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Le Blog de Jérémy Manesse

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Publié par Jérémy Manesse

avengersvsxmen6.jpgQuand Urban Comics a récupéré la licence DC, j'en ai déjà parlé, j'ai eu un peu les glandes de perdre les séries Vertigo en cours que je traduisais, mais je n'ai pas beaucoup pleuré sur la perte des super-héros DC. Ce dont j'étais sûr, c'est que je ne serais pas démarché par Urban. Ma situation est connue : Je bosse chez Panini, comme traducteur certes (ce qui ne m'empêche pas de bosser ailleurs), mais aussi comme consultant éditorial et comme "community manager" (c'est comme ça qu'on dit, hein ?)... des fonctions qui semblent un peu incompatibles avec l'idée de bosser pour la concurrence. J'imaginais que si Urban se penchait suffisamment sur mon cas pour avoir envie de me le proposer, ils ne pourraient pas ignorer ma "position" dans la petite sphère française des comics, et renonceraient.

Aussi, j'ai été assez surpris quand, vers octobre, il me semble, le rédac' chef François Hercoüet m'a proposé un déjeuner avec lui et ses deux associés.

J'ai accepté, bien sûr, parce que j'aime manger, que j'aime rencontrer des gens et que je n'ai aucune raison de faire d'avance la gueule à des gens qui ont la même passion que moi... et qui semblent en plus suffisamment intéressés par mon travail pour passer outre les barrières que je viens d'évoquer. La rencontre a par ailleurs été très sympathique : Je savais qui était Hercoüet, mais j'ai eu la confirmation que la licence était entre les mains d'un passionné. Et le Panini-bashing s'est limité à un strict minimum.

J'ai cependant exposé tous les arguments qui me paraissaient rendre notre association impossible, mais ça n'a pas eu l'air de leur faire peur. Entre temps, bien sûr (et parce que je me doutais que je n'étais pas invité juste pour savoir quel était mon Robin préféré), j'avais tâté le terrain auprès de Panini, qui avait un peu le même sentiment que moi. Je pouvais traduire pour l'Univers Concurrent, mais il me faudrait renoncer à mes autres casquettes chez Panini, ce qui est un peu une évidence, d'ailleurs. Je n'étais pas prêt à le faire et à sacrifier une quinzaine d'années d'évolution dans mes relations avec Panini, qui me permettent aujourd'hui d'avoir vraiment mon mot à dire dans les décisions qui sont prises, en plus de pouvoir qualifier d'amis les gens avec qui je travaille.

J'ai donc décliné l'offre de Pôl (le directeur d'Urban) et François tout en les remerciant d'avoir pensé à moi, et ils m'ont aussitôt fait une contre-proposition : Finir au moins les séries en cours sur lesquelles je travaillais. Sur Unwritten, qui venait de commencer, et Hellblazer, une ongoing, ça me paraissait impossible (je souhaite bien du plaisir à mon successeur sur Unwritten, d'ailleurs, les volumes suivants sont particulièrement corsés), mais sur 100 Bullets où nous arrivions au bout du voyage (et pour lesquels j'avais évidemment le plus les glandes, ça n'est pas évident de lâcher une série au bout de quatorze volumes), je me suis dit qu'il y avait peut-être quelque chose à faire. D'autant qu'Urban m'a appris à cette occasion qu'un accord avait été trouvé avec Panini pour récupérer un certain nombre de traductions déjà faites, dont les miennes.

