On est le samedi 18 septembre 2010, et voilà qu'il m'arrive un truc
qu'il m'arrive vraiment pas souvent.
J'ai rien à faire.
La prochaine représentation du Cachemire X.B.T. est pour mercredi. J'ai fini toutes mes traductions kiosque jusqu'à février (et j'ai même fait celles de mars qui étaient à ma disposition). Je n'ai pas encore reçu le matériel pour mes traductions librairies du début d'année, ça devrait m'arriver lundi. Et j'ai fini la chambre du bébé, lit Ikea compris. J'ai bien un peu de ménage à faire dans mon grenier, mais voilà quoi, c'est peut-être bien le premier jour de l'année où je peux dire "tiens, j'ai fait tout ce que j'avais à faire".
Bon, à vrai dire, je pourrais attaquer la trad de The Unwritten, la nouvelle série Vertigo qui dans mon planning (et dans mon coeur ?) remplace en quelque sorte Y : Le Dernier Homme. En effet, j'ai le TPB du premier volume, c'est celui que je vais utiliser pour le balloon placing (mes fidèles lecteurs sauront que ce terme correspond à l'acte infâme de défigurer un album en numérotant les bulles)... mais je vais recevoir lundi trois albums que je dois rendre avant Unwritten, et j'aime pas trop courir plusieurs traductions à la fois. J'ai donc traduit le premier épisode du prochain volume de 100 Bullets (puisqu'il s'agit du dernier épisode du précédent TPB US et que je l'avais donc déjà sur mon bureau... je sais pas si c'est très clair), et puis voilà. Je pourrais aussi attaquer l'écriture de ma prochaine pièce, mais elle n'est pas encore assez prête dans ma tête.
Histoire d'avancer un peu et parce que j'ai un peu de mal à me poser ces temps-ci, j'ai quand même commencé à réfléchir à la traduction de The Unwritten, le titre. Il faudra que vous lisiez ça, si vous n'en avez pas encore entendu parler, c'est pour moi la meilleure nouvelle série sortie de chez Vertigo ces derniers temps. Le pitch est assez simple : Imaginez que J.K. Rowling, la créatrice de Harry Potter, ait disparu en laissant derrière elle un fils, nommé lui aussi Harry Potter, dont elle se serait inspiré pour créer le personnage. Le jeune Potter ne fait pas grand-chose d'intéressant de sa vie à part capitaliser sur sa célébrité fortuite. Jusqu'au jour où son identité est mise en doute : Est-il bien celui qu'il dit être ? Ou se peut-il qu'il soit réellement le personnage des romans, qui se serait échappé des pages du livre ? Remplacez Harry Potter par Tommy Taylor et vous avez le point de départ d'une série intelligente et assez ambitieuse à laquelle je suis devenu accro, et qui explore, justement, le pouvoir quasiment magique de la littérature. C'est écrit par Mike Carey, dont on va bientôt boucler le run sur Hellblazer, avec des dessins très chouettes de Peter Gross.
Je suis ravi d'avoir été choisi comme traducteur pour ce titre, évidemment... même si certains passages vont demander pas mal de boulot. The Unwritten se trimballe une culture littéraire monumentale, et il va me falloir faire des efforts pour en saisir toutes les références. Et puis, bien sûr, premier obstacle : Je n'ai pas envie de garder le titre The Unwritten, qui colle parfaitement à la série mais qui est parfaitement intraduisible et ne dira rien à ceux qui ne maitrisent pas un minimum l'anglais. Je suis bien content, mon rédacteur est d'accord avec moi, j'ai donc passé du temps ces derniers jours à trouver le titre qui me convenait le mieux.
Que veut dire "the Unwritten" ? Il y a un double-sens (au moins). "Unwritten", d'abord, c'est ce qui n'a pas été écrit, ce qui reste à raconter, et ça peut faire référence au quatorzième volume de la série des Tommy Taylor, ce volume que l'auteur Wilson Taylor n'a pas pu publier avant de disparaître, alors que le treizième volume s'achevait sur un suspense insoutenable. "The Unwritten" peut aussi désigner Tom Taylor, le fils de Wilson, qui a peut-être été "désécrit" des romans, prenant vie à partir des pages de ces livres. Ca peut aussi faire référence à ce qui n'est pas dit explicitement dans les livres en général, tout ce qui est sens caché, tout ce qui est laissé à l'imagination du lecteur. Et comme ça me paraît être le vrai thème de The Unwritten, je me suis plutôt concentré là-dessus.
