Perdu dans la Translation

Samedi 18 septembre 2010 6 18 /09 /Sep /2010 19:53

unwritten On est le samedi 18 septembre 2010, et voilà qu'il m'arrive un truc qu'il m'arrive vraiment pas souvent.

J'ai rien à faire.

La prochaine représentation du Cachemire X.B.T. est pour mercredi. J'ai fini toutes mes traductions kiosque jusqu'à février (et j'ai même fait celles de mars qui étaient à ma disposition). Je n'ai pas encore reçu le matériel pour mes traductions librairies du début d'année, ça devrait m'arriver lundi. Et j'ai fini la chambre du bébé, lit Ikea compris. J'ai bien un peu de ménage à faire dans mon grenier, mais voilà quoi, c'est peut-être bien le premier jour de l'année où je peux dire "tiens, j'ai fait tout ce que j'avais à faire".

Bon, à vrai dire, je pourrais attaquer la trad de The Unwritten, la nouvelle série Vertigo qui dans mon planning (et dans mon coeur ?) remplace en quelque sorte Y : Le Dernier Homme. En effet, j'ai le TPB du premier volume, c'est celui que je vais utiliser pour le balloon placing (mes fidèles lecteurs sauront que ce terme correspond à l'acte infâme de défigurer un album en numérotant les bulles)... mais je vais recevoir lundi trois albums que je dois rendre avant Unwritten, et j'aime pas trop courir plusieurs traductions à la fois. J'ai donc traduit le premier épisode du prochain volume de 100 Bullets (puisqu'il s'agit du dernier épisode du précédent TPB US et que je l'avais donc déjà sur mon bureau... je sais pas si c'est très clair), et puis voilà. Je pourrais aussi attaquer l'écriture de ma prochaine pièce, mais elle n'est pas encore assez prête dans ma tête.

Histoire d'avancer un peu et parce que j'ai un peu de mal à me poser ces temps-ci, j'ai quand même commencé à réfléchir à la traduction de The Unwritten, le titre. Il faudra que vous lisiez ça, si vous n'en avez pas encore entendu parler, c'est pour moi la meilleure nouvelle série sortie de chez Vertigo ces derniers temps. Le pitch est assez simple : Imaginez que J.K. Rowling, la créatrice de Harry Potter, ait disparu en laissant derrière elle un fils, nommé lui aussi Harry Potter, dont elle se serait inspiré pour créer le personnage. Le jeune Potter ne fait pas grand-chose d'intéressant de sa vie à part capitaliser sur sa célébrité fortuite. Jusqu'au jour où son identité est mise en doute : Est-il bien celui qu'il dit être ? Ou se peut-il qu'il soit réellement le personnage des romans, qui se serait échappé des pages du livre ? Remplacez Harry Potter par Tommy Taylor et vous avez le point de départ d'une série intelligente et assez ambitieuse à laquelle je suis devenu accro, et qui explore, justement, le pouvoir quasiment magique de la littérature. C'est écrit par Mike Carey, dont on va bientôt boucler le run sur Hellblazer, avec des dessins très chouettes de Peter Gross.

Je suis ravi d'avoir été choisi comme traducteur pour ce titre, évidemment... même si certains passages vont demander pas mal de boulot. The Unwritten se trimballe une culture littéraire monumentale, et il va me falloir faire des efforts pour en saisir toutes les références. Et puis, bien sûr, premier obstacle : Je n'ai pas envie de garder le titre The Unwritten, qui colle parfaitement à la série mais qui est parfaitement intraduisible et ne dira rien à ceux qui ne maitrisent pas un minimum l'anglais. Je suis bien content, mon rédacteur est d'accord avec moi, j'ai donc passé du temps ces derniers jours à trouver le titre qui me convenait le mieux.

Que veut dire "the Unwritten" ? Il y a un double-sens (au moins). "Unwritten", d'abord, c'est ce qui n'a pas été écrit, ce qui reste à raconter, et ça peut faire référence au quatorzième volume de la série des Tommy Taylor, ce volume que l'auteur Wilson Taylor n'a pas pu publier avant de disparaître, alors que le treizième volume s'achevait sur un suspense insoutenable. "The Unwritten" peut aussi désigner Tom Taylor, le fils de Wilson, qui a peut-être été "désécrit" des romans, prenant vie à partir des pages de ces livres. Ca peut aussi faire référence à ce qui n'est pas dit explicitement dans les livres en général, tout ce qui est sens caché, tout ce qui est laissé à l'imagination du lecteur. Et comme ça me paraît être le vrai thème de The Unwritten, je me suis plutôt concentré là-dessus.

À un moment, j'étais parti sur l'Apocryphe (mot désignant un texte dont l'origine ou l'authenticité est douteuse) mais ça m'a paru à la longue trop réducteur et un peu pédant. Ca aurait pu faire le titre du premier volume, mais le scénario dépasse vite la simple question du doute sur la véritable identité de Tommy Taylor. Ca risquait de s'avérer être un mauvais choix à la longue.

Le titre que j'ai a priori choisi, donc, est Entre les Lignes. C'est celui qui me paraît retranscrire le mieux le concept et les thèmes de la série. Il fera peut-être jaser, ou pas, c'est à voir. J'ai le sentiment que les lecteurs Vertigo sont davantage ouverts à la traduction des titres que les fans de super-héros. Ceux qui lisent la série en VO peuvent me dire s'ils  trouvent ce titre pertinent. Il faut encore qu'il soit validé par la rédaction, de toute façon, mais j'ai bon espoir. J'ai proposé que le titre original reste quelque part sur la couverture, en sous-titre par exemple, en petit... pour ceux qui guettent l'apparition de cette série en librairie. Mais quoi qu'il en soit, ça me paraissait un sujet intéressant pour cette rubrique. Et puis ça me permet de faire la pub de la série en avance, j'aimerais bien qu'elle cartonne.

Tiens, tant qu'on y est, parlons un peu de l'année 2011. Je m'amuse bien à lâcher des informations au compte-goutte sur la page Facebook de Panini. Ca en fait râler certains, la génération des enfants gâtés d'Internet qui veulent tout tout de suite, mais je trouve assez chouette que chaque info, même la plus anecdotique, ait droit à son moment de gloire et à sa discussion passionnée. Pour ma part, l'année commence avec quelques nouveautés, comme l'indique cet article et ma checklist partielle à droite de votre écran, et j'en suis bien aise. Je suis content de remettre la main sur Deadpool, entre autres, que je m'amuse beaucoup à traduire quand il me tombe entre les pattes et qui fera son arrivée en collection 100% en janvier. Avec la saga Wade Wilson's War de Swierczynski (atchoum) et Jason Pearson, ce sera mon petit scoop de blog. Tiens, d'ailleurs, puisqu'on est dans les traductions de titre, pour la VF j'ai choisi Il Faut Soigner le Soldat Wilson. Hi hi. Grâce à l'avance que j'ai prise, je devrais pouvoir gérer mes prochains mois de traduction assez tranquillement malgré l'arrivée du bébé (prévue pour les semaines à venir, pour ceux qui se demandent). Je démarre l'année dans de très bonnes conditions pour ne pas courir après mon emploi du temps. Dit-il en touchant du bois mais sans se faire trop d'illusions.

En tout cas, une chose est sûre : Si je n'écrivais pas un article pour mon blog aujourd'hui, je pouvais aussi bien l'enterrer.

(Image Copyright DC / Vertigo)

Par Jérémy Manesse - Publié dans : Perdu dans la Translation
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Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /Oct /2009 09:53
Après le rush habituel d'octobre en prévision d'Angoulême, me revoici un peu plus disponible. Du moins pour la semaine. Ce qui me permet de boucler enfin la deuxième partie de mon "best of" perso de mes traductions.

Bon, il faut être clair, ce classement là est sans doute beaucoup moins intéressant que celui concernant la librairie (si tant est qu'un classement soit intéressant). Les séries les plus intéressantes, en tant que traducteur et en tant que lecteur, elles sont pour moi en librairie, et majoritairement dans la gamme Vertigo. Cela étant dit, traduire du kiosque est un plaisir assez différent, mais réel. La complexité de la traduction est en général bien moindre, et c'est assez sympa, chaque mois, de traduire un épisode de chaque série. C'est un peu la récré entre les gros morceaux que représentent parfois les albums librairie. Comme pour le précédent classement, donc, il s'agit davantage de ma perception des séries en tant que traducteur qu'en tant que lecteur... quoique, ça correspond pas mal.

5. JUSTICE SOCIETY OF AMERICA
A vrai dire, vous m'auriez demandé l'année dernière, la série aurait sans doute été plus haut dans mon top. Je suis assez d'accord avec les critiques que j'entends assez souvent, comme quoi la profusion de personnages dessert un peu le rythme de la série. C'est un problème connu, auquel même les héros de la série font parfois allusion, mais ça ne suffit pas de faire référence à la chose. Peu de personnages ont l'occasion d'être creusés, ou alors à l'occasion d'un épisode centré sur eux... avant qu'ils ne retournent à un rôle de figuration. On me dira que c'est inévitable dans ce genre de série, mais il y en a une un peu plus haut dans ce top qui prouve le contraire.
Sorti de là, JSA demeure l'une des séries les plus accessibles de l'univers DC alors qu'elle aurait toutes les raisons d'être embourbée dans la continuité. Mais au contraire de JLA (par exemple), quand il y a une référence importante, elle est expliquée. Si toutes les séries DC avaient ce souci, cet univers partagé serait beaucoup moins hermétique.

4. DEADPOOL
Bon, alors c'est vrai qu'il était bien plus drôle à l'époque de Joe Kelly (voire de Gail Simone), mais je garde un gros faible pour Deadpool, d'autant que c'est probablement la série sur laquelle Daniel Way s'en sort le mieux, et de loin. C'est la première fois que je suis chargé de traduire sa série, et j'en suis ravi : Deadpool, c'est de la comédie pure, ça joue donc forcément dans mes forces. Je pourrais facilement me bouffer six épisodes à traduire d'affilée sans ciller.
Bon, la série est une nouvelle fois partie pour faire le yoyo entre plusieurs revues. J'ai traduit les trois premiers épisodes pour Secret Invasion, puis ceux du crossover avec les Thunderbolts, publiés dans Dark Reign en janvier et février. Je n'ai pas traduit les épisodes entre les deux, qui paraîtront en Monster en février, et je n'ai pas non plus traduit les épisodes des Thunderbolts dans le cadre du crossover (mais on se tient au courant avec Khaled, pour pas faire de bêtises). Mais sur les épisodes que j'ai traduits, je me suis vraiment bien amusé... et j'espère qu'il y aura une suite !