Mon argument vis-à-vis de Panini était que mon nom allait de toute façon se retrouver au générique d'albums Urban, et que parti de là, me laisser finir 100 Bullets était un geste sympa pour moi et pour les lecteurs. Panini a accepté ce compromis, Urban a accepté ma décision, et on est partis comme ça. Je ne sais pas si Urban reviendra à la charge plus tard (dans ma mégalomanie, je me demande si c'est pour ça qu'ils ont récupéré les droits de Saga), mais dans la pratique, je pense que c'était le bon choix. Même en ne travaillant que sur 100 Bullets (et sur Nou3, pour lequel Urban a repris ma trad), j'ai parfois eu le sentiment d'être dans une situation schizophrène dans mes interventions sur Internet. Contrairement à ce que j'entends souvent, tout ce qui se décide ces temps-ci chez Panini n'est pas une réaction directe à l'arrivée d'Urban sur le marché, mais il est normal que les politiques soient comparées, et dans ces discussions là, il y aura toujours une partialité de ma part, forcément. Même si je ne crois pas avoir cassé du sucre sur le dos d'Urban, le simple fait de défendre la politique de Panini peut être perçu comme tel. Et pourtant, je bosse aussi, dans une moindre mesure, avec Urban, et ils me paient. C'est curieux, quoi.Travailler davantage pour Urban serait vraiment un impossible numéro d'équilibriste.

(Parenthèse : S'il est UNE vraie conséquence directe de l'arrivée d'Urban sur le marché, c'est la fin du 48 pages pour les séries régulières chez nous. On sait que ça fait longtemps que je milite pour la fin de ce format, et l'argument de la nécessité de ne pas surévaluer le budget disponible des fans de comics dans le nouveau contexte a été décisif.)

Donc voilà ma rencontre avec Urban. Pas de guerre de tranchées entre les deux boîtes, désolé.

Et puis, quoi, deux jours après, j'ai eu rendez-vous au Fouquet's avec les équipes de chez Disney qui souhaitaient me rencontrer. Oui, il y a des semaines comme ça.

Disney France commence à s'intéresser de près à Marvel. Et attention, je dis ça, on est en octobre. À ce stade, il n'y a que moi qui est persuadé qu'Avengers va faire les chiffres que le film est en train de faire. Mais Disney commence à lancer les grandes manoeuvres pour imposer la marque, l'expliquer, la clarifier. Que les journalistes arrêtent de citer Batman comme un personnage Marvel, par exemple. Mais globalement, Disney découvre les super-héros, ils ont besoin de s'y mettre sérieusement pour comprendre à quoi ils s'attaquent. Et pour aider, ils décident de faire appel à un consultant, ils demandent un nom à Panini, qui leur fournit le mien.

Ma collaboration avec Disney a été très intéressante. Pour l'instant, elle a eu deux grands volets. Tout d'abord, la rédaction d'un dossier de presse Avengers, qui de fil en aiguille est devenu un genre de bible "Marvel pour les nuls" assez classieuse. Genèse, historique, fonctionnement, et bien sûr les films... J'y ai couvert pas mal d'aspects. Pour vous dire à quel point Disney prend la marque au sérieux, une partie conséquente de ce dossier a été consacrée à Amazing Spider-Man, pourtant produit par Sony. Je suis assez content de l'objet final, qui est devenu un outil de travail pour tous ceux qui bossent sur la marque.

Et puis récemment, un peu avant la sortie d'Avengers, j'ai tenu un genre de masterclass à Eurodisney, devant 200 salariés de Disney, pour leur présenter l'univers et leur expliquer pourquoi c'est génial. Là aussi, une expérience très intéressante parce qu'il s'agit de décrire la spécificité et la force d'un univers à des gens dont certains n'y connaissent rien en arrivant. (Beaucoup de fans de Marvel Zombies, aussi, curieusement !) Et puis j'y ai appris que Spider-Man était le héros préféré des gamins avec la voiture de Cars, anecdote intéressante, et j'y ai vu une vidéo que je ne crois pas avoir vu ailleurs, avec les acteurs d'Avengers faisant un sketch sur leur "première fois", la première fois où ils ont eu une figurine à leur effigie ("la première fois, ma mère était tellement fière", dit Scarlett Johannsen, par exemple). Un bonus du blu-ray à venir peut-être. Disney m'a également envoyé parler du film à l'occasion d'un JT de France 3, et pas plus tard qu'aujourd'hui, j'ai rencontré la directrice des programmes des chaînes Disney, pour que je lui fasse un topo du même genre.

Oui, j'ai pu reprendre le cours de ce blog, mais mes journées restent chargées, hein.