À un moment, j'étais parti sur l'Apocryphe (mot désignant un texte dont l'origine ou l'authenticité est douteuse) mais ça m'a paru à la longue trop réducteur et un peu pédant. Ca aurait pu faire le titre du premier volume, mais le scénario dépasse vite la simple question du doute sur la véritable identité de Tommy Taylor. Ca risquait de s'avérer être un mauvais choix à la longue.
Le titre que j'ai a priori choisi, donc, est Entre les Lignes. C'est celui qui me paraît retranscrire le mieux le concept et les thèmes de la série. Il fera peut-être jaser, ou pas, c'est à voir. J'ai le sentiment que les lecteurs Vertigo sont davantage ouverts à la traduction des titres que les fans de super-héros. Ceux qui lisent la série en VO peuvent me dire s'ils trouvent ce titre pertinent. Il faut encore qu'il soit validé par la rédaction, de toute façon, mais j'ai bon espoir. J'ai proposé que le titre original reste quelque part sur la couverture, en sous-titre par exemple, en petit... pour ceux qui guettent l'apparition de cette série en librairie. Mais quoi qu'il en soit, ça me paraissait un sujet intéressant pour cette rubrique. Et puis ça me permet de faire la pub de la série en avance, j'aimerais bien qu'elle cartonne.
Tiens, tant qu'on y est, parlons un peu de l'année 2011. Je m'amuse bien à lâcher des informations au compte-goutte sur la page Facebook de Panini. Ca en fait râler certains, la génération des enfants gâtés d'Internet qui veulent tout tout de suite, mais je trouve assez chouette que chaque info, même la plus anecdotique, ait droit à son moment de gloire et à sa discussion passionnée. Pour ma part, l'année commence avec quelques nouveautés, comme l'indique cet article et ma checklist partielle à droite de votre écran, et j'en suis bien aise. Je suis content de remettre la main sur Deadpool, entre autres, que je m'amuse beaucoup à traduire quand il me tombe entre les pattes et qui fera son arrivée en collection 100% en janvier. Avec la saga Wade Wilson's War de Swierczynski (atchoum) et Jason Pearson, ce sera mon petit scoop de blog. Tiens, d'ailleurs, puisqu'on est dans les traductions de titre, pour la VF j'ai choisi Il Faut Soigner le Soldat Wilson. Hi hi. Grâce à l'avance que j'ai prise, je devrais pouvoir gérer mes prochains mois de traduction assez tranquillement malgré l'arrivée du bébé (prévue pour les semaines à venir, pour ceux qui se demandent). Je démarre l'année dans de très bonnes conditions pour ne pas courir après mon emploi du temps. Dit-il en touchant du bois mais sans se faire trop d'illusions.
En tout cas, une chose est sûre : Si je n'écrivais pas un article pour mon blog aujourd'hui, je pouvais aussi bien l'enterrer.
(Image Copyright DC / Vertigo)
Après le rush habituel d'octobre en prévision d'Angoulême, me revoici un peu plus
disponible. Du moins pour la semaine. Ce qui me permet de boucler enfin la deuxième partie de mon "best of" perso de mes traductions.
Lors de mon dernier Perdu dans la Translation, quelqu'un m'a demandé s'il y avait des contraintes différentes, selon que je traduisais pour le kiosque
ou la librairie. La réponse est oui, mais c'est plus le résultat de quelques années qui ont permis de déboucher sur un consensus, qu'une demande directe de Panini.
J'adore comme les journaux d'information sont objectifs et indépendants de nos jours.
