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Le Blog de Jérémy Manesse

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Publié par Jérémy Manesse

Je reviens donc d'Avignon, où j'ai passé trois jours pour aller soutenir ma tite chérie qui s'amuse bien au Festival. Le spectacle qui se joue tous les jours, plus deux ou trois parades quotidiennes selon l'excès de zèle de l'équipe (durant lesquelles ils brûlent ce qui leur reste de force après avoir joué), plus vol d'autoradio, elle était bien contente d'avoir trois jours de ti chéri et d'hôtel quatre étoiles. Et pis moi aussi, hein.
Bon, dès que je suis reparti, elle s'est fait enlever la voiture par la fourrière, mais c'est pas le sujet.

Le Festival Off d'Avignon, qui devrait depuis un certain temps s'appeler la Foire aux Spectacles d'Avignon tant on atteint des sommets ridicules dans le nombre de spectacles présentés (850 cette année, alors que j'avais juré il y a quelques années de ne plus y refoutre les pieds de mes spectacles tant qu'on serait pas retombés en dessous de 500), est tout de même l'occasion, avec un bon réseau d'espionnage qui vous repère le terrain avant votre arrivée, de voir des choses très très bien, très très originales, voire les deux. Des choses qu'on va jamais voir à Paris. Affirmation qui mérite cependant d'être tempérée en ce qui me concerne, puisque comme d'habitude, je suis essentiellement allé voir les copains.
Autant aller au Festival en tant que comédien me fatigue désormais d'avance, autant en tant que spectateur, c'est quelque chose qui continue à bien me plaire, justement parce que je vois des trucs que j'aurais pas vu sinon, que c'est l'occase de croiser plein de potes (ou de connaissances, hein, enterrons là la légende urbaine de "les intermittents, c'est tous des amis") que j'ai pas vus depuis longtemps, un tous les deux mètres, en général. C'est aussi l'occasion d'observer les différentes races de comédiens qui "envahissent" la ville (ça, c'est ce que disaient les habitants jusqu'à il y a quelques années, quand il y a eu la fameuse grève des intermittents et que les commerçants locaux se sont malgré tout aperçus qu'on leur faisait leur chiffre d'affaire de l'année). Il y a ceux qui ont l'habitude et qui arrivent à prendre le temps de s'amuser, de voir des spectacles, de ne pas jouer leur vie sur le festival, et ceux qui font Avignon pour la première fois et qui réalisent plus ou moins vite qu'on ne gagne jamais (allez, presque jamais) d'argent à Avignon. Ne pas en perdre, c'est déjà bien. Payer les acteurs ? Mwahaha. J'en profite pour vous rappeler mon opinion sur le beau métier de comédien.

Je ne suis pas allé au Festival In, hein. Sans vouloir faire de racisme, je suis à peu près sûr d'y souffrir à l'agonie pendant les trois heures (en moyenne) de spectacle, et d'avoir envie d'assassiner lentement ceux qui mettent des milliards (à mettre en parallèle avec les naïfs qui mettent toutes leurs économies dans le off) à monter des trucs qui dégoûteront à jamais du théâtre qui que ce soit de normalement constitué (tandis qu'une poignée de masochistes criera au génie et à l'anticonformisme). On m'a décrit deux spectacles du "in" (c'était des gens qui n'ont à priori rien contre le subventionné, je précise) et j'ai eu l'impression que c'était le même, tellement les tares étaient semblables.

En deux jours, donc, (oui, parce que j'ai festivalé pendant deux jours seulement, l'objectif premier était de retrouver ma chérie), j'ai vu quatre spectacles. J'aurais pu en voir plus, mais je ne suis pas un boulimique, non plus.

J'ai commencé par Lancelot et le Dragon, bien sûr, avec une tite chérie de ma connaissance. Elle a rencontré son équipe en faisant un stage avec Carlo Boso, une figure importante de la Commedia Dell'Arte qui a par ailleurs mis en scène le spectacle. C'est la Commedia dans ce qu'elle a de plus frais et de plus gentiment subversif (ici, par exemple, on est en Dracozie, où un dragon protège le peuple depuis des millénaires... en échange d'impôts exorbitants et de l'occasionnelle pucelle)... du faux théâtre pour enfants, quoi. Vraiment rigolo, même si pour être tout à fait honnête la deuxième partie du spectacle pèche un peu par sa structure, mais apparemment ils peaufinent jour après jour... du vrai théâtre vivant, quoi. Et il y a une meuf, elle est trop bonne. A la Cour du Barouf à 14h ! Et ils ont un site : zioup !

