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Le Blog de Jérémy Manesse

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Publié par Jérémy Manesse

"Doc Gynéco, ce n'est pas André Malraux" : Quoique assez facile, c'est sans doute ma phrase préférée du discours de Royal au Stade Charlety cet après-midi. Soutien à Sarkozy mis à part, j'aimerais énormément qu'on arrête de demander son avis à Doc Gynéco. Sur quoi que ce soit.

La bataille de "people" (Dieu que j'aime pas me retrouver à utiliser les termes à la mode inventés par la télé) que se mènent souvent les politiques est en général un peu navrante. Tout d'abord, parce que ça fait ressembler encore plus la vie politique à la Star Academy, alors qu'elle n'en a vraiment pas besoin. Surtout parce que c'est rarement, et de moins en moins souvent, une bonne idée de laisser les artistes s'exprimer sur la politique et, par extension, sur les problèmes de tout un chacun. Je ne sais pas ce qui fait le plus de mal à qui : La lourdeur de Bigard à son candidat Sarkozy ou la chemise hawaïenne d'Yvan Le Bolloch à sa candidate Royal.
J'ai quand même apprécié de reconnaître cet après-midi certains des "vieux copains" du Café de la Gare, comme Higelin et Renaud.

J'ai eu cette conversation avec ma soeur l'autre jour : On pense et on dit souvent que les artistes sont globalement plutôt "de gauche". Ce qui rendrait assez admirable la performance de Sarkozy qui en a ratissé pas mal (on utilise ici le mot "artiste" au sens le plus large du terme, et on enlèvera malgré tout des gens comme Farrugia, qui sont depuis bien longtemps des producteurs, des financiers, et plus des artistes). Mais il faut bien dire que le gauchisme de nos "élites culturelles" (là encore, une expression un peu forte) est bien souvent une légende... surtout quand on parle des artistes connus du grand public. Oui, oui, les "people". Rah.

Ca peut paraître étonnant. Après tout, Sarkozy a bien l'intention de mettre progressivement fin au régime spécial des intermittents. Je vous avais averti il y a quelque temps des risques à devenir comédien, ça va pas aller en s'arrangeant. Il y aura bientôt beaucoup moins de monde aux castings, c'est sûr. Je n'ai pas d'élément concret pour étayer mes dires, mais si j'en juge par le nombre de gens autour de moi pour qui les Assedic est une assurance indispensable, je dirais qu'une telle mesure va détruire une bonne moitié de la profession.
Parce que disons-le franchement, la majorité du temps, l'artiste intermittent ne gagne pas sa vie de son métier, mais des petits boulots qu'il a à côté. Pour prendre l'exemple de ma tite chérie (j'espère qu'elle ne m'en voudra pas mais elle me manque tellement qu'il faut bien que je trouve un moyen de parler d'elle), elle fait actuellement un stage d'un mois de Commedia Dell'arte, avec une équipe qui va préparer un spectacle pour jouer à Avignon pendant tout le mois de juillet. Deux mois entiers où elle est artiste à part entière, dans un spectacle qui en plus s'annonce intéressant et ayant des choses à dire, mais sans toucher aucun argent.
D'ailleurs, Louis Jouvet l'a dit, gagner de l'argent ne doit jamais être l'objectif de l'artiste... et doit même le rendre méfiant quant à l'impact que cela pourrait avoir sur son intégrité intellectuelle. Il faut donc l'aider à pouvoir s'exprimer sans (trop) se soucier des questions d'argent. Le seul à avoir défendu clairement ce soutien sans condition à la culture pendant la campagne, curieusement peut-être, ça a été Bayrou. Bref, ma tite chérie travaille actuellement sur trois spectacles, dont un seul qui lui permet de gagner un peu d'argent (La Fondue Bourguignonne, toujours dans vos - enfin, dans une - salles !). Elle ne touche d'ailleurs plus les Assedics. Mais elle a un ti-chéri qui traduit des comics... et qui est bien content d'avoir un boulot alimentaire qu'il adore et qui lui permet, du coup, de "préserver son intégrité intellectuelle".