3. THOR
J'aime bien la trame que tisse Straczynski sur la série, mais c'est surtout le traducteur que je suis qui place ce titre dans le top 3. Chaque mois, Thor, c'est l'occasion de chercher la belle formule, d'écrire comme pour du théâtre classique. J'adorerais devoir relever un jour le défi de traduire un épisode de Thor en alexandrin, par exemple. Dans le genre, les one-shots de Matt Fraction étaient assez sympathiques, eux aussi. C'est sûr que dans Marvel Heroes, c'est rafraîchissant de passer de Hulk à Thor !

2. AVENGERS : THE INITIATIVE
J'ai du mal à comprendre qu'on puisse ne pas apprécier cette série quand on est accro au comic-book de super-héros classique. Il y a dans cette série tout ce qui me plaisait chez les X-Men quand j'ai commencé à lire des comics : Des personnages et des situations variées, de l'humour, de la romance, de l'action... et puis ça bouge, quoi ! Quand on compare à JSA... Alors certes, les persos ne sont pas ultra-fouillés, mais l'énergie et l'efficacité de l'ensemble en font pour moi l'incontournable chaque mois depuis le début de la série. Dans le genre, Marvel Heroes est vraiment bien loti maintenant que Slott a repris Mighty Avengers, d'ailleurs. C'est vraiment ça que j'attends d'un comic de super-héros, et je pense que Slott et Gage pourraient faire des étincelles sur un crossover. Secret Invasion aurait sûrement eu plus de pep's s'ils avaient scénarisé la mini-série ! Et puis je suis très très client du nouveau venu Stefano Caselli. D'ailleurs...

1. SECRET WARRIORS
Oui, bon, ça paraîtra sans doute un peu étrange de placer en haut du classement une série dont la parution n'a pas encore débuté en France (à part le prologue assez dispensable dans le premier numéro de Dark Reign). Mais depuis le début de cette série, je me jette chaque mois sur le nouvel épisode dès qu'il me parvient. Là aussi, on est dans tout ce qui fait pour moi le "kif" des comics en format mensuel, avec en plus une dose de mystère rappelant les séries "nouvelle génération", comme Lost ou Alias. Jonathan Hickman a capté mon attention, c'est clair, et j'attends son Fantastic Four avec impatience... Tiens d'ailleurs, je traduirai la mini-série qu'il a écrite avant de reprendre les rênes de la série, et qui sera aussi publiée dans Dark Reign à partir de mars. Je serais également curieux de lire les séries qu'il a écrites pour Image... En tout cas, Secret Warriors débute vraiment dans Dark Reign 2, en vente en novembre !

(Image Copyright Marvel)
Par Jérémy Manesse - Publié dans : Perdu dans la Translation
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Lundi 7 septembre 2009 1 07 /09 /Sep /2009 21:51
Lors de mon dernier Perdu dans la Translation, quelqu'un m'a demandé s'il y avait des contraintes différentes, selon que je traduisais pour le kiosque ou la librairie. La réponse est oui, mais c'est plus le résultat de quelques années qui ont permis de déboucher sur un consensus, qu'une demande directe de Panini.
La principale "pomme de discorde", pour utiliser un terme un peu extrême vu que les conversations à ce sujet ont toujours été tout à fait calmes et posées, c'est le problème des gros mots et / ou des blasphèmes. Beaucoup de gens travaillant pour Panini sont en Italie, et je ne sais pas si c'est la proximité du Vatican, mais ça les rend souvent beaucoup plus sensibles que nous à l'utilisation d'un "bon dieu" qu'ils jugeront blasphématoires, alors que je ne vois pas un français nous attaquer pour ce terme finalement gentillet. Ou alors c'est moi qui suis complètement à côté de la plaque.
Là, j'utilise exprès le terme le plus surprenant, sans doute, sur lesquels on m'ait fait des remarques, mais c'est anecdotique. Derrière ça, il y a toutes les utilisations des "merde", "putain", "bouffe la chatte de ta mère sale bougnoule" et autres joyeusetés qu'on peut parfois croiser au détour d'une page d'un titre Vertigo.

Les discussions sur ce genre de "problème" ont régulièrement eu lieu, mais il me semble que le moment où on a mis sérieusement ça sur le tapis coïncide avec la période où j'ai eu la surprise de voir dans les pages d'un Preacher qu'un "nègre de mars", tel que je l'avais traduit (expression qu'on retrouve souvent dans la bouche du père de Tête de Fion), était devenu un "noir de mars" sans qu'on m'en ait prévenu. J'ai pensé que celui-ci avait attiré l'attention parce qu'il était tout seul sur la page, en gras et en écrit plutôt gros... mais la correction était absurde, de bien des façons. D'abord, parce que l'expression apparaissait deux ou trois autres fois dans l'album (et encore davantage dans le premier volume de Preacher) ; ensuite parce que nous sommes dans la gamme Vertigo, donc Pour Lecteurs Avertis, et dieu sait que si ce genre de terme commence à être un problème, autant se débarrasser tout de suite de la licence ; enfin que nous sommes de toute façon dans une collection librairie et qu'on sait bien qu'il ne faut pas aller bien loin dans les rayons BDs d'une FNAC pour trouver un niveau au moins équivalent de grossièreté (ou de nichons) sans que ce soit un problème. Enfin bref, s'en est suivi une assez longue discussion où j'ai fait valoir l'existence de différents "compartiments" dans les publications Panini. Et au final, s'il y a la distinction "super-héros" / Vertigo & Co, il y a surtout la distinction kiosque / librairie. Et je comprends pour le coup tout à fait que ce soit dérangeant pour les pontes de Panini d'avoir des BDs en kiosque, souvent rangées à côté des Mickey (et c'est pas près de changer, du coup, hein), arborant fièrement des "merde" dans la bouche d'un super-héros.

J'ai donc proposé la règle suivante : on fait ce qu'on veut pour la librairie, mais en kiosque, on évite les termes qui fâchent... ou si l'on doit vraiment en passer par là, on fait comme aux Etats-Unis, en utilisant des "m£$%e" et des "p£$%in". Ca, apparemment, ça ne choque personne, ce qui en soi pourra en choquer d'autres, certes, mais c'est ce qu'on appelle un consensus, et il a le mérite de nous permettre de traduire plus fidèlement. D'ailleurs, c'est aussi un procédé que j'ai parfois utilisé en librairie, notamment pour Promethea. Alan Moore ayant choisi d'utiliser des "s£$%" et "f£$%" en VO, alors que le contenu de la BD est évidemment Pour Lecteurs Avertis, j'ai pris ça comme un choix délibéré, et je me suis aligné à la traduction.

Voilà, j'avais promis de répondre à cette question, voilà qui est fait. Faut pas hésiter, d'ailleurs, à me demander des choses sur mon travail, ça ne peut que me donner des idées d'articles pour de futurs Perdu Dans la Translation. Mais pour l'heure, revenons au Best Of que je voulais déjà compiler il y a un mois et demi.

Cette liste de cinq albums est mon Best Of en tant que traducteur. Il ne prétend pas être une série d'incontournables... enfin, les albums le sont, mais c'est pas pour ça qu'ils sont là. C'est un mélange de goût personnel, du défi qu'a représenté la traduction, de ce qu'a signifié l'album dans ma petite carrière de traducteur, d'affection particulière et de fierté personnelle... C'est à la fois les albums que j'aurais envie de faire lire à quelqu'un qui découvre les comics, et ceux que je choisirais de mettre en avant si je devais donner un exemple de mes traductions. Alors évidemment, à chaque fois, je ne peux que recommander de lire toute la série qui va avec, et de commencer par le premier volume, forcément. Cette liste de cinq albums a été assez difficile à compiler et ça a été très douloureux de ne pas y faire apparaître certaines séries, ce qui démontre s'il en était besoin que j'ai été extrêmement bien servi depuis mes débuts de traducteur. Le top kiosque, que je publierai prochainement, a été beaucoup plus facile à faire pour la simple raison que je me suis occupé de beaucoup moins de séries.

Mais allons-y, donc :

5. HELLBLAZER CULT 2 - LE DIABLE PAR LA QUEUE
Je ne connaissais pas bien John Constantine avant qu'on me confie sa traduction. J'avoue, je l'ai même découvert avec le film (qui vaut bien mieux que ce qu'on dit, hein, une fois qu'on oublie le coup du chewing-gum à la fin). Comme à son habitude, Mike Carey dans les albums 100% jongle admirablement avec le court terme et le long terme, et les albums de son run formeront un tout sans doute très satisfaisant. Ca semble d'ailleurs avoir convaincu les fans, puisque les albums se vendent. Les albums de la collection Cult, reprenant les tous premiers épisodes de la série, ont plus de mal à trouver leur public... et ça fait bien chier, parce que c'est tout bonnement excellent. Certes, le graphisme n'est pas très glamour, certes le contexte est très daté, mais on ne trouve pas beaucoup mieux dans le genre horrifique. Si ce deuxième album trouve sa place dans ce top 5, c'est surtout grâce (à cause ?) de l'histoire "Le Maudit Saint", qui m'a donné des sueurs froides par sa difficulté. Du point de vue du langage, l'histoire se place ouvertement dans la continuité directe du film Excalibur de John Boorman, un de mes films fétiches. Ca veut dire beaucoup de poésie, des rimes, de la puissance narrative et des envolées lyriques. Cette quarantaine de pages m'a donné plus de fil à retordre que Promethea, pour dire. Je sais que la plupart des gens qui ont lu l'album ont une préférence pour l'épisode illustré par David Lloyd, sans doute plus facile d'accès, mais pour moi, "Le Maudit Saint" est un chef-d'oeuvre de mysticisme et d'étrangeté, formidable dans la façon dont les thèmes de l'époque arthurienne recollent finalement à ceux du prologue, qui peut paraître au départ incongru. Hélas, les faibles ventes font qu'il n'y aura pas de volume 3 en 2010, mais que cela ne vous empêche pas de lire ces deux tomes : ils forment un tout et qui sait, leur succès sur le long terme pourrait ressusciter la gamme ultérieurement. (Je réalise que c'est sans doute la première mauvais nouvelle officielle pour 2010, au fait... Navré.)

4. PREACHER 2 - JUSQU'A LA FIN DU MONDE
Je crois qu'on était en 1999, et que je ne connaissais pas Sébastien Dallain depuis beaucoup plus d'un an, quand je lui ai demandé pour la première fois "Pourquoi on ne publie pas Preacher, c'est la meilleure série du monde ?". Nous voilà dix ans plus tard, et j'ai d'ores et déjà traduit les deux-tiers de la saga, qui devrait se conclure en 2011. Il fallait forcément que la série fasse partie de mon top 5. Elle n'est pas particulièrement difficile à traduire : elle joue sur mes forces, les dialogues, et je l'ai tellement lue que j'ai déjà des passages entiers du dernier volume traduits dans ma tête. Si c'est une de mes séries préférées de tous les temps, curieusement, ça n'est pas grâce à tout ce qui fait habituellement le talent de Garth Ennis et Steve Dillon (les personnages et les dialogues provocants pour l'un, l'expressivité des visages pour l'autre, l'humour du tandem) mais c'est sans doute l'immense âme de la série. Preacher bascule parfois dans un soap apocalyptique qui me touche au coeur, et propose dans cette ligne l'une des meilleures fins de séries au monde (comics et télé confondus). Et on sait à quel point la longévité d'une série dans l'inconscient collectif dépend de sa fin. J'ai choisi ce deuxième volume parce que c'est celui où le ton qui m'a conquis dans la série apparaît le plus évidemment.

