cycliste, qu'a pas l'air très très français non plus (rappelons au passage qu'il l'est quand même... et moi aussi, d'ailleurs, malgré mes yeux un peu bridés). Le cycliste roule assez tranquillement malgré le fait qu'une voiture de flics, gyrophare en action, arrive à fond de balle derrière lui. Mais à fond de balle, vraiment. La voiture pile même plusieurs fois derrière lui, redémarre en trombe, repile... Jusqu'à ce que le conducteur sorte la tête par le carreau et hurle "PUTAIN TU VAS T'ARRËTER MAINTENANT BORDEL".
Là-dessus, le cycliste commence à se ranger, les flics le doublent et, avant de lui faire une queue de poisson (vous savez, comme dans les films où le tank des mafieux est coincé par Will Smith et son copain), un des flics à l'arrière de la voiture ouvre sa portière et se jette sur le mec et son vélo, qui tombent à terre. La voiture arrêtée, deux autres policiers rejoignent leur camarade, plaquent le cycliste au mur. Et lui demandent ses papiers.

Voilà le premier contrôle d'identité post-premier tour auquel j'ai assisté. Et il est même pas encore élu, pépère.
"C'est chaud", m'a dit le vendeur en me tendant ma crêpe. Je crois pas qu'il parlait de la crêpe.

L'affiche ci-dessus qu'on m'a envoyé par le net est un peu caricaturale, certes. L'humour a le droit de l'être (enfin, pendant encore deux semaines, hein). Je ne crois pas Sarkozy raciste comme un Le Pen peut l'être, par exemple, mais ce qui doit inquiéter c'est qu'il n'a justement pas besoin de ça pour être dangereux.

Comme je vous le disais ici, j'ai beaucoup hésité entre Bayrou et Royal pour le premier tour. Dimanche matin, tite chérie (de passage pour trois jours et trop vite repartie... Je t'aime ma tite chérie) et moi avons ressorti tous les programmes (les moins folkloriques du moins) pour les comparer, et si voter Bayrou nous tentait beaucoup, ça nous tracassait un peu de ne pas soutenir Royal. Au final, nous avons profité d'être un couple en bonne entente et avons partagé notre vote : Tite chérie est allée voter Bayrou, et moi Royal. Une solution qui me satisfaisait amplement et qui fait sans doute de nous le couple le plus uni à travers sa dissimilitude électorale (ouh, belle phrase). 
Quoi qu'en dise le commentaire un peu rigide et dogmatique du camarade Winter-Guard que j'ai trouvé en réponse au précédent article (et qui m'a un peu agacé, j'admets), Bayrou a bel et bien fait un virage à gauche. Son centre offre une nouvelle voie républicaine dans le paysage politique français, ce qui est toujours bon à prendre en démocratie, et il est désormais en position d'être un contre-pouvoir efficace contre les faux pas de la droite et de la gauche. Je trouve beaucoup plus sain pour notre démocratie que l'arbitre s'appelle Bayrou plutôt que Le Pen. Les triangulaires des législatives, notamment, vont arrêter de placer systématiquement le Front National au centre des discussions entre le premier et le second tour, et c'est déjà une bonne nouvelle.
(D'autant que - on pouvait le voir vers la fin de la soirée électorale - la prévisible guerre de tranchée au sein du FN va maintenant avoir lieu... Le Guen parlait sur LCI d'une campagne nulle due au fait qu'on avait confié les commandes "à la Madelon". Il y a du vrai : A force de vouloir faire passer Le Pen pour Mickey, on est arrivé à des trucs assez risibles, comme la phrase qu'il a utilisée pour cloturer son dernier meeting, et qui a provoqué chez moi l'un des plus beaux éclats de rire de cette fin de campagne. La phrase, c'était : "Vive la République ! Vive la France ! Vive la vie !" Hi hi.)

L'UDF va donc à priori cesser d'exister pour laisser la place à un vrai parti du centre, dont on verra bien quels sont ses choix et s'il confirme mes dires. Le fait que Bayrou n'ait pas immédiatement répondu aux "Bayrou avec nous" des militants UMP a de quoi me conforter dans ce que je pense du gars (même si je ne le mets pas sur un piédestal, hein, il paraît qu'il a un melon comme ça).
Mais dans ce cas, si j'ai accepté que Bayrou puisse changer, me diront les partisans de Sarkozy qui pourraient tomber (par hasard) sur ce blog, pourquoi ne puis-je pas croire l'ami Nicolas quand il dit la même chose.
Il y a tellement de raisons. En voici quelques-unes en vrac :