Après, on est allés voir Kim Koolenn, qui joue en alternance avec tite chérie dans La Fondue Bourguignonne à Paris, et qui joue à Avignon dans la Mouette de Tchékhov (et si vous vous posez la question : Oui, il nous a fallu une troisième fille pour jouer le rôle en juillet). Une mise en scène d'abord agréablement surprenante, parce que ne tombant pas dans le travers le plus commun de la tragédie classique avignonesque : le pathos systématique. Il y a des choses très drôles dans la Mouette, et le metteur en scène n'a pas essayé de les glisser sous le tapis comme c'est trop souvent le cas. Ce qui est un peu dommage, c'est qu'en contrepartie il se vautre dans la déprime sur les passages 100% tragédie de la pièce, comme la discussion entre Nina et Trigorine, et le fameux monologue de la fin. Personnellement, je ne suis pas très client du discours sur l'artiste torturé qui est à des lieues de ma vision du métier... Ca n'a donc pas été ma partie préférée du spectacle. Mais ça a donné lieu à une conversation intéressante après, où on s'est posé la question de savoir si c'était envisageable de faire un monologue de la Mouette qui ne donne pas envie de se tirer une balle. On pense que oui, mais ça ferait râler les puristes. Enfin, bon, je pinaille, mais c'était quand même une plutôt bonne Mouette. Funambule, 20h10.

Le meilleur spectacle que j'ai vu sur ces deux jours est le Sujet : Chomsky ! de Saïda Churchill. Ca fait un moment que je voulais le voir, ça s'était jamais fait, là je me suis précipité. Pourtant, normalement, les one-man/woman-show c'est le dernier truc que j'ai envie d'aller voir (à Avignon ou ailleurs). Mais on peut pas vraiment classer ça dans une catégorie aussi "formatée" quand il s'agit d'un spectacle comme celui-ci. J'étais sûr que ce serait bien, mais ça a dépassé mes attentes. Il y a plus de fond là-dedans que dans tous les one-woman-show d'Avignon réunis. J'aurais envie de vous raconter plein d'extraits, mais ce serait dommage. Saïda y incarne une thésarde qui doit pondre un truc sur Noam Chomsky. C'est le genre rebelle, mais plus réaliste qu'idéaliste : Elle accepte de vivre dans un monde de merde, mais à condition qu'on la laisse râler tranquille. Elle n'écoute ni la radio ni la télé mais reconnaît les voix des présentateurs quand même. Et en même temps qu'elle part seule en guerre contre l'impérialisme US (de l'antiaméricanisme non pas primaire mais tertiaire, dit-elle) et discute physique quantique avec un poisson rouge, elle se fait spammer son mail, se bat avec son kit main-libre et répète le sketch de la mère de Jésus qu'elle va jouer devant ses copines. Ca fait un spectacle très aéré et pourtant très dense... Très essentiel en tout cas. Elle aussi, elle a un site. N'allez pas voir la bande-annonce, par contre, elle est un peu ratée. On sent que ça n'était pas la tasse de thé des types qui ont filmé, ils n'ont pas su comment aborder le truc. Mais le site en lui-même donne une bonne idée de l'univers, comme les règles du jeu "qui c'est d'nouveau ce crétin ?".
Enfin bref, mon seul regret est de ne pas avoir pu y emmener ma tite chérie, qui joue en même temps. Saïda joue les jours impairs, en alternance avec Romain Bouteille (les jours pairs), au Théâtre des Corps Saints à 13h30.

Le dernier spectacle que j'ai vu (et dans lequel je ne connaissais cette fois personne) est un truc belge absolument indescriptible qui nous a été recommandé par l'actrice du Tour du Monde en 80 Jours, qui se joue au Café de la Gare. Ca s'appelle Moi, Michèle Mercier, 52 ans, Morte, déjà. L'histoire d'une femme qui est morte, et ses voisines, sa famille, et les rats qui ont commencé à la manger, s'interrogent sur les circonstances de cette mort. Jusque là ça vous paraît un peu barré mais clair. Détrompez-vous, le spectacle est volontairement incompréhensible et totalement déjanté. Sur le programme, l'équipe affirme comme premier dogme que "l'histoire ne doit pas être le moteur de la création". Mission accomplie, je serais incapable de vous dire quelle est la conclusion de tout ça. C'est du théâtre expérimental, mais rigolo... Un peu gonflant quand même par moments, mais tellement enthousiaste... En fait, je suis incapable aussi de vous dire vraiment ce que j'en ai pensé. Une critique du spectacle dit qu'on en ressort "épuisé, perplexe, mais souriant", et je crois que c'est une bonne formule. Théâtre des Doms, 17h (je crois, à vérifier). En tout cas typiquement le genre de truc que j'aurais jamais vu sinon.

(Image Copyright Entr'act)

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Adinaieros 23/07/2007 21:34

Tu m'as donné envie de voir "sujet : chomsky!".Faut direque je suis fan de noam.