3. TRANSMETROPOLITAN 1 - LE COME-BACK DU SIECLE
De la même façon que Preacher, Transmetropolitan fait partie des séries auxquelles je m'attelle comme on s'enfile un pot de Nutella. Des dialogues percutants, c'est de loin ce que j'ai le plus de facilité à traduire. Mais si Transmet dépasse Preacher au finish dans ce top 5 (alors que sur la longueur, je pense tout de même préférer Preacher), c'est pour une raison simple : Je n'avais pas cherché à "bogarter" la série, parce que je ne l'avais jamais lue. J'étais complètement passé à côté lors de sa première publication VO. Je ne devais donc pas traduire Transmetropolitan. Le (ou la) collègue qui devait au départ traduire la série a eu des soucis personnels qui l'ont empêché de s'y mettre et j'ai récupéré le tome 1 en dernière minute. Et je suis complètement tombé amoureux de la série. C'est pour ça que c'est le premier tome que je place ici, pour la découverte que ça a été pour moi. Et bien sûr, les relations que j'ai nouées depuis avec Darick Robertson, qui a dessiné l'affiche de A Suivre, renforcent encore mon affection pour la série.

2. PROMETHEA TOME 4
Oui, le dernier volume va sortir. En février. C'est sûr, c'est signé, c'est certain. C'était sans doute mon plus grand combat de l'année, je suis soulagé. Il me paraissait inconcevable qu'on s'arrête à quatre épisodes de la fin de la saga. Comprenez que ça n'a pas été un combat facile : Ca se vend pas terrible, Promethea. C'est rien de le dire. Et j'ajouterai même : je comprends pourquoi. J'avais lu un ou deux numéros à l'époque, j'étais largué. J'avais récupéré le premier volume Sémic, je n'étais pas rentré dedans. Quand on m'a confié la traduction du premier volume estampillé Panini, le volume 4, j'étais plein d'un enthousiasme réflexe (Moore !) fortement tempéré par un doute intense (Promethea ?). J'ai déjà parlé de ce volume dans Perdu Dans la Translation, d'à quel point il m'a fallu m'immerger dans l'univers et les thèmes de Moore. Il m'a fallu aussi me convaincre de mettre le pied dans un truc qui me semblait un peu trop religieux, moi qui ai horreur de ça... et puis, forcé de décortiquer chaque phrase, chaque référence, chaque idée de l'album (qui est de toute façon le meilleur de la saga), je n'ai pu qu'être aspiré, séduit, convaincu, submergé... hanté, même. Ca se mérite de lire Promethea, mais aller au bout de l'expérience est immensément gratifiant. Alors maintenant que tu es sûr que le dernier volume sortira, grosse flemme de lecteur, tu vas me faire le plaisir de te faire offrir la collec à Noël, ou au moins de lire un volume entièrement, sérieusement, attentivement. Et ose après revenir me dire que c'est pas un truc énorme.

1. Y LE DERNIER HOMME 10
C'est en général en haut de ses "tops" qu'on a les choix les plus subjectifs, les moins ouverts à discussion, les plus affectifs. Je suis tombé amoureux de l'écriture de Vaughan sur cette série, de son univers, de ses personnages, de ses tics d'écriture, même. J'ai adoré traduire la série, non seulement parce que j'avais dévoré la série en VO, mais aussi... parce que justement, je l'avais dévorée. Vaughan est extrêmement fort pour installer une tension, un suspense, des cliffhangers de malade, et quand je suivais la série tous les mois, c'était très dur de ne pas lire ma dose mensuelle à toute blinde. Ainsi, j'ai parfois survolé certains passages importants, certains épisodes anecdotiques, alors qu'ils sont aussi essentiels que les autres à une trame de longue haleine parfaitement maîtrisée de bout en bout. De ce point de vue, traduire la série m'a permis de la redécouvrir plus posément. J'enfonce le clou en choisissant pour représenter la série le dernier volume, qui ne sortira qu'en avril et que je n'ai même pas commencé à traduire. On parlait un peu plus haut de fins réussies ? Le dernier volume d'Y est absolument sublime, et incontestablement le meilleur de la série. Et c'est pourtant une fin qui, par bien des aspects, est aux antipodes de celle de Preacher. Et puis merde, ça fait partie des "comics que ta copine peut lire". Mais bon, comme tous ceux de ce top 5, en fait.

Je réalise d'un coup que mon top 3 est entièrement composé de séries qui s'achèvent cette année. Elles vont me manquer. Je compte d'ailleurs lancer une nouvelle rubrique en 2010, pour revenir plus longuement sur ces séries "complètes". Je suis impatient de voir si je vais hériter de nouvelles séries cette année, du coup ! (dit-il alors qu'il a même pas fini son dessert)

Ouh, dis donc, il est long, cet article. Mais une dernière chose, pour les chasseurs d'indices : "Le pla... orial de jan... avec p... les deux premiers mois de l'année, et... go (Sca... rs et Sw... g). Nous assisterons ég... résur... Monster / Big Book, avec un n... En janvier et février, trois albums seront concernés... nsi qu'un Big Book consacré à Jo... crés aux X-Men : Noir et... g Av... un ouvrage très atypique dédié..."

(Image Copyright DC / Vertigo)
Par Jérémy Manesse - Publié dans : Perdu dans la Translation
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Mercredi 15 juillet 2009 3 15 /07 /Juil /2009 12:33
J'adore comme les journaux d'information sont objectifs et indépendants de nos jours. J'ai trouvé ça génial comme ils ont à toute force essayé de nous vendre l'idée hier que nous avions eu droit à un 14 juillet "de crise", la preuve étant qu'il n'y avait que 5000 personnes invitées à la Garden Party élyséenne au lieu des 7000 habituelles. Ouh, bel effort. Dommage que ce soit suivi par un reportage sur le feu d'artifice parisien le plus fastueux de ces dernières années (pour fêter la Tour Eiffel, paraît-il) et un autre sur le concert de Johnny (pour fêter les beaufs, sans doute), devant coûter deux millions d'euros au ministère de la culture, remise en état de la pelouse du Champ de Mars non comprise. Je recommande à ceux que cette forme de journalisme attriste autant que moi la lecture du Marianne de cette semaine, en particulier l'article "Y a-t-il encore une presse d'opposition ?".

C'était une parenthèse, ça faisait longtemps. Sinon, je me suis aperçu qu'il y avait presque un an depuis le dernier "numéro" de Perdu dans la Translation. Bon, c'est normal que les sujets d'articles se fassent plus rares au bout d'un moment, mais tout de même. Je voulais donc que ce nouvel opus soit une forme de bilan. Voilà maintenant quelques années que je traduis des comics pour Panini de façon assez intensive, alors quel est mon état d'esprit aujourd'hui ?

Il arrive souvent à certains de mes collègues... davantage ceux qui gèrent tout ce qui entoure la vente et la communication que ceux qui ont vraiment le nez dedans... de me demander si je n'en ai pas parfois marre de traduire des comics. Sans se rendre compte que c'est un peu comme me demander si je n'en ai pas parfois marre de jouer au théâtre... ou d'aller au cinéma, ou de manger des gâteaux, même. Je me suis battu près de dix ans pour pouvoir traduire des comics, et c'est en connaissance de cause. J'arrive à me saisir des meilleures séries, et je m'éclate. Il faudra arracher ce taf à mon cadavre et je compte bien être taxé de sénilité et d'obsolescence par les jeunes générations de lecteurs qui voudront me piquer la place, dans quelques décennies. Voyez comme je suis optimiste, je prétends que les jeunes du futur sauront toujours épeler "obsolescence".

Cela étant dit, et plus particulièrement quand j'arrive au bout d'un mois aussi intensif que la période qui vient de s'écouler, au cours de laquelle j'ai traduit quelque chose comme 1200 pages, il m'arrive de douter. Plus précisément, il m'arrive de m'inquiéter d'être trop près d'un seuil critique au-delà duquel la routine alliée à la quantité nuirait à la qualité de mes traductions.

Elle a parfois du bon, la routine. Il y a des choix qui me paraissent aujourd'hui évidents et sur lesquels j'aurais pu passer un bout de temps il y a quelques années. Je ne sais pas si j'aurais pu abattre la quantité de travail que je viens d'abattre dans le même laps de temps, à l'époque. Je reste également très vigilant pour que la routine ne me donne pas une confiance excessive en moi : Je continue à chercher les références dès que j'ai un micro-doute (c'est tellement facile avec Internet) et je ne transige jamais sur ma méthode de travail. Relecture à la fin de la traduction d'une bulle, à la fin d'une page, à la fin de l'album.

Mais bon, ça ne m'empêche pas d'avoir peur des automatismes. Au stade où j'en suis et avec ma méthode, je pense que c'est le plus gros danger. Ce que j'appelle l'automatisme, c'est une traduction qui me paraît évidente au moment où elle me vient en tête alors qu'elle utilise un mot pour un autre. La phrase qui sonne bien, qui est bien construite, mais qui est en fait à côté de la plaque. Et ce qui me fait peur, c'est de ne pas repérer ce genre de phrase à la relecture. En effet, quand je relis, je ne m'arrête d'instinct que quand le texte que je lis ne me semble pas "sonner bien", ce qui me pousse parfois à revenir sur une phrase correcte simplement parce que je la trouve un peu laide et que je me dis qu'il doit y avoir mieux. Mais dans les cas où j'ai, par exemple, 1200 pages à relire, j'ai peur de glisser - plusieurs fois, puisque je relis plusieurs fois ! - sur une erreur énorme, parce que je suis un tout petit peu moins concentré et que mon cerveau a inconsciemment "validé" l'erreur. D'autant que c'est le genre d'erreur qui, pour les mêmes raisons, a toutes les chances de survivre à la relecture des correctrices Panini.

Voilà ce qui angoisse le désormais vétéran que je suis. Pour le moment, je ne crois pas que ce soit arrivé... mais ça arrivera très probablement, un jour ou l'autre, c'est inévitable. Espérons que ce soit sur un truc pas trop grave, genre un épisode de Hulk.