- Être à droite n'est pas une tare, selon moi. Je ne vois pas pourquoi j'en voudrais éternellement à quelqu'un de droite qui vire sur sa gauche. J'ai des amis qui votent à droite, ma belle-famille est plutôt à droite, ma tite chérie a plutôt une sensibilité "de droite" sur certains sujets. Si l'UDF m'a plu pendant cette campagne, c'est qu'ils ne se privaient pas d'être de temps en temps d'accord avec leurs débatteurs, quel que soit leur parti. Le refus de tout dialogue constructif est une chose qui m'horripile. Je peux donc oublier les précédentes prises de position de quelqu'un s'il dit qu'il a tout simplement changé d'avis. Mais jusqu'à un certain point.
Et quand un ministre de l'intérieur parle de se "débarrasser" des délinquants, ça n'est par contre pas quelque chose que je peux oublier (vous remarquerez que j'évacue tout de suite le terme de "racaille", dont Sarkozy se sert désormais pour réduire le débat, comme si ça n'était que ça, le problème). Ca veut dire quoi, "se débarrasser" ? Clairement, ça veut dire qu'on les revoit plus, les gars. Et là, sans caricaturer, on tombe dans quelque chose qui fait vraiment, vraiment peur, même s'il s'agit d'un raccourci sémantique. Et surtout quand on voit des policiers contrôler les identités à coup de voiture.
(A noter que la police elle-même craint le climat radicalisé qui a été installé, qui donne de l'assurance aux plus tarés d'entre eux et rend le travail des policiers "normaux" plus difficile... Je rappelle d'ailleurs que dans la semaine qui a suivi le retour de Pasqua au Ministère de l'Intérieur, il y a eu trois bavures).

- Le totalitarisme, ça ne commence pas par des camps et des couvre-feu... Ca commence par la main-mise sur les médias. Et voir Sarkozy dire le soir du premier tour, l'oeil malin, à un journaliste en moto "Mes amitiés à David Pujadas et Elise Lucet", ça me fout carrément la trouille. Pour ceux qui ne l'ont pas encore lu, le dernier numéro de Marianne (l'article en question circule maintenant sur Internet et creuse la question bien plus profondément que je ne saurai le faire ici) mentionne la façon dont Sarkozy rappelle souvent aux journalistes qu'il sait ce qui se passe dans leur rédaction, n'hésite pas à dire à ceux qui ne lui plaisent pas qu'ils seront virés une fois qu'il aura le pouvoir. Impossible, dans le monde moderne, vous dites-vous ? Qui se souvient encore de l'affaire Duhamel (éjecté parce qu'il avait dit du bien de Bayrou dans une réunion privée) ? Plus grand monde, ou en tout cas pas suffisamment pour qu'on se demande combien de temps il va rester au placard. Et on verra si dans un mois (en cas de victoire du monsieur), la rédaction de France 3 ressemble encore à ce qu'elle était jusque là.

- Le totalitarisme, ça commence aussi en écrasant la culture. Dans une interview à TF1, peu avant le premier tour, j'ai vu Sarkozy affirmer qu'il trouvait inepte le type d'exercices de classe où l'on "fait réécrire la fin du Cid à des enfants ! Comme s'ils pouvaient être à la hauteur de Corneille !". Qu'un exercice de ce type (un de ses neveux devait s'être pris une mauvaise note la veille ou un truc dans le genre), qui éveille la créativité et l'imagination des enfants, peut éveiller leur intérêt pour l'écriture, pour la culture, leur faire découvrir une passion, voire même, EVIDEMMENT, les mettre sur la voie qui fera peut-être d'eux les Corneille de demain... Qu'un tel exercice puisse susciter un tel mépris, une telle hargne chez celui qui pourrait devenir notre président... Ca ne peut que faire frissonner le moins intermittent des artistes. Et n'importe quel lecteur de 1984.

Alors, je sais que pour beaucoup de monde, les plus aisés, il y a quand même pas mal de bonnes raisons, financières principalement, de voter Sarkozy. Je vais vous dire : Je gagne plutôt bien ma vie et j'aurais plutôt intérêt à voter pour lui. Je pourrai déduire les intérêts de mon prêt immobilier de mes impôts, j'en paierai d'ailleurs moins... Mais ma position là-dessus a toujours été que j'aurais adoré pouvoir payer des impôts quand je gagnais mal ma vie. Je suis pour la solidarité forcée des plus riches pour les plus pauvres. J'ai la même réponse que mon camarade Didier Porte, dont j'ai mis en scène plusieurs spectacles, à la question "Peut-on être riche et de gauche ?". La réponse est "Oui, à condition d'être désolé". Blague à part, je ne me plains pas de payer des impôts : Si j'en paie, c'est que j'en ai les moyens.