Enfin bref, mon but ici n'était pas de brûler un cierge d'avance pour les intermittents (parce que, disons-le, je le sens pas super, ce deuxième tour) ni de donner les raisons culturelles pour voter Royal (j'ai bien compris qu'à l'échelle du pays, la culture, tout le monde s'en fout... Moi, défaitiste ?), mais d'établir qu'à première vue, on pourrait se dire que les dits intermittents devraient avoir tendance à voter à gauche. Mais le fait est que l'artiste d'aujourd'hui n'est plus l'artiste de 68.

C'est amusant que mai 68 arrive dans les débats en toute fin de campagne... Au bout du compte, c'est la première fois qu'on approche aussi près de la possibilité d'aborder l'éventualité de parler de culture. Parce que mai 68, il s'agit de ça aussi. Je suis tout de même personnellement, de corps et d'esprit, l'enfant de l'esprit soixante-huitard dans ce qu'il a de plus engagé, et en même temps de plus ludique. De plus contestataire, et en même temps de plus anarchiste. Dans ce qu'il a de plus indescriptible, quoi. Le Café de la Gare a été l'occasion pour une bande de potes de créer un lieu où il n'y aurait pas de patrons ni d'employés, pas de chefs ni de vassaux, où l'absence de règles permettrait la plus grande inventivité et la plus grande liberté intellectuelle. Evidemment, l'anarchie est une utopie, parce qu'elle implique que tous ceux qui la font fonctionner soient aussi intelligents les uns que les autres. Mais la flamme artistique de cette époque manque cruellement aujourd'hui. Elle existe encore, pour ce qui est du Café de la Gare, mais à travers ceux qui sont allés au bout de la logique et n'ont jamais cherché la célébrité. Donc ceux qu'on n'entendra pas à la télé. Mais ce qui est sûr, c'est qu'un Coluche, un Desproges ou un Balavoine seraient les bienvenus par les temps qui courent.

On ne fait plus de spectacle comique pour provoquer la réflexion chez les gens aujourd'hui. Ca n'existe pratiquement plus, un spectacle engagé. D'une part parce que les lois de l'efficacité et de la rentabilité ont pris le dessus, et qu'une réflexion qui risque de faire "décrocher" le public parisien est vue d'un mauvais oeil par la plupart des directeurs de théâtre. D'autre part, parce que le théâtre est devenu tellement cher (je reviendrai sur le dernier scandale qui nous touche, un peu après la campagne électorale, quand j'aurai le temps de vous expliquer ça en détail) qu'il n'est plus populaire, qu'il est écrit par des riches pour des riches. Les pauvres, pendant ce temps là (je schématise), n'ont plus comme "produit d'appel" culturel que la télé... dont on connait le niveau. Normal donc que la pensée culturelle engagée ait perdu ses outils d'autrefois.
J'ai récemment écrit une pièce qu'on peut qualifier "d'engagée" : Une Comédie Légère, ça s'appelait. J'ai bien senti que le public n'était plus habitué à ce genre de comédie où le gag et le comique de situation ne sont pas au centre de l'intérêt de la pièce. Ou le but n'est pas forcément de donner une réponse aux questions qu'elle soulève, mais au moins de faire que les gens se les posent. Pourtant la pièce a eu une jolie carrière au Café de la Gare, comme quoi l'espoir demeure. Mais par la suite, j'ai dû payer de ma poche pour rejouer la pièce ailleurs, et mes comédiens ont dû accepter de jouer sans être payé pendant deux mois. Nous avons tous accepté de payer pour jouer, pour défendre les idées qui sont les nôtres... et nous sommes de moins en moins nombreux à le faire.