Ah, et puis il y a un autre inconvénient à cette masse de travail, pour ce qui est du kiosque : Je n'ai pas toujours la possibilité d'avoir une vision à long terme. Il est assez facile pour des séries comme Preacher, que j'ai lues 150 fois, de faire mes choix de traduction en connaissance de cause, vu que je sais où et comment les termes seront utilisés ensuite... C'est moins évident pour les séries kiosque. J'essaie d'avoir toujours lu quelques épisodes d'avance, mais parfois, je dois avouer que je traduis l'épisode du mois sans savoir ce qu'il va se passer ensuite, ou dans quel contexte un terme que j'ai traduit sera réutilisé. Je pense à un exemple récent, celui du "Darkhold" qui va apparaître dans la nouvelle série Mighty Avengers de Dan Slott. C'est le genre de terme que je veux absolument traduire (vous me connaissez un peu, maintenant) et je suis parti sur "Grimoire Obscur"... Le souci (dont je ne m'étais pas rendu compte à l'époque puisque je n'avais pas pu lire l'épisode suivant), c'est qu'on parle ensuite du "Darque Hold", l'endroit où est entreposé le "Darkhold". Et on joue évidemment sur la ressemblance phonétique dans une bulle. Bon, en l'occurrence, c'est une difficulté que je pense contourner, parce que je n'ai pas vraiment de meilleure idée pour "Grimoire Obscur"... et à vrai dire, je ne regrette pas de n'avoir pas lu l'épisode suivant avant, ça aurait pu me bloquer. Pour traduire "Darkhold", je me suis basé sur ce dont il s'agit exactement et sur ses précédentes apparitions, ça me paraît être l'essentiel. Je n'ai pas encore traduit l'épisode suivant (c'est ma prochaine trad), mais je trouverai bien une solution. J'ai le temps, maintenant, je suis passé de super en retard à super en avance en une semaine. C'est ça, d'avoir pris un rythme un peu cinglé.

Hé, vous savez quoi ? Il y a déjà une petite tartine sur cette page, et je n'ai même pas attaqué le petit "Best Of" de mes traductions que je comptais faire en commençant cet article. Vous savez ce que ça veut dire ? Un autre Perdu dans la Translation la semaine prochaine !

Mais je finirais bien cet article par une petite anecdote, qui me permettra de remercier un camarade. J'ai en effet vu que mes propos dans l'article de la semaine dernière à propos de Final Crisis avaient été repris ici ou là, et ça m'a donné l'impression que ça valait le coup de revenir dessus un peu plus précisément. Pour mémoire, j'indiquais qu'à mon sens, les multiples références de la saga ajoutaient au plaisir de lecture si on les repérait, mais que les ignorer ne signifiait pas qu'on n'allait rien biter à l'histoire. Plus clairement, Grant Morrison utilise surtout des personnages très obscurs de l'univers DC que ne connaîtront que les gros, gros fans (comme il doit y en avoir trois en France), mais le lecteur lambda peut lire et apprécier (beaucoup) l'histoire du moment qu'il ne se demande pas sans arrêt "c'est qui, celui-là" ou "je suis sûr qu'il me manque des infos". Et j'ajoutais que c'était plus dur pour moi de ne pas passer à côté de ces références (pour les trois lecteurs dont on vient de parler) que pour vous de lire la BD paisiblement.

Exemple : Oui, le bonhomme blond avec les cheveux longs qui apparaît de temps à autre au cours de l'histoire est bien Kamandi, The Last Boy on Earth, créé par Kirby. Dans le premier épisode, il rencontre Anthro, le premier homme de Cro-Magnon, créé par Howard Post. C'est assez cool de le savoir, ça rajoute une couche d'intérêt, vous êtes sûrement ravis de l'apprendre, mais ça n'est en rien essentiel à la compréhension de la scène. Là où je ne suis pas logé à la même enseigne, c'est que j'ai tout intérêt, moi, à savoir ça pour éviter de faire des bêtises et être sûr de comprendre ce que je traduis. C'est un très léger spoiler, mais dans la suite de Final Crisis, on évoque un laboratoire d'expérimentation d'armement, nommé en anglais "Command-D". Arrivant dessus et pensant que c'était la première fois que le terme était évoqué, je me suis dit que ça allait peut-être resservir, et j'ai traduit par un simple "Centre D". Je l'ai ajouté au Fichier Commun, et c'est là que l'excellent Jérôme Wicky (sans doute un peu trop geek pour son propre bien, mais c'est un autre débat) m'a envoyé un mail pour me dire "Command-D, c'est pas le labo souterrain où grandit Kamandi ?".

Il se trouve que je connais les grandes lignes concernant Kamandi (The Last Boy on Earth s'explique de lui-même) mais que je n'ai pas lu ses différentes apparitions. Et j'étais complètement passé à côté de cette référence : "Command-D" est l'endroit qui va donner son nom à "Kamandi". C'est une "erreur" à côté de laquelle vous seriez a priori tous passés si je l'avais faite, mais c'était dommage de passer à côté de la référence. J'ai donc demandé à changer ma traduction, et "Command-D" est désormais traduit par "Commanderie", beaucoup plus proche phonétiquement de "Kamandi". Alors, évidemment, j'attends les commentaires à cet article demandant pourquoi je n'ai pas laissé simplement "Command-D", mais je suis traducteur, bordel. Je raconte quoi dans mes articles si j'évite toutes les difficultés en laissant tel quel ?

En tout cas, merci à Jay Wicky pour la parade, et bonne lecture aux fans de DC : Entre Final Crisis et Trinity, ce mois est celui de DC, et c'est assez rare pour être remarqué !

(Image Copyright DC Comics)
Par Jérémy Manesse - Publié dans : Perdu dans la Translation
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Mardi 19 août 2008 2 19 /08 /Août /2008 20:18
C'est maintenant de notoriété à peu près publique, mais comme je ne suis pas sûr que ça ait été annoncé officiellement autrement que par des libraires, forcément plus informés que le commun des mortels, rappelons-le : mon "combat" que j'avais annoncé en début d'année pour l'année 2009 est, du moins partiellement, remporté. Panini va entamer la réédition de certaines séries Vertigo dont la première édition avait été assurée par Sémic ou Delcourt. Les premières séries concernées étant Y : Le Dernier Homme et Sandman. Ca signifie que ce sera plus facile de faire découvrir ces séries à vos proches à Noël. (Je ne sais pas pour Sandman, mais ça avait été la croix et la bannière l'an dernier pour trouver un volume d'Y 1).
Histoire d'être précis, les deux premiers volumes d'Y et le premier volume de Sandman seront réédités avant Noël.

La première question, sachant cela, qui vient à l'esprit de tout le monde (y compris dans les commentaires d'un de mes derniers articles), c'est : avec quelle traduction ? Je n'ai pas suivi le cas de Sandman de très près, mais étant donné que la traduction originelle n'était à mon sens pas l'oeuvre de quelqu'un faisant partie du staff Panini, je pense que la traduction a été refaite. Je pense.

Le cas d'Y, bien sûr, est plus complexe et me touche de plus près, puisque je suis traducteur des albums Panini. Mais il se trouve que c'est Sophie Viévard, mon estimée collègue de bureau, qui a assuré la traduction des deux volumes Sémic. Sophie qui bosse donc chez Panini, pour ceux qui ont du mal à suivre. Assez naturellement, donc, et vu le caractère assez spécial de cette réédition (il est peu probable que ces albums se vendent autant qu'un album lambda de la série... quoique, on n'est jamais sûrs de rien), Panini a proposé à ma camarade de racheter son ancienne traduction, à moindre coût (que je ne connais pas et que même si c'était le cas, je ne divulguerai certainement pas ici).

Cette décision hautement compréhensible a éveillé chez moi des sentiments contradictoires. Bien évidemment, j'aurais apprécié de fournir ma propre traduction des albums, et ainsi d'avoir, début 2010, l'intégralité de la série traduite par mes soins sur mes étagères. A l'inverse, je n'avais à priori rien contre la traduction de Sophie, et à ce compte-là, pourquoi rechigner. Cependant, je savais que la traduction était fournie telle quelle et que la série avait à l'époque été traduite au fur et à mesure de la sortie des épisodes, entraînant quelques erreurs et approximations bien pardonnables quand on travaille sur une série à la structure à long terme si complexe. J'ai lu en VO et il y a peu le dixième et dernier volume de la saga, et comme beaucoup ça m'a donné envie de revisiter l'ensemble de l'oeuvre. Et pas mal de petites choses apparemement anecdotiques sont ainsi éclairées d'une lumière neuve... y compris (et peut-être surtout) dans les premiers volumes.

Assez tôt, donc, j'ai proposé de... revisiter, superviser, réviser légèrement... la traduction des deux premiers volumes. Non pas parce que j'estimais que le travail avait été mal fait, mais parce qu'il me paraissait important que la collection d'albums parue chez Panini soit cohérente, et présente des partis pris qui tiennent d'un bout à l'autre de la collection. En somme, qu'on ne sente pas que deux traducteurs différents avaient travaillé sur la série. Je me souvenais par exemple que Sophie était passée à côté de la référence shakespearienne dans le premier volume (souvenons-nous qu'elle n'avait que cinq épisodes sous le coude) et avait traduit Hero, la soeur de Yorick, par "Héros". Le prédécesseur d'Alter Tse'elon était désigné comme une femme, alors qu'on apprend bien plus tard dans la série que c'est bien d'un homme qu'il s'agit. Et d'ailleurs, le parti avait été pris de faire se tutoyer Alter et Sadie dans les quelques scènes où elles apparaissaient, alors qu'il me semblait impensable dans "Un Petit Pas" que Sadie tutoie Alter. De petites choses, tout ça, mais quitte à rééditer le bouquin, pourquoi ne pas en profiter pour corriger le tir.

Panini a donc accepté que je "repasse" sur la traduction de Sophie, une collaboration que nous avons appelée "supervision", et qui a bien sa place dans "Perdu dans la Translation", puisque c'est un exercice tout à fait différent des traductions habituelles. Je suis en effet reparti du texte original, la première traduction sous les yeux, en ne revenant que sur ce qui me semblait absolument nécessaire, et en réintégrant au passage de petits "morceaux de bulles" qui avaient été mis de côté, sans doute pour des raisons de calibrage (on arrive semble-t-il aujourd'hui à caser plus de texte dans les bulles). Il m'est arrivé d'imaginer une autre formule pour traduire certaines phrases, par exemple, mais sans le faire car le choix de Sophie (mwaha) était irréprochable. Il s'agit pour l'essentiel de la traduction de ma collègue, d'ailleurs c'est bien elle qui est créditée comme traductrice, mais cette traduction apparaît sous une forme, disons... Director's Cut. Je ne pense pas que quelqu'un qui a lu le volume à l'époque pourra s'en apercevoir... mais les différences sont bien là, et j'imagine bien qu'il y en aura pour faire un comparatif bulle par bulle avant / après. Bande de tarés.