J'ai trouvé ça génial comme ils ont à toute force essayé de nous vendre l'idée hier que nous avions eu droit à un 14 juillet "de crise", la preuve étant qu'il n'y avait que 5000 personnes invitées
à la Garden Party élyséenne au lieu des 7000 habituelles. Ouh, bel effort. Dommage que ce soit suivi par un reportage sur le feu d'artifice parisien le plus fastueux de ces dernières années (pour
fêter la Tour Eiffel, paraît-il) et un autre sur le concert de Johnny (pour fêter les beaufs, sans doute), devant coûter deux millions d'euros au ministère de la culture, remise en état de la
pelouse du Champ de Mars non comprise. Je recommande à ceux que cette forme de journalisme attriste autant que moi la lecture du Marianne de cette semaine, en particulier l'article "Y a-t-il encore
une presse d'opposition ?".
C'est maintenant de notoriété à peu près publique, mais comme je ne suis pas sûr que ça
ait été annoncé officiellement autrement que par des libraires, forcément plus informés que le commun des mortels, rappelons-le : mon "combat" que j'avais annoncé en début d'année pour l'année 2009 est, du moins partiellement, remporté. Panini va entamer la réédition de certaines séries Vertigo dont la
première édition avait été assurée par Sémic ou Delcourt. Les premières séries concernées étant Y : Le Dernier Homme et Sandman. Ca signifie que ce sera plus facile de faire
découvrir ces séries à vos proches à Noël. (Je ne sais pas pour Sandman, mais ça avait été la croix et la bannière l'an dernier pour trouver un volume d'Y 1).
Bon, évidemment, il suffit que je dise du mal
de Battlestar Galactica pour que j'entende dire que le dernier épisode en date (celui qui passe ce soir) est le meilleur de toute la série, tous épisodes confondus. J'ai quelques épisodes
de retard, on verra ça au retour de tite chérie.
Ca a été quelque chose de très particulier, la traduction de
La Tour Sombre. Enfin, "ça a été", ça l'est toujours, je n'ai traduit pour l'instant que le premier album... mais l'expérience a été plutôt
surprenante.
Puisque je ne peux pas évoquer le sujet que j'avais prévu au départ (à cause de l'officialisation d'une
nouvelle qui tarde à venir... Je pourrais toujours faire une version tronquée de ce que j'avais prévu d'écrire, mais bon, on n'est pas aux pièces), je m'éloigne un peu du côté "artistique" de la
traduction pour m'occuper de l'aspect technique.
Je crois que j'ai fait une grosse grosse connerie : J'ai réinstallé Magic the Gathering Online sur mon ordinateur. Un jeu auquel je joue tous les cinq ans, en gros, sur lequel je passe des nuits blanches et je claque du pognon de façon éhontée avant d'arriver à reprendre ma vie en main et à me désintoxiquer. Pour ça aussi, c'est bien d'avoir une tite chérie (et du travail), je pense que ce coup-ci ça va m'aider à rester raisonnable. J'espère.
Ah, et pour ceux qui sont très jeux vidéo et qui ont la PS3, ça fait longtemps que j'oublie de vous dire que j'ai fait des voix dans le jeu Résistance : Fall of Man. Une expérience rigolote, je vous raconterai une fois.
Mais bon, j'ai pas commencé que déjà je m'égare. Une des choses qui revient très souvent dans les commentaires internautes sur les traductions, c'est le souci du niveau de langage des personnages. Des trucs du genre peut-on encore dire "des clous" en 2007, peut-on dire "putain" dans une réédition de 1963, Superman peut-il oublier les négations, tout ça...
Les habitués des forums constateront tout de suite que je ne sors pas ces exemples de nulle part, et doivent commencer à se demander si je ne vais pas trahir mon devoir de réserve envers le travail de mes camarades. La réponse est non : Comme je l'ai souvent dit, il y a autant de partis pris de traduction que de traducteurs, et je n'ai pas à remettre en cause ce qui a été fait ailleurs. Le but ici est de dire quels sont les choix que je fais moi.
De nos jours et depuis la mort du Comics Code Authority (pour ceux qui débarquent, c'est le comité qui était chargé de dire ce qu'on pouvait montrer et dire dans les comics ou pas), la frontière s'est amincie entre les comics Pour Lecteurs Avertis et le bon vieux comic de super-héros bariolé. Il reste des différences, bien sûr, mais il est beaucoup plus concevable aujourd'hui de voir apparaître une insanité dans une traduction de BD puisque le langage s'est rapproché de celui de tous les jours et que nous n'avons pas en France ce blocage qui pousse les américains à mettre des BIIIP sur "shit" et "fuck" (tandis que Rambo détruit des vietnamiens à la tronçonneuse en arrière-plan, mais c'est un autre débat).