En parlant du film (que j'ai bien entendu surkiffé), j''attends de voir s'il aura une incidence à long terme sur le lectorat de comics. On a aussi misé là-dessus avec le relaunch de juillet. Je vois déjà les gens lever les yeux au ciel, mais j'y crois, à cet impact (et au changement de format... le relaunch, pour moi, c'est un détail).

Oui, on le sait, les films ont en général une incidence positive sur les ventes, mais à échéance assez brêve. Mais on n'a jamais eu de carton aussi énorme qu'Avengers jusque là, les règles peuvent donc très bien être changées, d'autant que le film fait la promo des comics de bien des façons, c'est une de ses forces. Il semble que le gros carton de Dark Knight ait renforcé l'attrait du personnage de Batman en kiosque et en librairie, par exemple. Mais pour Avengers, c'est encore autre chose, d'après moi, parce qu'en plus d'imposer individuellement les personnages, le film de Whedon met en avant une spécificité forte du médium : L'univers partagé. C'est une expérience inédite au cinéma, d'avoir réuni les héros de plusieurs films comme ça, et j'ai la certitude que c'est une grosse explication du carton qu'il fait. Si les fans du film s'aperçoivent que ce genre de "crossover", dans les BDs, c'est tout le temps... ça peut vraiment avoir une incidence.

Hier, j'ai eu une discussion avec un gamin de six ans, qui a un t-shirt Spider-Man et qui a déjà vu deux fois Avengers. Il est persuadé d'en savoir plus long que moi sur les Vengeurs, alors moi, tout fier, je lui dis : "Tu sais que Spider-Man, des fois, il fait équipe avec les Vengeurs !". Du tac au tac, il me répond : "Non, c'est les NEW Avengers. Et il y a aussi les Dark Avengers, et pis et pis..." J'étais un peu scotché. Grâce au film, un gosse de six ans s'intéresse assez à Marvel pour savoir qu'il y a plusieurs séries Avengers ? Il peut me les citer ? Je me dis qu'il arrive peut-être, le renouvellement du lectorat.

(Image Copyright Marvel)

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ollu 24/09/2012 17:12


salut  jéremy,


il y'a des jours ou j'aimerais bien faire votre travail. et je crois que je ne suis pas le seul.

mdata 14/06/2012 13:12


Tout ceci est fort intéressant merci :)


Mais il reste une chose à révéler : C'est lequel ton Robin préféré ? :)

Jérémy Manesse 14/06/2012 14:42



Robin Tunney, sans doute.



Edmond Tourriol 29/05/2012 10:12


Elle a l'air intéressante, cette vidéo sur la trad de Walking Dead. J'aimerais bien savoir où on peut la voir (parce que je ne crois pas être dans le coup non plus... enfin, si, pour le côté
pornstar mais bon... enfin, je me comprends).

Jérémy Manesse 29/05/2012 10:18



Ah oui, là effectivement, ça devient mystérieux...



fanficsworld 28/05/2012 23:57


"Et puis, quoi, deux jours après, j'ai eu rendez-vous au
Fouquet's avec les équipes de chez Disney qui souhaitaient me rencontrer. Oui, il y a des semaines comme ça."

AAAaaaaah !! Saloperie de raclure de suppot de capitalisme !!


Sinon, mon surkiffe à moi, c'est le retour de ton blog... 


Ton article montre bien l'estime qui t'est témoigné par tes pairs, je suis jaloux, tu dois pas souvent déprimer toi =D


Sinon, rien à voir : tu as été voir Avenue Q ?? ;)


Thom... va voir sur les sites de fans Disney si on parle de toi lol 

Jérémy Manesse 29/05/2012 10:17



Pas vu Avenue Q, mais ma chérie l'a vu (elle a moyen aimé). Par contre, on a vu le film des Muppets.


Ah, et puis j'ai vu Mamma Mia, en comédie musicale.



Alexis Auffret 28/05/2012 03:14


Et j'ai fait x coquilles en quelques lignes...
Bonne idée les commentaires à rallonge à trois heures du mat'.
- confondue*
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