Du coup, j'imagine que la nouvelle question que se poseront tous les lecteurs actuels de la série, c'est : mais alors, est-ce que je dois racheter ces volumes que j'ai déjà ? Je n'ai pas vraiment d'avis sur la question, ce sera à vous de vous faire une idée lors de la sortie des albums. Hé, je sais bien que certains les auraient rachetés même sans aucun trifouillage de ma part, juste pour avoir des albums qui se ressemblent sur les étagères. Bande de tarés.

Oui, deux fois dans le même article. Bof, on se connaît assez, maintenant, non ?

(Image Copyright DC / Vertigo)
Par Jérémy Manesse - Publié dans : Perdu dans la Translation
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Vendredi 13 juin 2008 5 13 /06 /Juin /2008 11:42
Bon, évidemment, il suffit que je dise du mal de Battlestar Galactica pour que j'entende dire que le dernier épisode en date (celui qui passe ce soir) est le meilleur de toute la série, tous épisodes confondus. J'ai quelques épisodes de retard, on verra ça au retour de tite chérie.

Puisque je me retrouve avec un peu d'avance sur mes traductions (et ça n'est pas si souvent), j'en profite pour me repencher sur cette rubrique que j'ai un peu délaissée ces derniers temps. Ca tombe bien, récemment, j'ai été confronté à un exercice assez différent et assez difficile. Un truc que j'ai accueilli les bras ouverts et qui s'est avéré un des trucs les plus complexes que j'ai eu à traduire.
(Au passage, je n'ai pas encore passé en revue mes traductions du mois de juin : c'est parce que j'attends qu'on m'envoie les visuels des BDs, mais ils m'arrivent chaque mois de plus en plus tard... je vais sans doute devoir trouver un autre angle d'approche.)

Permettez-moi donc de vous présenter B.C., le héros de Johnny Hart. C'est un comic-strip à l'ancienne, se déroulant à l'ère préhistorique, et dont nous publierons en novembre un album de 200 pages, rétrospective des 50 ans d'existence sous la plume de son créateur, décédé l'an dernier. B.C. signifie en français "Avant Jésus-Christ", ce qui nous fait entrer dans le vif du sujet puisqu'il y a pas moyen que j'appelle le personnage principal de la BD comme ça.

Bon, à vrai dire, ce point précis n'a pas été un gros problème : le nom du personnage est rarement cité dans la BD, les précédentes parutions (même si elles remontent à ouh la la) ont toujours utilisé le nom U.S., j'ai donc gardé B.C. avec une note glissée quelque part dans l'introduction. Non, c'est pour les strips eux-mêmes que j'en ai bavé.

J'aurais dû me méfier un peu quand on m'a proposé la traduction de l'album, un bon huit mois à l'avance, après que (si j'ai bien compris) un(e) autre traducteur(trice) ait jeté l'éponge. Moi, j'ai sauté dessus. Des strips humoristiques, normalement, ça doit taper dans mes forces, vu que je suis... euh... drôle. Enfin, disons que c'est normalement mon métier, comme auteur et comme comédien. Ce qui est sûr, c'est que les traductions où je me sens le plus à l'aise, c'est quand je m'attaque aux dialogues enlevés et rigolos d'Ellis, Vaughan, Bendis ou Ennis, par exemple (dommage qu'il s'appelle pas Vaughanis, tiens... vous voyez bien que je suis drôle. Hum.).

J'ai donc commencé à feuilleter l'ouvrage (dont l'amusante case ci-dessus ne fait pas partie) en début d'année... et j'ai commencé à avoir quelques sueurs froides. Pour exemple, le tout premier strip montre deux personnages achetant du poisson, l'un du maquereau (mackarel) et l'autre de la morue (cod). Le lendemain, les ambulanciers (oui, il ya  bien sûr tout plein d'anachronismes) embarquent un des deux, mourant. L'autre demande ce qui se passe, on lui dit qu'apparemment le maquereau n'était pas bon. Et en anglais, le gars dit la chûte : "There, but for the grace of cod, go I...", ce qui est un jeu de mot sur "there, but for the grace of god, go I...", un genre de proverbe dont les origines remontent au seizième siècle, et disant qu'on a eu chaud, en gros.

Bon, j'imagine que personne ne la connaissait, cette phrase, à vrai dire je ne la connaissais pas non plus avant de tomber sur le jeu de mots. Il m'a d'ailleurs fallu du temps pour remonter la piste parce que je n'ai pas compris tout de suite que c'en était un, de jeu de mots. Première page, merde. Bon, ce qui était évident tout de suite, c'est qu'il faudrait adapter, vu que la phrase même traduite ne dira rien aux français... mais quoi qu'il en soit, je ne traduis jamais un truc sans être sûr d'avoir compris de quoi on parle. C'est comme ça, par exemple, que j'ai appris plein de trucs sur la révolution irlandaise en me documentant pour la trad des épisodes de Preacher relatant les origines de Cassidy... ou que j'ai mis un certain temps à éplucher des sites sur la magie pour trouver s'il y avait un équivalent français aux "toadstones", pour le prochain et excellent volume d'Hellblazer (ça s'appelle des "batrachites", pour info). Et c'est comme ça que je peux même vous expliquer l'origine de la phrase ci-dessus, dite pour la première fois par un protestant anglais du 16e siècle qui voyait passer devant lui des criminels emmenés se faire pendre. Je ne vais jamais à l'intuition, genre "ça doit vouloir dire ça", parce que j'aurai l'air bien con si je me suis trompé. Et j'aime pas avoir l'air con.

Enfin bref, pour en revenir à la morue, il y avait forcément plein de jeu de mots à faire avec les morues, mais aucun qui corresponde à ce qui se passait dans le strip (et au ton général, d'ailleurs, même s'il y a beaucoup de blagues sur les grosses). Oui, parce que voilà, confronté à ce genre de situation, on n'a pas vraiment le choix : ou on trouve une traduction qui vend à peu près le même gag avec des mots différents (et c'est ce que j'ai fait ici, en remplaçant la morue par la sole et en finissant avec "ben dis donc, quel coup de sole") ; ou on trouve une autre blague à faire avec les mêmes dessins parce que le truc est vraiment intraduisible (j'y reviendrai). Quand on traduit ce genre de truc, on est vraiment auteur autant que traducteur, et en plus il faut faire rire "à la manière de...".
Bien sûr, il reste l'option de la note de bas de page, mais franchement, c'est pas l'idéal : une blague de quatre cases qu'on est obligé d'expliquer par une note, c'est un peu lourdingue et ça fera pas rire grand monde. J'ai utilisé cette option en tout dernier recours, et en général pour des gags quasi uniquement visuels, comme ceux mettant en scène des panneaux de signalisation qui n'existent pas en France. Je m'en suis sorti avec une petite dizaine de notes de bas de page sur 200 pages, et je mets au défi quiconque de descendre en-dessous.

Parce que l'histoire de la morue, j'en ai eu quasiment à chaque page. Johnny Hart est un adepte des jeux de mots, souvent trèèèèès tirés par les cheveux. Il m'a parfois fallu plusieurs minutes avant de trouver le jeu de mots d'un strip particulier... pour m'apercevoir qu'il était intraduisible.

Et puis donc, il y a carrément des fois où j'ai dû raconter une autre histoire avec les mêmes images. Sur un strip, une fille tricote et aperçoix une noix par terre. Elle dit "What's that ?" (jusque là, tout va bien), sa copine dit "a wallnut" et l'autre rétorque "what is it doing on the floor ?". Parce que "walnut". "Wall-Nut". J'ai fini par oublier le jeu de mots et jouer sur la disposition des personnages : "C'est quoi, ça ?", "Une noix", "... et tu la ramasses pas ?", alors que celle qui dit ça est juste à côté. Ca colle très bien avec les expressions des personnages, ça devrait être drôle, mais voilà, c'est un autre gag, quoi.

Dans les autres trucs où je me suis arraché les cheveux, il y a par exemple la fille qui frappe à la porte de quelqu'un, habillée en femme de ménage, disant qu'elle vient pour l'annonce pour faire "some light house-keeping" (un peu de ménage). Le type dit qu'il pense qu'il y a eu une petite coquille dans l'annonce : on s'aperçoit sur la case suivante qu'il habite dans un phare ("lighthouse"). Allez-y, amusez-vous, vous avez jusqu'à novembre pour trouver un truc et comparer avec ma solution.

200 pages comme ça.

Bon, j'ai l'air de me plaindre, là, mais tout ça m'a vachement amusé. Les habitués de cette rubrique (s'ils sont encore vivants) l'ont compris, je suis assez motivé par les défis de traduction, et je suis par exemple assez fiers de mes albums de Promethea, alors que dans le genre, c'était parfois assez cauchemardesque. C'est agréable d'alterner des trucs plutôt simples à traduire avec des trucs du genre de B.C., qui représentent un challenge.

Je voudrais surtout pas que cette passion devienne une routine, et avec ce genre d'albums, il y a peu de chances pour que ça arrive.

(Image Copyright Johnny Hart)
Par Jérémy Manesse - Publié dans : Perdu dans la Translation
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Mercredi 28 novembre 2007 3 28 /11 /Nov /2007 10:02
darktower.jpg Ca a été quelque chose de très particulier, la traduction de La Tour Sombre. Enfin, "ça a été", ça l'est toujours, je n'ai traduit pour l'instant que le premier album... mais l'expérience a été plutôt surprenante.

Histoire de replacer le contexte, il est intéressant de rappeler ce qu'est la Tour Sombre, quel est ce projet, et comment il m'est tombé dans les mains. La saga est un genre de pierre angulaire de l'oeuvre de Stephen King, elle a commencé comme un feuilleton par chapitres il y a vingt ans de ça, et a fini par englober tout l'univers des romans du gars, faisant intervenir à de nombreuses occasions d'autres personnages de ses romans, et même l'auteur lui-même, dans un exercice très poussé de métafiction. En gros, l'histoire explique d'elle-même pourquoi King a mis vingt ans à la pondre. Rigolo. Ca n'a pas fait rire tout le monde, mais moi j'aime bien.

Il se trouve que je suis assez fan de Stephen King. J'ai un peu appris l'anglais en lisant ses bouquins en VO (avant même de me mettre aux comics, pour vous dire si ça remonte à loin), et à une époque, je lisais quasi-exclusivement du Stephen King (faut dire qu'il en chiait, du pavé). J'ai maintenant de moins en moins de temps pour lire quelque livre que ce soit, il n'empêche qu'une association Stephen King / comics ne pouvait que m'intriguer. D'autant que je suis archi-fan de la Tour Sombre (oui oui, l'ensemble... à part peut-être le premier volume un peu lent à démarrer).