Ca peut expliquer, par un effet de réciprocité (je suis pas sûr que le terme soit très pertinent ici, mais bon), que des gros mots fassent leur apparition dans les rééditions de vieux épisodes. Pour ma part, j'ai eu à me poser la question il y a un peu plus d'un an, quand j'ai traduit la première archive Teen Titans. Les héros sont jeunes, parlent jeunes... mais bien sûr parlent jeunes "de l'époque" (début des années 80).
Pour ma part, j'essaie dans ces cas-là de me replacer dans le contexte de l'époque et de me souvenir de la façon dont parlaient les personnages dans les comics que je lisais étant gamin. En gros, je me force à dater un peu la traduction pour que l'effet nostalgie de l'ensemble du bouquin soit conservé sur l'ensemble. Du coup, un "des clous" ne me paraîtrait pas inévitable, pour la simple raison qu'on le voyait sans arrêt dans les publications Lug (je ne crois pas l'avoir utilisé, cela dit, mais je peux avoir oublié, depuis le temps). J'éviterais par contre un "enculé", auquel j'ai souvent préféré le terme "crapule" (Cyborg disait "creep" à tout bout de champ, si je me souviens bien).
C'est une parenthèse, mais ce genre d'exercice oblige aussi à ajouter un niveau d'adaptation pour les références. Je me souviens que Beast-Boy, à un moment donné, faisait référence à une petite mignonne de l'époque, complètement inconnue en France mais qui pourrait correspondre, genre, à Shannon Doherty ou Sarah Michelle Gellar pour les années 90 (et à Paris Hilton pour les années 2000 ? Quelle décheance...). Mais bien sûr, je ne peux pas utiliser ces références-là puisqu'on est dans les années 80... J'étais donc parti sur Olivia Newton-John, qui situait bien l'époque, je trouvais.
Pour ce qui est des comics plus récents, je me pose toujours la question avant de mettre des "merde" et des "connards"... qui sont un cran en-dessous des "fils de pute" et "enculé", mais dont on peut se demander s'ils ont leur place là. En ce qui me concerne, je fais le choix selon un critère tout à fait arbitraire et qui n'a plus rien à voir avec l'adaptation : Kiosque ou librairie.
En librairie, je suis beaucoup plus susceptible de "pimenter" un peu le langage des personnages (si c'est justifié, bien sûr) tout simplement parce que le public librairie ne sera pas gêné par ça (même les plus jeunes vont en général dans les rayons de la FNAC pour trouver les BDs où on voit des gros nichons... avant de s'apercevoir que leur père en a déjà quelques-unes). Evidemment, quand l'auteur US a clairement voulu éviter ces termes (par exemple Alan Moore sur les titres ABC comme Tom Strong, où on trouve des m£$%e et des p£$%in), je respecte sa volonté (qui ici est également là pour conserver au titre un petit air old-school), mais dans des cas un peu tangents, ma décision se joue souvent là.
En kiosque, par contre, je considère qu'il s'agit des revues que les plus jeunes sont le plus susceptibles de lire, et je garde le langage aussi "parent-friendly" que possible. J'ai apparemment plutôt raison puisqu'il parait que Panini s'est fait taper sur les doigts par les autorités françaises pour une page de Batman un peu gore... attendez-vous à voir un peu plus de logos "Pour Lecteurs Avertis" sur les couvertures des revues kiosque d'ici la fin de l'année.
Et tant qu'on parle de Tom Strong, même si le comic est récent, j'en ai abordé la traduction un peu comme celle de Teen Titans. La BD respire l'hommage à nos vieux comics, et ça doit se sentir dans le langage.
Et puisqu'on est sur les gros mots, on peut évoquer deux secondes le cas du "son of a bitch" et du "fuck". Je le répète (je crois pas l'avoir déjà dit ici, mais j'en ai déjà parlé sur des forums), on traduit très rarement "son of a bitch" par "fils de pute". En effet, "son of a bitch" on peut même l'entendre dans Friends, ça prouve donc qu'il n'a pas la dureté de sa traduction littérale : C'est plutôt "motherfucker" qu'on traduira par "fils de pute". Ici, donc, le contexte est essentiel.