Bon. Je sais ce que vous allez dire, il faut savoir qu'on le pense à peu près tous, même les plus "Royalistes" et autant dire tout de suite ce que tout le monde pense tout bas : Oui, Ségolène Royal a rarement été aussi mauvaise que lors de son allocution de dimanche soir. Au Café de la Gare (où nous suivions la soirée en "famille"), nous nous sommes tous tassés dans nos fauteuils en l'écoutant... Mes premiers mots au bout de trois minutes de son imitation de zombie, je crois, ont été "Putain, mais aide-nous un peu quand même". Je pense sincèrement qu'il y avait un truc, la pression du moment où je ne sais quoi, mais oui, le résultat est là : Elle était à chier. Et ça n'a jamais été ma candidate préférée pour commencer (je me remets encore mal de son histoire de drapeau).
Mais elle a été choisie comme alternative à Sarkozy... et à mon sens, Sarkozy peut ouvrir une phase peut-être très fructueuse pour l'économie du pays, mais très noire pour ce qui est de la solidarité, de l'entente entre les gens... Du climat. Ce sera de nouvelles émeutes, les incidents de la Gare du Nord toutes les semaines, encore plus de police dans les rues de Paris et de moins en moins de culture... pour commencer. Vous trouvez que les gens sont agressifs ? Que l'ambiance est pourrie ? C'est pas près de s'arranger.
Je ne suis pas du genre à voter "contre", à voter "pour faire barrage"... Mais sur ce coup-là, je fais une exception. J'espère que Royal sera bonne lors du débat de la semaine prochaine. Ca a toujours été plus dans ses facilités. Mais le gars en face s'y connait aussi (ex-avocat, quand même)... On verra bien. Mais Royal, de son côté, a vraiment la capacité et la possibilité d'apaiser le climat super lourd qui règne en ce moment.

Il est probable que la plupart des lecteurs de ces colonnes pensent peu ou prou la même chose que moi, surtout ceux qui viennent ici parce qu'ils ont vu mes spectacles. Mais apparemment, la lutte va être farouche pour le deuxième tour, et si je peux convaincre ne serait-ce qu'une dizaine de personnes que Sarkozy est probablement un excellent orateur mais un président dangereux caché derrière un programme qui peut être alléchant... Ben, ce sera déjà super. Voilà.

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BeSpidey 30/04/2007 11:26

Bah tout pareil, tu as convaincu un convaincu.
Moi j'ai hésité longuement aussi entre Royal et Bayrou et j'ai finalement choisi Royal enfin plus la gauche qu'elle pour être honnéte.
Car on y pense pas assez mais il faut aussi voter pour une personne pour son entourage et je dois avouer que j'ai plus confiance  Montebourg, Drey, Kouchner et Straus-Kahn qu'en Hortefeux, Fillon et le magnifique Donedieu de Vabres.
J'ai donc voté socialiste avant de voter Segolene car il y a des choses que je ne lui pardonne pas et notamment tout son travail de sape sur les mangas quand elle était au ministére de la famille qui était un peu vieille france quand même.
Mais bon j'ai choisi le moins pire des deux....

docke 26/04/2007 17:17

J'apprécie vraiment la manière dont tu as dit tout ça. Je suis complètement d'accord avec la plupart des points de cet article (je n'étais même pas au courant de l'anecdote du Cid, et j'en suis le cul par terre...) et je dois dire que je découvre un homme, déjà bien sympathique de par ses interventions sur le forum Panini, à la fois profond, intéressant, cultivé, et drôle. J'ai beaucoup d'admiration pour toi, et j'espère un jour pouvoir assister à une de tes pièces en allant à Paris.

Fanon 25/04/2007 14:39

Merci, merci et merci...
Mettre des mots sur mes maux...

Scarlet Spider 25/04/2007 12:00

J'apprecie ton analyse relativement objective, mais tout de même, ne pourrais-tu pas laisser de coté les choses négligeables, et aborder les vrais sujets de fond !? Je parle bien sûr de la sortie de Spidey 3 mardi !

Mollo 25/04/2007 11:07

C'est rassurant de lire une argumentation un minimum posée alors que je viens juste de recevoir un de ces mails collectifs à "envoyer à tous vos contacts pour sauver une petite leucémique/Willy/la démocratie/etc" qui traite en substance Sarkozy de nazi.
Je pense qu'il faut plutôt convaincre que montrer du doigt.Et avec tous les guiques qui doivent trainer sur ce blog, j'ose espèrer que ton message ne tombera pas dans l'oeil d'un aveugle.Mollo dont la soeur et le beau-frère ont voté tout pareil que vous