L'idée derrière la Tour Sombre en BD, c'est non pas de raconter à nouveau toute la saga (il y en aurait pour quarante ans supplémentaires), mais d'enrichir l'univers en contant des épisodes qui ne sont qu'évoqués dans les bouquins. Peter David est au scénario et marche précautionneusement dans les pas du King, Jae Lee est au dessin. L'univers, pour ceux qui ne connaissent vraiment pas, c'est un genre de royaume entre médiéval-fantastique et western, où les chevaliers de la Table Ronde sont des pistoleros. Cet univers est celui où l'on peut se rendre jusqu'à la Tour Sombre, qui est un peu le pilier des réalités sur lequel reposent toutes les oeuvres / univers parallèles de King.

Qui dit monde médiéval dit vocabulaire particulier (la plupart du temps, en tout cas) et c'est là que les ennuis ont commencé pour moi. J'ai été assez surpris de voir finalement la série tomber dans mon "escarcelle", car je la croyais confiée depuis longtemps à quelqu'un de chez Soleil. Il se trouve qu'un peu par hasard, j'ai rencontré la personne qui m'a précédée sur ce rôle (et dont je tairai le nom pour protéger l'innocent), qui m'a confié avoir renoncé à la tache, n'ayant pu concilier ses exigences personnelles de traduction aux soucis que je vais évoquer par la suite.

Bon, avant que tout le monde ne s'exclame "oh ben, il a pas l'air de s'être amusé, lui", je demeure ravi d'être le traducteur d'une oeuvre qui réunit certaines de mes grandes influences : quand on connaît un peu ce que j'écris, que je me retrouve à traduire un comic de King, c'est quand même bien cool. C'est juste que j'ai été confronté à une situation inédite et somme toute plutôt intéressante.

Je n'avais jusque là lu la Tour Sombre qu'en VO. Je connaissais la saga sur le bout des ongles, ce qui s'est révélé assez essentiel pour la suite, mais je n'avais jamais ne serait-ce que feuilleté la VF. Ca a été mon premier geste quand la tache m'a été assignée. Pourquoi faire, alors qu'il m'arrive de ne pas rechercher les précédentes traductions d'un comic que je re-traduis, me direz-vous ? Pour quelques raisons simples : d'abord, l'immense majorité des lecteurs de Stephen King en France a lu la saga en français. Peu importe dans un tel cas que ma traduction soit meilleure ou pire que la précédente, dans l'esprit des gens, c'est le roman qu'ils ont lu qui est la "vraie" version, tel mot a telle signification. De plus, quand on parle de l'immense majorité des lecteurs de King, on ne parle pas de l'immense majorité des lecteurs de comics. C'est sans commune mesure. Ils nous prennent quand ils veulent, les fans de King, à mille contre un. Il y en a qui sacrifient des chats. J'ai pas envie de les énerver.

La comparaison est d'autant plus inévitable que, comme je le disais plus haut, les personnages de la Tour Sombre usent d'un vocabulaire bien particulier, de néologismes et d'expressions "d'usage" qui reviennent relativement souvent : exemple, le fameut "kennit?" anglais qui est un genre de "tu perçois le sens de ce que je veux dire ?", et qui a été traduit dans la VF en "t'intuites ?". L'utilisation de termes comme "intuiter", donc, satisfera évidemment les lecteurs de la saga, mais risque par ailleurs de paumer un peu les autres, du moins au début (les relecteurs de Panini ont cru un moment que je m'étais mis à la drogue pour tenir mes deadlines, d'ailleurs... "un bafou-bafouilleux ? T'es sûr ?" J'espère d'ailleurs qu'ils n'ont pas corrigé des trucs sans me le dire). Dans les livres, les termes apparaissent au fur et à mesure des quelques 4000 pages de la saga, avec à chaque fois des explications sur leur sens... ce qui fait qu'au fur et à mesure, on est comme un poisson dans l'eau en entendant le "Haut Parler". Dans la BD, bien sûr, tout ce travail n'est pas possible : on est donc jetés dans le bain et advienne que pourra. Ce qui me donne à penser que la BD s'adresse avant tout aux lecteurs préexistants de la saga (même si le duo Peter / Lee a de quoi intriguer les fans de comics), et j'ai fait ma traduction en gardant ça à l'esprit.

J'ai du prendre en compte deux détails supplémentaires : tout d'abord, si les futures mini-séries promettent effectivement de dévoiler des épisodes cachés de la vie du pistolero Roland, cette première mini-série reprend en grande majorité des scènes des bouquins. Au dialogue près. Enfin presque. Parfois, les dialogues sont réorganisés, raccourcis... mais le texte est le même. Une contrainte de plus pour bibi. Bibi qui heureusement connaît suffisamment bien les sept volumes de la saga pour retrouver immédiatement les passages concernés. C'est peut-être le bon moment pour indiquer que je ne suis pas forcément hyper-fan de tous les choix de traduction qui ont été faits sur le roman. Trad parfois un peu trop littérale, ou lourde (à mon sens, hein, mais c'est aussi ça qui a décidé mon prédécesseur à jeter l'éponge)... il y a un paquet d'endroits où si j'étais parti de zéro, je n'aurais pas du tout proposé la même traduction. Et puis, l'avantage d'un bouquin, c'est qu'on n'a pas la contrainte des bulles. Certains des dialogues ne tenaient tout simplement pas dans mes bulles.

J'ai donc procédé de la manière suivante, également parce que je n'étais pas là pour faire un bête copier / coller (pour lequel on aurait éventuellement pu m'accuser de plagiat, mais j'y reviens plus bas) : j'ai dans un premier temps repris et réorganisé les dialogues du bouquin selon l'ordre dans lequel ils apparaissaient dans la BD, faisant de premières adaptations pour respecter les contraintes de place. Puis, je suis repassé sur l'ensemble, comme je le fais sur toutes mes traductions, pour fluidifier le tout, m'assurer que tout ça se répond bien. Quitte à parfois m'éloigner un peu de la précédente traduction et risquer les foudres de ceux qui compareront phrase par phrase (j'ai horreur de ces gens-là).

L'autre détail aggravant, c'est que la traductrice de la Tour Sombre n'a pas fait que traduire la Tour Sombre. Elle a traduit Concordance, les deux pavés faisant la liste de tous les événements d'importance de la saga, tous ses personnages, tous ses termes, toutes ses expressions. Un genre de lexique, de dico de l'Entre-Deux-Mondes. Un outil bien pratique, certes, pour moi, mais aussi un carcan supplémentaire. Car pour le coup, impossible de contourner les définitions et termes utilisés dans ce bouquin. Difficile aussi, du coup, de m'accuser de plagiat (un terme jamais évident à définir en terme de traduction), puisqu'en l'occurrence, cela reviendrait à m'accuser d'avoir plagié le dictionnaire Larousse parce que j'y ai trouvé un mot.

A la relecture, ça fait un résultat plutôt étrange, très fidèle à l'univers de King selon l'idée que s'en font sans doute les lecteurs français, mais pas forcément la traduction idéale que j'aurais pu proposer. C'est au final sur les bonus, des scènes qui ne sont pas du tout tirées du bouquin, que je me suis le plus amusé. Je pense cependant avoir fait les bons choix étant donné le contexte très particulier de cet ouvrage : parfois, il faut pouvoir s'asseoir sur sa fierté de traducteur. Après tout, le but c'est qu'on soit quasiment invisibles dans le passage d'une oeuvre à une autre.

Je suis très curieux des réactions que provoquera cette traduction.

(Image Copyright Marvel)
Par Jérémy Manesse - Publié dans : Perdu dans la Translation
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Mercredi 5 septembre 2007 3 05 /09 /Sep /2007 14:41
Puisque je ne peux pas évoquer le sujet que j'avais prévu au départ (à cause de l'officialisation d'une nouvelle qui tarde à venir... Je pourrais toujours faire une version tronquée de ce que j'avais prévu d'écrire, mais bon, on n'est pas aux pièces), je m'éloigne un peu du côté "artistique" de la traduction pour m'occuper de l'aspect technique.

En effet, il y en a peut-être parmi vous qui se demandent comment se passe le plus ou moins long processus qui conduit la version originale de l'épisode jusqu'à la version traduite que vous avez par la suite entre les mains. Tout se passe grosso modo de la façon dont on pourrait l'imaginer (dont je l'imaginais, en tout cas), mais mettons tout ça à plat et voyons donc qui fait quoi.

Première étape, bien sûr, on me confie la traduction d'un album ou d'un épisode. La plupart du temps, j'ai le temps de voir venir, je sais quels mois de l'année vont être plus ou moins chauds, mais il arrive que des traductions viennent s'ajouter au gré des modifications de planning, des retards, très rarement des oublis (mais ça peut arriver, oui, qu'on ait oublié de confier une traduction à qui que ce soit... rarement, hein, mais c'est arrivé) ou des bronchites des camarades (coucou Nini !). Les dates de rendu idéales pour nos travaux sont M moins trois mois pour le kiosque, et M moins quatre mois pour la librairie. Ce qui signifie que normalement, en ce moment, je devrais avoir tout juste rendu mes trads kiosque de décembre et librairie de janvier. Je dis normalement, vu que le planning 2008 vient d'être complété, et qu'on va donc entrer dans la phase la plus speed de l'année (ben oui, parce qu'il faut anticiper un peu février pour Angoulême, aussi... waf, de toute façon, on court tout le temps, hein). Les BDs me sont envoyées par UPS, sauf dans certains cas (manque d'exemplaires, timing serré) où on préfère que j'aille me les procurer chez Album. Ce qui ne me fait pas perdre beaucoup de temps, sauf si je me retrouve à boire des coups pendant des heures avec le patron.

On distingue deux types de traduction : de texte ou de bande dessinée. Elles ne sont pas payées exactement de la même façon, le texte est payé au feuillet (au nombre de caractères, quoi) tandis que la BD est payée à la page de BD. Oui, je suis donc payé la même chose pour traduire la page double de Promethea (qui compte quand même pour deux pages) où la discussion doit pouvoir être lue dans les deux sens, que quand Daredevil court après Wolverine sur les toits de New York sur une pleine page double en disant "Hé !" (oui, il faut quand même qu'il y ait au moins une bulle). On est toujours un peu contents quand on reçoit un épisode avec que de la baston. 

La traduction de texte se fait aussi simplement qu'on peut l'imaginer, là on n'a même pas besoin de faire attention à entrer dans les bulles, ce qui est parfois reposant. Pour la BD, un fichier de traduction va se présenter sous la forme suivante :

"Planche 1
1
Dis donc, tu serais pas Spider-Man, toi ?

Euh, si ?
3
T'aurais pas un chewing-gum ?
4
Non, mais j'ai des tic-tacs.