Pour ce qui est du "fuck" (et là, on parle bien sûr de la ligne Vertigo, essentiellement), on pourrait traduire tout le temps par "putain", mais en général, j'évite. Je n'ai pas le sentiment qu'on utilise le terme en France aussi joyeusement qu'en Amérique, j'aime donc varier les plaisirs, quitte à en faire sauter quelques-uns au passage. Ca peut même servir à définir un peu mieux les "voix" des personnages : Dans Preacher, j'ai essayé - malgré ce que les lecteurs pourront peut-être penser - d'alléger le taux de "putain" à la bulle, et j'en ai profité pour, par exemple, donner des spécificités au langage des trois personnages principaux. C'est Jesse qui dit le plus souvent "putain", Tulip a plutôt tendance à dire "merde", et pour Cassidy j'ai utilisé pas mal de "chiotte" et "mes couilles" (que j'ai utilisé pour "bollocks", aussi). C'est évidemment tout à fait arbitraire, mais quand on ne peut pas reproduire les accents, il faut arriver à biaiser pour qu'on n'ait pas l'impression que tout le monde parle de la même façon.
Un petit mot rapide sur les négations : J'essaie de ne les enlever que quand c'est justifié, mais il faut bien dire que les dialogues de comics retranscrivent du langage parlé, et que peu d'entre nous mettent toutes les négations dans la vie de tous les jours.
Du coup, je fais au cas pour cas, en me servant de mon expérience de vieux lecteur de comics pour décider de comment causent les différents personnages. Pour moi, donc, Superman ou le Professeur Xavier ont un langage soutenu, font les liaisons et disent les négations, par exemple, tandis que Flash pourra en sauter quelques-unes et que Jubilé en oubliera un beau paquet.
Ah, dernière minute, au fait : Je serai le traducteur des deux épisodes spéciaux liés à Civil War et publiés dans MARVEL ICONS 29 de septembre, à savoir War Crimes et Winter Kills (Brubaker, miam).
Je vais m'y remettre, d'ailleurs, avant d'être tenté de rouvrir Magic.
(Image Copyright Panini / WildStorm / ABC)
Attendez-vous à beaucoup de digressions dans cet article. Tout se mélange dans ma tête depuis que tite chérie est partie (oui, je sais que ça fait que deux jours, mais je suis déjà en panique). Vous voyez, ça commence.
J'entends souvent grogner après les relecteurs / correcteurs de Panini. C'est globalement assez injuste, parce que quand ils font bien leur boulot, c'est-à-dire la plupart du temps, personne ne le remarque. Normal, ils opèrent très très dans l'ombre, il faut même bien chercher pour les trouver au générique de l'album. Et puis, je sais que ça vous fait une belle jambe, mais les derniers mois ont été assez cinglés à la rédaction, et les relecteurs se sont retrouvés en violent sous-effectif.
Bon, d'un autre côté, ce sont parfois les traducteurs et lettreurs qui sont blâmés par les lecteurs pour des erreurs qui sont survenues plus tard dans le processus éditorial. Il m'arrive à moi-même de grogner, hein, d'ailleurs. Pas plus tard que la semaine dernière, en découvrant que la relecture avait pris l'astuce de traduction dont je m'enorgueillais dans un précédent opus (dans l'album Promethea) pour une faute de frappe (sans doute), j'ai piqué une colère. Petite, hein, je fais rarement les grosses colères, surtout quand je parle à des gens qui me paient plutôt très bien pour faire quelque chose que j'adore. Après discussion, ce devrait être la dernière fois que j'aurai ce genre de mauvaise surprise en "vérifiant" le produit fini.