Et dans ce cas, que reste-t-il aux intermittents ? Eh bien, il reste que nous travaillons dans la profession la plus libérale, la plus flexible qui soit. Nous n'avons quasiment jamais de contrat de longue durée. Nous savons rarement si nous travaillerons le mois prochain. Nos salaires dépendent souvent de la recette du spectacle. La culture, c'est la jungle. Du coup, des préoccupations sociales telles que celles des fonctionnaires sont à des années-lumière de notre réalité.
Et ainsi, on peut comprendre que l'intermittent qui ne fait plus ce métier pour défendre des idées, qui joue dans des pièces de plus en plus creuses, vides de contenu, vire facilement de bord quand le succès est par hasard au rendez-vous. Quand il ne travaille pas, il est pauvre, il veut des aides, il est donc de gauche, réaliste et cynique. Quand il gagne mieux sa vie, et parce que le comédien est ce qu'on fait de plus égocentrique, il veut avant tout qu'on le laisse entasser son argent, il est donc de droite, réaliste et cynique. Ce qui me rend d'autant plus sympathiques les artistes à succès qui étaient cet après-midi à Charlety... même quand ils ont une chemise aussi hideuse que celle de Le Bolloch.

Et si je vous parais parler comme un indécrottable gauchiste, sachez qu'au Café de la Gare, je suis considéré comme l'homme de droite de la famille ! Bon, c'est en tout cas la dernière fois que j'aborde le sujet des présidentielles d'ici dimanche. J'irai voter Royal (j'ose espérer que vous l'aviez deviné), avec le réconfort de l'avoir vu progressivement chier son balai depuis le discours du premier tour, et l'espoir qu'elle sera efficace au débat de ce soir, qu'elle ira mollo sur les expressions d'école de commerce du genre "gagnant-gagnant"... et qu'elle demandera à Sarkozy comment, de son côté, il fait pour caser le mot "respect" trois fois par phrase.

(Image Copyright Café de la Gare)

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edouard.bracame 04/05/2007 21:20

"chier son balai", non, franchement, on ne peut pas dire ça sur n vecteur public lol
Après tout, quelqu'un l'a peut-être poussé, on n'en sait rien ...
Quant à a chemise de Le Bolloch, elle ne peut etre pire que les chemisettes de son compère Solo. Si ?

Jiheffe 02/05/2007 23:28

Un de mes amis musiciens, intermittent, me disait il y a quelques années que le Medef spectacle (qui co-gère les assedics du spectacle, si j\\\'ai bien suivi) faisait tout son possible pour réduire le nombre de (petites) salles, les possibilités de spectacle de rue, et le statut des intermittents, etc.Leur intérêt direct étant double : faire des économies en baissant les charges, ramener le public vers _leurs_ activités à eux.Le Medef spectacle, c\\\'est (en gros) Disney, TF1 -et autres boites de l\\\'audiovisuel-, Vivendi-universal, Gaumont-Pathé, etc.C\\\'est sans doute un peu gaucho-caricatural comme analyse, mais il y a très certainement du vrai aussi !

Master 02/05/2007 22:16

C'est un peu loupé pour l'absence de  "gagnant-gagnant"...

Jérémy Manesse 03/05/2007 12:56

Bon, elle en a fait qu'un, ça va encore...
Le grand scandale de ce débat, c'est les commentaires aussitôt après des journalistes sarkozystes de LCI, qui ont pris un malin plaisir à rediffuser la fameuse colère de Royal... en enlevant juste le moment où elle explique pourquoi elle s'énerve ! Cette campagne aura été un exemple magnifique de manipulation médiatique, jusqu'au bout.

Caroline 02/05/2007 20:34

c'est qui sur la photo au milieu ??

Adinaieros 02/05/2007 19:10

Je suis pas le seul à trouver qu'elle s'est décrispé donc ? Et que par contre "la force juste" et tout le bordel c'est ringard ?Bon en tout cas on croise les fesses et on sert les doigts...Tout n'est pas joué !