Planche 2"

Etc.
(L'exemple est fictif, hein, je vous rassure).
Les bulles sont donc numérotées, et c'est le traducteur qui se charge de ça, pour que le lettriste puisse par la suite faire coïncider facilement les textes du fichier avec les bulles correspondantes. On appelle ça le "balloon placing". Et oui (et c'est là que les puristes hurlent), ça signifie gribouiller des chiffres dans toutes les bulles et à côté de tous les textes qu'on a décidé de traduire*, et massacrer ainsi son exemplaire du comic / album. Comme indiqué dans l'illustration ci-dessus (mais si, regardez.... roh, mais si, à côté des melons). Parfois, quand on est à la bourre, il peut même arriver qu'on découpe des pages d'un album au cutter pour rendre une partie de la traduction, oui oui, c'est un métier violent. J'ai eu du mal à m'y faire au début.

* Oui, j'ai mis l'astérisque là parce que si j'ajoutais encore une parenthèse, le paragraphe devenait impossible à lire. C'est bien le traducteur, à la base, qui décide de ce qu'il traduit ou pas (je pense par exemple aux textes des journaux, aux enseignes, bref à tout ce qui nécessite de la part du lettreur une adaptation graphique). Après, il peut arriver que le lettreur ne suive pas et décide de laisser la chose en anglais, ou de faire un renvoi en bas de page. Pour des raisons qui lui sont personnelles, je suis pas dans sa culotte, au lettreur. Lettriste ? Je sais jamais. Dans les génériques, je mets "lettrage", 't'façon. Enfin voilà.

Pour ce qui est de la méthode de travail, chacun son truc. Personnellement, quand j'attaque un album, je commence par tout ce qui est texte brut (intro, bios, textes de couverture). Puis j'attaque la BD, et je l'attaque dans l'ordre. J'imagine que certains collègues peuvent choisir de commencer par faire les passages faciles, avant de revenir petit à petit aux passages qui posent difficulté, moi je préfère affronter ces difficultés au fur et à mesure que je les rencontre. Histoire de rester dans le fil de l'histoire. Mais je pense que toutes les méthodes se valent.
(J'ai bien entendu commencé par lire l'album en entier avant de traduire quoi que ce soit).

Une fois arrivé au bout, je passe tout ça au correcteur de Word (une erreur d'inattention est vite arrivée), puis je m'impose de mettre la traduction de côté avant de l'imprimer. Je reviens dessus le lendemain, pour la relire entièrement, souvent à voix haute (ce qui peut parfois me donner l'air bien crétin, j'en conviens) pour m'assurer que tout "sonne" bien. Si je dois corriger, je reviens à la BD pour m'assurer que je ne sors pas des bulles (là aussi, c'est le traducteur qui juge... ben, au jugé, justement. Au début, j'avais tendance à sous-estimer ce qu'on pouvait mettre dans une bulle : nos lettrrhum utilisent des polices plus petites, en général, que dans la VO !).

Cette dernière relecture achevée, j'imprime un exemplaire de la traduction. J'envoie par mail le fichier à la rédaction et je leur envoie le matériel (les comics numérotés + la sortie papier) par DHL. Oui, ça m'arrive par UPS et ça repart par DHL. Je ne sais pas pourquoi, ça se fait comme ça. C'est un des grands mystères de la vie. Un mois après en général, voire un mois et demi, nos gentilles correctrices m'appellent ou me laissent un mail quand elles ont un doute à la relecture, et voili. Les Aventures de Big Melons peuvent sortir en VF. 

(Image Copyright Marvel)
Par Jérémy Manesse - Publié dans : Perdu dans la Translation
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Samedi 2 juin 2007 6 02 /06 /Juin /2007 15:10

Je crois que j'ai fait une grosse grosse connerie : J'ai réinstallé Magic the Gathering Online sur mon ordinateur. Un jeu auquel je joue tous les cinq ans, en gros, sur lequel je passe des nuits blanches et je claque du pognon de façon éhontée avant d'arriver à reprendre ma vie en main et à me désintoxiquer. Pour ça aussi, c'est bien d'avoir une tite chérie (et du travail), je pense que ce coup-ci ça va m'aider à rester raisonnable. J'espère.
Ah, et pour ceux qui sont très jeux vidéo et qui ont la PS3, ça fait longtemps que j'oublie de vous dire que j'ai fait des voix dans le jeu Résistance : Fall of Man. Une expérience rigolote, je vous raconterai une fois.

Mais bon, j'ai pas commencé que déjà je m'égare. Une des choses qui revient très souvent dans les commentaires internautes sur les traductions, c'est le souci du niveau de langage des personnages. Des trucs du genre peut-on encore dire "des clous" en 2007, peut-on dire "putain" dans une réédition de 1963, Superman peut-il oublier les négations, tout ça...
Les habitués des forums constateront tout de suite que je ne sors pas ces exemples de nulle part, et doivent commencer à se demander si je ne vais pas trahir mon devoir de réserve envers le travail de mes camarades. La réponse est non : Comme je l'ai souvent dit, il y a autant de partis pris de traduction que de traducteurs, et je n'ai pas à remettre en cause ce qui a été fait ailleurs. Le but ici est de dire quels sont les choix que je fais moi.

De nos jours et depuis la mort du Comics Code Authority (pour ceux qui débarquent, c'est le comité qui était chargé de dire ce qu'on pouvait montrer et dire dans les comics ou pas), la frontière s'est amincie entre les comics Pour Lecteurs Avertis et le bon vieux comic de super-héros bariolé. Il reste des différences, bien sûr, mais il est beaucoup plus concevable aujourd'hui de voir apparaître une insanité dans une traduction de BD puisque le langage s'est rapproché de celui de tous les jours et que nous n'avons pas en France ce blocage qui pousse les américains à mettre des BIIIP sur "shit" et "fuck" (tandis que Rambo détruit des vietnamiens à la tronçonneuse en arrière-plan, mais c'est un autre débat).

Ca peut expliquer, par un effet de réciprocité (je suis pas sûr que le terme soit très pertinent ici, mais bon), que des gros mots fassent leur apparition dans les rééditions de vieux épisodes. Pour ma part, j'ai eu à me poser la question il y a un peu plus d'un an, quand j'ai traduit la première archive Teen Titans. Les héros sont jeunes, parlent jeunes... mais bien sûr parlent jeunes "de l'époque" (début des années 80).
Pour ma part, j'essaie dans ces cas-là de me replacer dans le contexte de l'époque et de me souvenir de la façon dont parlaient les personnages dans les comics que je lisais étant gamin. En gros, je me force à dater un peu la traduction pour que l'effet nostalgie de l'ensemble du bouquin soit conservé sur l'ensemble. Du coup, un "des clous" ne me paraîtrait pas inévitable, pour la simple raison qu'on le voyait sans arrêt dans les publications Lug (je ne crois pas l'avoir utilisé, cela dit, mais je peux avoir oublié, depuis le temps). J'éviterais par contre un "enculé", auquel j'ai souvent préféré le terme "crapule" (Cyborg disait "creep" à tout bout de champ, si je me souviens bien).
C'est une parenthèse, mais ce genre d'exercice oblige aussi à ajouter un niveau d'adaptation pour les références. Je me souviens que Beast-Boy, à un moment donné, faisait référence à une petite mignonne de l'époque, complètement inconnue en France mais qui pourrait correspondre, genre, à Shannon Doherty ou Sarah Michelle Gellar pour les années 90 (et à Paris Hilton pour les années 2000 ? Quelle décheance...). Mais bien sûr, je ne peux pas utiliser ces références-là puisqu'on est dans les années 80... J'étais donc parti sur Olivia Newton-John, qui situait bien l'époque, je trouvais.

Pour ce qui est des comics plus récents, je me pose toujours la question avant de mettre des "merde" et des "connards"... qui sont un cran en-dessous des "fils de pute" et "enculé", mais dont on peut se demander s'ils ont leur place là. En ce qui me concerne, je fais le choix selon un critère tout à fait arbitraire et qui n'a plus rien à voir avec l'adaptation : Kiosque ou librairie.
En librairie, je suis beaucoup plus susceptible de "pimenter" un peu le langage des personnages (si c'est justifié, bien sûr) tout simplement parce que le public librairie ne sera pas gêné par ça (même les plus jeunes vont en général dans les rayons de la FNAC pour trouver les BDs où on voit des gros nichons... avant de s'apercevoir que leur père en a déjà quelques-unes). Evidemment, quand l'auteur US a clairement voulu éviter ces termes (par exemple Alan Moore sur les titres ABC comme Tom Strong, où on trouve des m£$%e et des p£$%in), je respecte sa volonté (qui ici est également là pour conserver au titre un petit air old-school), mais dans des cas un peu tangents, ma décision se joue souvent là.
En kiosque, par contre, je considère qu'il s'agit des revues que les plus jeunes sont le plus susceptibles de lire, et je garde le langage aussi "parent-friendly" que possible. J'ai apparemment plutôt raison puisqu'il parait que Panini s'est fait taper sur les doigts par les autorités françaises pour une page de Batman un peu gore... attendez-vous à voir un peu plus de logos "Pour Lecteurs Avertis" sur les couvertures des revues kiosque d'ici la fin de l'année.

Et tant qu'on parle de Tom Strong, même si le comic est récent, j'en ai abordé la traduction un peu comme celle de Teen Titans. La BD respire l'hommage à nos vieux comics, et ça doit se sentir dans le langage.

Et puisqu'on est sur les gros mots, on peut évoquer deux secondes le cas du "son of a bitch" et du "fuck". Je le répète (je crois pas l'avoir déjà dit ici, mais j'en ai déjà parlé sur des forums), on traduit très rarement "son of a bitch" par "fils de pute". En effet, "son of a bitch" on peut même l'entendre dans Friends, ça prouve donc qu'il n'a pas la dureté de sa traduction littérale : C'est plutôt "motherfucker" qu'on traduira par "fils de pute". Ici, donc, le contexte est essentiel.
Pour ce qui est du "fuck" (et là, on parle bien sûr de la ligne Vertigo, essentiellement), on pourrait traduire tout le temps par "putain", mais en général, j'évite. Je n'ai pas le sentiment qu'on utilise le terme en France aussi joyeusement qu'en Amérique, j'aime donc varier les plaisirs, quitte à en faire sauter quelques-uns au passage. Ca peut même servir à définir un peu mieux les "voix" des personnages : Dans Preacher, j'ai essayé - malgré ce que les lecteurs pourront peut-être penser - d'alléger le taux de "putain" à la bulle, et j'en ai profité pour, par exemple, donner des spécificités au langage des trois personnages principaux. C'est Jesse qui dit le plus souvent "putain", Tulip a plutôt tendance à dire "merde", et pour Cassidy j'ai utilisé pas mal de "chiotte" et "mes couilles" (que j'ai utilisé pour "bollocks", aussi). C'est évidemment tout à fait arbitraire, mais quand on ne peut pas reproduire les accents, il faut arriver à biaiser pour qu'on n'ait pas l'impression que tout le monde parle de la même façon.