Notez qu'en temps normal, je ne suis pas du genre à étaler ce genre de petites mises au point d'arrière-boutique en public, ma position est plutôt de dire que les albums sont un travail collectif et que c'est à l'ensemble des collaborateurs d'assumer les erreurs, si elles ont lieu, sans chercher à livrer un "responsable" en pature à la vindicte internaute. Je suis pas une balance, autrement dit. Mais en l'occurrence, je pouvais difficilement passer la chose sous silence : Même si je n'ai jusqu'ici vu qu'une personne relever le bug (apparemment, tout le monde est globalement assez content de l'album Promethea), j'ai quand même fait un article entier sur cette astuce en particulier.
Et puis sans nous chercher d'excuses, on est à l'ère de l'approximation. En matière de relecture, on pourrait en remontrer à beaucoup, ne serait-ce qu'aux journaux télévisés. À l'instant, je viens de voir un reportage sur LCI à propos de Spider-Man 3, avec à la clé une interview du célèbre Tobey Mc Guire... C'est ce qui était écrit, en tout cas. Quand la rédaction d'une chaîne d'information n'est pas foutue de relever un truc qui ferait pouffer même ma petite soeur (qui malgré sa toute nouvelle carte d'électeur s'intéresse autant aux informations que moi aux dernier résultats de foot), il y a de quoi s'interroger sur le sérieux et la pertinence de ses sujets en général.
Enfin, blague à part, tout le monde sera sûrement content d'apprendre (nous les premiers) que deux tout nouveaux relecteurs / correcteurs viennent de se joindre à l'équipe Panini.
Un membre du forum Panini et fréquent commentateur de ces colonnes nommé Adinaieros, jamais le dernier pour mettre un peu d'ambiance, m'a récemment interpellé à propos d'une bulle de traduction dans un des deux numéros d'X-MEN que j'ai récemment traduits. Pour paraphraser, on y disait qu'Apocalypse, un ennemi des X-Men et génocideur patenté, s'apprêtait à "nettoyer la planète au Kärcher". L'ami Adi y a vu à la fois une référence à un candidat à l'élection présidentielle que je ne citerai pas (du moins pas dans cette phrase) et une mise en parallèle de ce candidat avec le meurtrier de masse en question.
Avant toute chose : Non, je ne mets pas Sarko sur la même marche qu'Apo. Ce genre de raccourci facile a fait de Le Pen ce qu'il est aujourd'hui et la caricature est rarement la meilleure arme contre l'extrêmisme. Et oui, dire cela implique que je pense que Sarko a été trop extrême dans ces propos, mais... laissez-moi aller au bout.
(Cela dit, c'est sans doute le bon moment pour préciser que sur mon blog, et dans cet article plus que dans tout autre, les opinions exprimées n'engagent que moi et ne représentent probablement pas celles de Panini, de ses dirigeants et bla bla bla et bla bla bla.)
La question d'Adinaieros est cependant doublement intéressante : D'abord politiquement, et ensuite du point de vue de la traduction. Je vais commencer par là, d'ailleurs, parce qu'à force vous allez penser que cet article n'est qu'une immense digression.
Oui, parce que le mot Kärcher n'était évidemment pas utilisé dans la VO. De mémoire, on disait qu'Apocalypse "is going to wipe out the planet". Mais voilà, parfois la traduction, à mon sens, doit s'autoriser à aller au-delà du texte traduit, car certaines formules en anglais sont bien plus percutantes que les formules équivalentes en français. Se contenter d'un "nettoyer la planète" me paraissait un peu plat et j'ai donc souhaité muscler la formule. Je trouve ça toujours souhaitable de muscler une traduction, d'ailleurs, et d'éviter d'être trop sage et trop lisse (toutes proportions gardées, bien sûr). J'aurais pu utiliser le terme "raser", lui aussi assez violent, mais finalement j'ai choisi le "Kärcher". Est-ce que les mots de Sarko m'ont traversé l'esprit ? Possible, mais c'est en premier lieu le fait que l'expression était forte dans les esprits, et permettait davantage d'ancrer l'histoire dans la réalité, de la rendre moins anecdotique, qui m'a décidé. Par les temps qui courent, le fait qu'il puisse y avoir ce genre de discussion à propos d'un épisode d'X-Men a tendance à me conforter dans mon choix.