Un petit mot rapide sur les négations : J'essaie de ne les enlever que quand c'est justifié, mais il faut bien dire que les dialogues de comics retranscrivent du langage parlé, et que peu d'entre nous mettent toutes les négations dans la vie de tous les jours.
Du coup, je fais au cas pour cas, en me servant de mon expérience de vieux lecteur de comics pour décider de comment causent les différents personnages. Pour moi, donc, Superman ou le Professeur Xavier ont un langage soutenu, font les liaisons et disent les négations, par exemple, tandis que Flash pourra en sauter quelques-unes et que Jubilé en oubliera un beau paquet.
Ah, dernière minute, au fait : Je serai le traducteur des deux épisodes spéciaux liés à Civil War et publiés dans MARVEL ICONS 29 de septembre, à savoir War Crimes et Winter Kills (Brubaker, miam).

Je vais m'y remettre, d'ailleurs, avant d'être tenté de rouvrir Magic.

(Image Copyright Panini / WildStorm / ABC)

Par Jérémy Manesse - Publié dans : Perdu dans la Translation
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Mercredi 18 avril 2007 3 18 /04 /Avr /2007 00:59

Attendez-vous à beaucoup de digressions dans cet article. Tout se mélange dans ma tête depuis que tite chérie est partie (oui, je sais que ça fait que deux jours, mais je suis déjà en panique). Vous voyez, ça commence.

J'entends souvent grogner après les relecteurs / correcteurs de Panini. C'est globalement assez injuste, parce que quand ils font bien leur boulot, c'est-à-dire la plupart du temps, personne ne le remarque. Normal, ils opèrent très très dans l'ombre, il faut même bien chercher pour les trouver au générique de l'album. Et puis, je sais que ça vous fait une belle jambe, mais les derniers mois ont été assez cinglés à la rédaction, et les relecteurs se sont retrouvés en violent sous-effectif.
Bon, d'un autre côté, ce sont parfois les traducteurs et lettreurs qui sont blâmés par les lecteurs pour des erreurs qui sont survenues plus tard dans le processus éditorial. Il m'arrive à moi-même de grogner, hein, d'ailleurs. Pas plus tard que la semaine dernière, en découvrant que la relecture avait pris l'astuce de traduction dont je m'enorgueillais dans un précédent opus (dans l'album Promethea) pour une faute de frappe (sans doute), j'ai piqué une colère. Petite, hein, je fais rarement les grosses colères, surtout quand je parle à des gens qui me paient plutôt très bien pour faire quelque chose que j'adore. Après discussion, ce devrait être la dernière fois que j'aurai ce genre de mauvaise surprise en "vérifiant" le produit fini.
Notez qu'en temps normal, je ne suis pas du genre à étaler ce genre de petites mises au point d'arrière-boutique en public, ma position est plutôt de dire que les albums sont un travail collectif et que c'est à l'ensemble des collaborateurs d'assumer les erreurs, si elles ont lieu, sans chercher à livrer un "responsable" en pature à la vindicte internaute. Je suis pas une balance, autrement dit. Mais en l'occurrence, je pouvais difficilement passer la chose sous silence : Même si je n'ai jusqu'ici vu qu'une personne relever le bug (apparemment, tout le monde est globalement assez content de l'album Promethea), j'ai quand même fait un article entier sur cette astuce en particulier.

Et puis sans nous chercher d'excuses, on est à l'ère de l'approximation. En matière de relecture, on pourrait en remontrer à beaucoup, ne serait-ce qu'aux journaux télévisés. À l'instant, je viens de voir un reportage sur LCI à propos de Spider-Man 3, avec à la clé une interview du célèbre Tobey Mc Guire... C'est ce qui était écrit, en tout cas. Quand la rédaction d'une chaîne d'information n'est pas foutue de relever un truc qui ferait pouffer même ma petite soeur (qui malgré sa toute nouvelle carte d'électeur s'intéresse autant aux informations que moi aux dernier résultats de foot), il y a de quoi s'interroger sur le sérieux et la pertinence de ses sujets en général.

Enfin, blague à part, tout le monde sera sûrement content d'apprendre (nous les premiers) que deux tout nouveaux relecteurs / correcteurs viennent de se joindre à l'équipe Panini.

Un membre du forum Panini et fréquent commentateur de ces colonnes nommé Adinaieros, jamais le dernier pour mettre un peu d'ambiance, m'a récemment interpellé à propos d'une bulle de traduction dans un des deux numéros d'X-MEN que j'ai récemment traduits. Pour paraphraser, on y disait qu'Apocalypse, un ennemi des X-Men et génocideur patenté, s'apprêtait à "nettoyer la planète au Kärcher". L'ami Adi y a vu à la fois une référence à un candidat à l'élection présidentielle que je ne citerai pas (du moins pas dans cette phrase) et une mise en parallèle de ce candidat avec le meurtrier de masse en question.
Avant toute chose : Non, je ne mets pas Sarko sur la même marche qu'Apo. Ce genre de raccourci facile a fait de Le Pen ce qu'il est aujourd'hui et la caricature est rarement la meilleure arme contre l'extrêmisme. Et oui, dire cela implique que je pense que Sarko a été trop extrême dans ces propos, mais... laissez-moi aller au bout.
(Cela dit, c'est sans doute le bon moment pour préciser que sur mon blog, et dans cet article plus que dans tout autre, les opinions exprimées n'engagent que moi et ne représentent probablement pas celles de Panini, de ses dirigeants et bla bla bla et bla bla bla.)

La question d'Adinaieros est cependant doublement intéressante : D'abord politiquement, et ensuite du point de vue de la traduction. Je vais commencer par là, d'ailleurs, parce qu'à force vous allez penser que cet article n'est qu'une immense digression.

Oui, parce que le mot Kärcher n'était évidemment pas utilisé dans la VO. De mémoire, on disait qu'Apocalypse "is going to wipe out the planet". Mais voilà, parfois la traduction, à mon sens, doit s'autoriser à aller au-delà du texte traduit, car certaines formules en anglais sont bien plus percutantes que les formules équivalentes en français. Se contenter d'un "nettoyer la planète" me paraissait un peu plat et j'ai donc souhaité muscler la formule. Je trouve ça toujours souhaitable de muscler une traduction, d'ailleurs, et d'éviter d'être trop sage et trop lisse (toutes proportions gardées, bien sûr). J'aurais pu utiliser le terme "raser", lui aussi assez violent, mais finalement j'ai choisi le "Kärcher". Est-ce que les mots de Sarko m'ont traversé l'esprit ? Possible, mais c'est en premier lieu le fait que l'expression était forte dans les esprits, et permettait davantage d'ancrer l'histoire dans la réalité, de la rendre moins anecdotique, qui m'a décidé. Par les temps qui courent, le fait qu'il puisse y avoir ce genre de discussion à propos d'un épisode d'X-Men a tendance à me conforter dans mon choix.

Et puis deuxième point : Il faut pas déconner. L'expression existait avant que Sarkozy ne s'en serve, elle était violente avant lui et c'est justement la violence de l'expression et de l'intervention de l'ex-ministre qui a choqué (quoique pour ma part ça n'est pas tellement le terme de"racaille" utilisé qui m'a fait froid dans le dos, je trouve appréciable que les politiques puissent utiliser le même langage que nous... Non, c'est la suite de la phrase qui pour moi a des relents très très nauséabonds : "Vous en avez marre de cette bande de racailles... On va vous en débarrasser". Le côté définitif de la formule glace quand même pas mal... Dieu qu'elle est longue cette parenthèse).
C'est quand même pas ma faute mais de la sienne si maintenant le terme lui est indissociable. Et qu'on ne me dise pas que c'est la faute des médias : Pour le coup, je me joins à la meute (je l'ai déjà fait dans un autre article, mais j'ai très très la flemme de le retrouver) pour fustiger la façon dont les journalistes sont acquis à la cause de l'UMP (au fait, si ils perdent, est-ce qu'ils peuvent toujours s'appeler comme ça ? Ca veut pas dire "Union de la Majorité Présidentielle" ?). Quand même, par effet boomerang, Alain Duhamel, pas exactement le porte-flambeau de la dénonce, s'est retrouvé bombardé "rebelle" du journalisme juste parce qu'il a avoué vouloir voter Bayrou. On en est là.

Mais je m'égare. Histoire d'étayer les deux points précédents (à savoir l'association indélébile qui s'est faite entre Sarkozy et la marque qui en a un peu plein le dos d'une part, la partialité des médias d'autre part), je vous invite à suivre ce lien qu'un camarade m'a fait suivre. Des images d'abord assez amusantes, et ensuite assez révélatrices de la main-mise de l'équipe Sarkozy sur les médias... Parce que comme l'indique l'article, les images n'ont été reprises nulle part à la télé. Ce que je trouve assez énorme, parce que si un représentant du camp d'en face s'était autorisé un truc du même genre, tout le monde lui serait tombé sur le dos à coup sûr. Attention : Vous me connaissez, je ne remets pas en cause le droit de cette dame à faire des blagues, même pas drôles. Je préfèrerai que ce genre de dérapage puisse être diffusé sans qu'on en fasse forcément tout un pataquès. Mais en l'occurrence, il y a deux poids, deux mesures... et ça c'est pas bien.

On s'est pas mal éloignés de la traduction, hein ? Ah, bah, le premier tour approche, hein, et c'est vrai que je suis surpris de pas avoir plus parlé politique ici ces derniers mois. C'est la faute d'Adi, voilà. Je vais pas vous dire là comme ça ce que je vais voter, hein, ça demanderait pas mal d'explications (je ne suis pas du genre à me contenter d'un "j'ai toujours voté ça"). Et je suis encore pas mal indécis, en fait. Et puis sans doute que tout le monde s'en fout. Mais bon, c'est mon blog. Peut-être un de ces jours.

Allez, j'arrête de mettre les liens vers les anciens Perdu Dans la Translation à la fin des articles, vu que maintenant il vous suffit de cliquer sur la catégorie pour les voir apparaître. Ah, et maintenant, le premier qui trouve l'allusion à Royal dans mes trads des prochains mois a gagné un bisou ! Mais Adi, laisse les autres jouer, un peu.

(Image Copyright Marvel)

Par Jérémy Manesse - Publié dans : Perdu dans la Translation
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SECRET WARRIORS DELUXE 1 (février)
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DEADPOOL MAX 1 (mars)
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LA TOUR SOMBRE 12 (mars)
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