Et puis deuxième point : Il faut pas déconner. L'expression existait avant que Sarkozy ne s'en serve, elle était violente avant lui et c'est justement la violence de l'expression et de l'intervention de l'ex-ministre qui a choqué (quoique pour ma part ça n'est pas tellement le terme de"racaille" utilisé qui m'a fait froid dans le dos, je trouve appréciable que les politiques puissent utiliser le même langage que nous... Non, c'est la suite de la phrase qui pour moi a des relents très très nauséabonds : "Vous en avez marre de cette bande de racailles... On va vous en débarrasser". Le côté définitif de la formule glace quand même pas mal... Dieu qu'elle est longue cette parenthèse).
C'est quand même pas ma faute mais de la sienne si maintenant le terme lui est indissociable. Et qu'on ne me dise pas que c'est la faute des médias : Pour le coup, je me joins à la meute (je l'ai déjà fait dans un autre article, mais j'ai très très la flemme de le retrouver) pour fustiger la façon dont les journalistes sont acquis à la cause de l'UMP (au fait, si ils perdent, est-ce qu'ils peuvent toujours s'appeler comme ça ? Ca veut pas dire "Union de la Majorité Présidentielle" ?). Quand même, par effet boomerang, Alain Duhamel, pas exactement le porte-flambeau de la dénonce, s'est retrouvé bombardé "rebelle" du journalisme juste parce qu'il a avoué vouloir voter Bayrou. On en est là.
Mais je m'égare. Histoire d'étayer les deux points précédents (à savoir l'association indélébile qui s'est faite entre Sarkozy et la marque qui en a un peu plein le dos d'une part, la partialité des médias d'autre part), je vous invite à suivre ce lien qu'un camarade m'a fait suivre. Des images d'abord assez amusantes, et ensuite assez révélatrices de la main-mise de l'équipe Sarkozy sur les médias... Parce que comme l'indique l'article, les images n'ont été reprises nulle part à la télé. Ce que je trouve assez énorme, parce que si un représentant du camp d'en face s'était autorisé un truc du même genre, tout le monde lui serait tombé sur le dos à coup sûr. Attention : Vous me connaissez, je ne remets pas en cause le droit de cette dame à faire des blagues, même pas drôles. Je préfèrerai que ce genre de dérapage puisse être diffusé sans qu'on en fasse forcément tout un pataquès. Mais en l'occurrence, il y a deux poids, deux mesures... et ça c'est pas bien.
On s'est pas mal éloignés de la traduction, hein ? Ah, bah, le premier tour approche, hein, et c'est vrai que je suis surpris de pas avoir plus parlé politique ici ces derniers mois. C'est la faute d'Adi, voilà. Je vais pas vous dire là comme ça ce que je vais voter, hein, ça demanderait pas mal d'explications (je ne suis pas du genre à me contenter d'un "j'ai toujours voté ça"). Et je suis encore pas mal indécis, en fait. Et puis sans doute que tout le monde s'en fout. Mais bon, c'est mon blog. Peut-être un de ces jours.
Allez, j'arrête de mettre les liens vers les anciens Perdu Dans la Translation à la fin des articles, vu que maintenant il vous suffit de cliquer sur la catégorie pour les voir apparaître. Ah, et maintenant, le premier qui trouve l'allusion à Royal dans mes trads des prochains mois a gagné un bisou ! Mais Adi, laisse les autres jouer, un peu.
(Image Copyright Marvel)
- LE CACHEMIRE XBT : de Labiche au Café de la Gare, tous les mardis de juillet à 19h !
Mes prochaines traductions comics :
DEADPOOL PULP (janvier)
FRINGE 2 (janvier)
SCARLET (février)
X-MEN UNIVERSE HORS SERIE 1 (février)
SECRET WARRIORS DELUXE 1 (février)
X-MEN CLASSIC (à partir de mars)
DEADPOOL MAX 1 (mars)
DEADPOOL CORPS 3 (mars)
LA TOUR SOMBRE 12 (mars)
POWERS 1 et 2 (mars)
100 BULLETS 1, 2 et 15 (mars)
MARVEL HEROES EXTRA 10 (avril)
FEAR ITSELF HS 2 (mai)
THE FEARLESS (à partir de juin)
ACTS OF VENGEANCE OMNIBUS (octobre)
Mais fermez-la...